‹ Magasin des adolescentesChapitre 22 sur 33 · LAD Y TEMPETE · texte numérisé non relu

LAD Y TEMPETE

Une demoiselle de qualité fut mariée fort jeune à un homme qui était extrêînemenl riche , et très-vieux j comme cette fille était fort vertueuse , elle eut l>eaucoup de complaisance pour son mari ; il en fut si reconnaissant qu'avant de mourir , il fit un testament , par lequel il lui laissait tout son bien. Elle tfvaii pas vingt ans; elle était belle comme on aiïge ; elle avait beaucoup d'esprit ; ^ ce qui est bien plus considérable , elle ^ait la réputation d'une femme très-sage. Avec tous ces avantages . elle ne man-*

5o , liE MAGASIN

qua pas d'amans; fl s'en présenta uq grand nombre qui xcgardaient comme un grand avantage le bonheur de l'épouser. Me choisit le marquis de Ganges, qui était extrêmement aimable. Tout le monde disais que c'était le mariage le mieux assorti,, et l'on croyait que ces dJeux personnes seraient extrêmementheu-

reuses. Ils le.furent d^abord; mais ptaià-pçu ib-commencèrent à avoir moins de coinplaiisance l'un pour l'àutie. Je vous ai dit que madame de Ganges était jeune, belle , spiritBcflë; éflë joignait 4 ces avantages tous les talens. Elle chantait bien , jouait de toutes sortes d'instrumens ,■ dansîât à merveille ; vous sentes bien fflj!uneT telle personne, de^ être, souhaitée dans toutes les bonnes corapaffliiesy si on donnaii un bal., Une fête, une assemblée, eUe y étair invitée' , et ^ comme elle aimait à se divertir, elle y aUait de bon cœur. Son nwi , <ïui étail unpeu jalanx, lui représenta que cette vie. dissipée faisait tort à sa réputation , et lui donnait à lui-même. beaucoupde chagrin , qu'ainsi il la priait dfe ne plus tant courir , et dé rester plus souvent

DflS ADOIiESCEKTES. 5l

chez elle. Madame de Ganges trouva ce discours fort extraordinaire; elle était sage^el elle ci^ôyait que ^ela suffisait : elk ae cIiei'chaÂt dans les assémUéeiS 91'ii sauter y à rke ei à se divertir avec les personnes de son âge ; et commit eUe n^ trouvait point de mal ,.elle trouvait étrange qu'on loi en fît un crime. Elle répondit donc à son mari , que sa conscience ne lui reprochait rîca ,* qu'eUe n?était ni d'âge ni d'humeur à s'enterrer t^e vive pour les sots dis^ cours des mécMsans ; qu'il* était le mair Ire de la suivre dans ces assemUees ., où il pourrait examiner sa conduite ^ et' qu'il était inouTde vouloir priver une femme de son âge^ des plaisirs inno« cens et honnêtes. Le marquis fut fort mécontent de dette réponse ; il gronda y la feftimè gronda de son côté , enfijl la h(Aneiii!teÈgence qui avaitTegne éritr'eux /' disparuf , pour faire place aux q^erelles^^ anx reproches , àla* froideur et à la haine«k Le maripHS regardait sa femme comme, une entêtée , et peat*étre comme une co* quette : madaîÉe regardait son mari comme un jaloux , un tyran y ils ne pou*

5a T^f: MAGASIN .

valent plus se souffrir. Je vous ai dit que' le premier mari de madame de Ganges loi avait laissé une grande fortune j elle ëtait maîtresse d'en disposer à sa fantaisie.' Dans le désir qu'elle avait de se venger de son mari , elle prit la résolution de le priver de l'administration de son bien si elle mourait. Elle avait deux enfans qu'elle aimait beaucoup; elle fit un testament par lequel elle leur laissait tout son bien , comme cela était juste ^ mais elle ajouta que si elle mourait avant qu'ils fussent en âge d-en jouir > elle voulait que sa mère , qui n'était pas fort âgée , fût leur tutrice, et non pas leur père., Elle ajouta ces paroles au bas de son testament, comme si elle eût prévu le malheur qui devait lui arriver^

Je déclare dana-la présence de Dieu, que c^esl ici ma praie et ma dernière volonté , à laquelle je ne peux rien changer^ que a^il arrivait par la suite que je fisse un autre testçmenf ^ j^a-^ vértis que je le ferai malgré ^i,qiêB j'y serai forcée^ et je déclare cet autrf testçment nulf

DES ABOLESCBKTES. 55

lie marquis , je ne sais par cpiel moyen^ découvrit que sa femme avait fait ce tes* tament, dans lequel il était si maltraité. Il lui en^ fit de grands reproches , et lui remontra que ce testament le déshonorait. Des amis communs^ pour lesquels la marqiiîse avait beaucoup de respect ^ lui représentèrent la même chose , et entreprirent de la réconcilier avec son mari ; et à force de soins , ils en vinrent à bout. Le marquis promit d'être plus complaisant , et sa femme d'être moins dissipée ; elle tint parole de bonne foi , et commença à se dégoûter réellement du monde. Le marquis parut aussi revenir d% sa mauvaise humeur , il faisait mille ca-rêsses à sa femme ^ et allait au-devant de tout ce qui. ]f)OUVait lui faire plaisir. EUe^ qui était sincère et boirne, fut touchée de ce changement ; et oubliant tous les sujets de pkinte qu'il lui avait donnés par le passé , «lie résolut de s'appliquer à le rendre heureux ; et pour, lui prouver qu^elle hii pardônniiit sans rancune , elle fit un autre testament tel qu'il le voulut.

Le marquis avait deux frères ; l'un «tîiit ecclésiastique , et on le nommait

xnoasieur l' AJbbé ^ PaHUr^ 4tait . jcîie^a^er

ide Malle ^ et l?on pfeteqd que .ç'éfisàf

par leurs maayais discours .que le trao*

^e ^'é tait mis ei^t^êle mari f t>la f^^nuq^.

Quoi qp'il. en .soit> la marquise , 4pii

^H^ût douce , Y4V^it tk^Di|iêie9ifM f^y^

(eux ^ ejle hw faisiût piime des^pi^eBS,»

^ur-tont au chevalier y qui u'ay^t pM

«de fortune , aurait eu >pf iue à sQutieiiir

3on rang sans ses bienfaits. L?4té éuoit

venu , la marquise partit ipoior aUw &

une de ses terres qui n'était pasiortcétof-

gn.ée y et ses deux iieaux-r&èreS raccom*

cpagnèrent : son. mari .lui promit de la

rejoindre en peu de tems,, et lut dit qu'il

avait quelques affaires qui l'obUgeaient

«de rester à Avignon. Cette pauvre S^o^ma

avait . la plus graijcle sépugn^noe du

monde à oe voyage ,; qu-elk avait jKjurr

ta&it fait piuaieurs :frâ& iLs^HS h^ rinè^t^

compagnici ^ elle semblait aydroftn fie&-

fentim^nt'^i lui /dii^iili j^.ày^pasratter.

Avant de parûr »Ql|e ôt.fe#rtue«jp4'4Vr

49Ônes {>ow fQh4,ejs4r .^ rl]fi«MM 4^ ne pas moÀirir ii^tbitieiitfml ^ en df avoir? {e êems-de lui demander «pavdiMsi de se^ (léchés, Il n'y avait que quelques |ôur&

DES AI)OIiESC£LKa?ES. 65

qu'elle était à la campagne., lorsqu'elle se trouva fort mal après avoir mangjé d'âne tarte à la%éme , et il se trouva <pie.cett^ tarte était empoisonnée ; mais la t^rême ayait empêché que le .poison iîttout sofi effet. £lle .devait , ce semble , .quitter la campagne ^près cet accident. Malheur reusement pour elle , elle ne le fit pas ^ et crut que c'était une méprise du cuiûnier. Un dimanche elle eut envie de se purger y on lui iipporta une médecine qui était si noire et si dégoûtante qu'elle ne put se résoudre à l'avaler-, elle prit des pilules qu'elle avait apportées avec elle. L'après-dîner se trouvant fort bien ^ elle invita plusiejirs demoiselles du village à la venir voir,, et letir donna une jolie collation ; .et .comme la mededoe h}JL avait donné un grand appétit , elle i|iaiL«geabeaucoupdle^meme* Sur le^ixbevires du soir, ces demoiselles sortirent , et leg beaux-frères de la marquise lesreoimdaisiient Gomme madame de 'Gagges étai^ fatiguée , elle défit sa robe , et ne ^rda qu'une }upe et un .corselet , x^ar U Jfaisait chaud. Elle- se jeta sur son Ik , n'ayant d'autre coiffiiré que $es beaux cheveitf; ,

96 Ïiï5 MAGASIN

quî étaient tressés sur sa tête. A peine y avait-il un quart-d'heure qu^^j^ y était , quand elle vit entrer son frèrerabbé ; les yeux lui sortaient de la tête , et elle ne put s'empêcher de frémir en le voyant ; il tenait d'une main un pistolet , et de l'autre un verre. plein de poison. Il faut mourir, madame , lui dit-il d'une voix terrible , choisissez. Ah ! mon cher frère , lui ditelle , en joignant les mains : quel mal vous ai-je fait ? Pourquoi voulez- vous^ ma mort ? Comme elle achevait ces paroles , elle vit entrer le chevalier l'épée pue ; elle crut d'abord qu'il venait à son secours, elle se trompait; il lui mit la pointe de son épée à la gorge , et la força de prendre le poison. Comme le plus épais était au fond du vase , ces barbares prirent un petit bâton , et l'ayant mis sur le bord du verre, il fallut encore qu'elle prît ce reste ; mais elle ne l'avala pas ; 5'étânt mise la tête dans son lit , elle le cracha dans les draps. Cette malheureuse victime ne voyant plus de remède à ^on mal , conjura ses bourreaux d'avoir pitié de son ame . et de lui eriVover du moins un confesseur j ils y consentirent , et en

DES ÀlîbiiESCENTES. St

se retirant ils fermèrent la porte de sa chambre.

Quand Ir marquise se vît seule , elle ctercha à se sauver ; et comme la fenêtre de sa chairibirè tjui donnait sur les écuries , n'était pas fort haute, elle se jeta dans la cour. Un moment plus tard , elle n'en eût pas été la maîtresse. L'ecclésiastique qu'on avait envoyé chercher pour elle, et qui sans doute était d'intelligence avec ses beaux - frères , fentrà assez tôt pour la retenir par le Êout de sa jupe : ce qui ne fit que la^ redresser , en sorte "qu'elle tomba^su^.Ses jpîeds^ sans se faire aucun mal. Ce méchant homme jeta après elle un pot de fleurs qui était sur cette fenêtre, et àuflui aurait ca^sé la tête, is'îll^eûta^t^^^: ';/'^

L^ première chpSe que fit la marquise , fîit àese fofarreV les tresises. dé ses cheveux dans là gorge pour' se' faire vomir: ce qtffeUe fit aisément , parce qu'elle avait beaucoup mangé. Le poison était $î. subtil y qu'un porc qui mangea ce qu'elle avait rejeté ,' en mourut. Ensuite la marquise conjura un valet d'écurie de lui sauver la vie , en lui donnant la liberté

5S XiS MA^A^lîT

de sortir par uae ,por,te de d^rrléfe <pâ donnait dans la rue. Ce garçop La ^i^t jd«ns SCS Jbras , et -l^yapt ipise .debws y jeUe cotTPUt tonte icheydée et à ^vçifxi)iié pXLe à trayçrs le yiHage , <et s^uftç^ çkezle curé, où elle tcouTa tpn^es its .dames ;aiix<}iieUes ,elle avait âppaé ^a çoDation. Elles firent njn jcri en Ja vojpant d^jjs ce^ttp $itaation^ Cette pawvre dan^ç o'jBut .pas le tcms de leur dire qn!el|e itaît ^empoii^^onnée^ çt .qu'elle eJ^it poiursai:f;ie ,p(ur ses bear^x-jfrères. K.^d:)l)é 3e .ùnf, sur la porte , le pistolet ita maii^,, d)$ant qu'il jbrûleraitla ceiys^m pjçeipier qui «yoiilirait entrer, lie chevalier mont^ jen Jbaut^ fin diswt que^a n^apquî^^ était jA^%emie fplle , et qu'il -ne , you^ai^ j)afl^ ^'fl^ ^ vît dans cette situatioi^.; It<^WÇ ^iîS<û0|Kr^ ava^î assex d'appare;fiç,e: : çfepep^piit »ne de ees dénies qui a^aUlde l^ t^éi^^qpe .dans^ SA pocbç , en dQpnaît rc^ç tems êjpt jiems de gros laprce^ux à h xp^^m^e..

Cette pauyre daine ^ qui ay.ait . Içs entrailles dévorées par l'ardeur <Jji poison, demanda de l'eau , et le chevalier eut la barbarie 4e lui casser le verre daqs les dents. Malgré cette dernière pïe|?ve d^

DES AHùtA^^CiE^nf^É. Sg sa cruauté , ell& iréaolut de làire ane âer-*- BÎère tentajÛYe pour l'attendrir. cEUe de* mandait kii>paaier en 'paanicalîer . £taiit entcée avec Ixâ dans ane (ohamiMre yoi« sine'de* celle ptt.était la oompagoie , eUè le^eta à sasipieds, tet iili dit : Mon cher frère ; fl est encore t^ois derépa^'er le mal que vous ayez fait ; je yous jure sur mon salut de ne parler jamais de tout ce qui s^est passé ; personne n'en Sait encore la yérité , et )e dirai comme vous que j'ai euun accès de folie. f^endant ce discours, lecheyalier la regardait d'un air (urieu& , et au lieu de lui répondre, il 6e ^ette sur elle 9 la perce d^e grande quantité de coups, et ue l'aurait poinft quittée , si son épée ne s'était cassée dans son €orps.

Au cris de lia tiLainjuise , totites ces femmes effrayées accoururent ; mais ntSk B'eut la bardiesse d'arrêter 4e èkeyalier , <jui dit à son £rère que tout était fini , et qu'ils deyaient penser à se sauyer.

Cependant \me piartie de ces danfees s'efforçait de 'secourir la marquise , pendant que les autres criaient par la fenêtre , au secours et au metirlie. Le juge du TÎUage fit armer une yingtaine de paysans

6o liB MAÔASIK

qv?i\ mit en garde à la porte : cette ftér caution ne fitil pas mutile, car le dhdvalier ayant entendu dire que sa belle-sœur n'étoit pas morte ^ rerint stir Sfes pas pour l'achever ; mais voyant la porte si bien gardée , il se retira* Pendant qu'on était allé chercher un chirurgien , ces femmes tâchaient d^àrracher le tronçon de Pépée qui était resté dans l'épaule de la marquise. Cette courageuse femme dit à l'une d'elles d'appiiyer son genou contre son dos , et de tirer de toute sa force : ce qui réussit. Le chirurgien , qui arriva dans le moment , visita ses blessures et assura qu'il n'y en avait pas une de mortelle j » qu'ainsi , si on pouvait remédier au poison , il y avait de l'espérance de sauver cette infortunée. Mais ce poison était trop violent , et elle avait été sçcourue trop tard j on connut à unie fièvre violente et aux douleurs aiguës qu'elle ressentait dans les lentrailles , qu'il n'y avait point de remède : cependant on avait fait partir des courriers pour avertir la mère et l'époux de la marquise, et ses enf|ins.> M. de Ganges , au lieu de partir sur-rlechamp ^ resta un jour entier dans Atl^

BEd ADOIiESCÉîrrES. Çl

^on, contant à tout le inonde le malheur qui lui était arrivé , comme s'il en eût été au désespoir. Quand il vint , la mère de la marquise , qui le regardait avec quelque raison comme complice du crime de ses frères , ne voulait pas permettre qu'il entrât dans la chaiûbre de la monrante ; mais cette pauvre femme avait fait a Dieii le sacrifice de sa vie et de sa vengeance ; elle voulut voir son mari , lui tendit la main , et fit tout oe^ qu'elle put pour persuader à tout le monde, par seà manières , qu'elle le croyait innocent. Elle vécut encore quelques jours , et les passa à recommander à sa mère et à ses ^nfdns de ne jamais penser à venger sa înort , qu'elle pardonnait- de tout èon cœur à ses assassins. Ce fut dans ded sentimens si chrétiens, qu'elle rendit son ame à Dieu. On ouvrit son corps , et on trouva ses entrailles toutes brMéet par le pmson. •

liADY MARY.

Mais y ma. Bonne , cette histoire est-^elle bien véritable ? Je ne puis croire que des hommes soient capables de telles me-

tdiaiKCeié&; je :or#kfiis piittét que ce sont ides démoBB.

n *e»t vvrai ^u?oh a rpâne à fConoeyoir «ne tdtte Ivol^ane. Mais,, xnesdames, rë- ^éobissez , s'il ^ous plaU , 6iir l'origine des malh^of s de cène femme infortoBëe. Son goût pour le >monde et pour les plaisir-5 y son peu de complaisance fK>ur son mari, les contradictionis que cela loi fiuir.a , firent naiire sa haine conti^e loi. Celte haine la porta k se yenger et à iaireun testament qui lui était în^urieux; et la crainte qu'eût le marquis qu'elle ne chs^ngeât celui qu'il en avait obtenu en second lieu , l'epgagea sans doute à charger ses frères du soin de le défaire d'une feiqme qui avait |iQrâu;SQn amitié 9 car .on a. ioiciîom» cdu que ces barbares n'avaient agi que par ses ordres. Je ne prétends pas le justifier au .moins, c'était un monstre ; je veux dire seulement que peut-être la marquise eût évité ses malheurs 9 si elle se fût montrée vplos complaisante à ce quHl exigeait (f elle. Un mari a tort sans doute d'exiger trop de sa

DES 4t)pIiÇSpB]!^TEâ. ^

fewme^ mais une feipme a ti^rtrde •^e p,a9 se prêter. aux bizaiareries de son mari. Il faut qu'elle se .mette rbien dans l'esprit^ en se mariant, qu'elle prend un m^tre auquel elle âcnt -sacrifier ses goûts , ses wclîntfkins fst aanâine ^t^ j^chms les fi^$ rb^ioGCQs ) ^'^ :c^t piasis} rinju^bcfiour

Tous m'ayez 4it , mademoiselle , que Tpus ^imie^ que chacui^ dît son i^ébtipeot ; permetiez-moi dpac de lyp»^ 4irf gV^ , ^i|r .€e piedrlà , i^ne /We 4{ui a le smis (K)imiQm) jpe devrai; jqtmais *se n^a* TXfx. Je pense.que94ans l'^ti^t du miariage^ \ffi !^^yiÀrs smit récî^oq^es , et qu'un nii^ji^^ ^tapt obligé à la «eiaplai^ance $i^e^^9 (i^ffl^;^ )<]pie isa ff^onmç e^Fiers

. :! . il HADEftC^ BOSTNB.

Gela devrait être , mademoiselle ; mais souvent. reia n'eat pas. Dans «ce cas ^ si une f^ïïfme j^§ ppençi pute^ les cpnmlaisabcçs 4^ sqn cote , il fafit .^u'eUe ^ d4tenninis *à être jn^héi^re^se, tontç.&a vie j car la çonlradicûon pf rpçtuçll^ doit

64 liï: MAGAStN

produire la haine. N'est-ce pas un enfer anticipé que d'we obligée de vivre avec un homme qu'on déleste ?

liABY liOUISE.

Mais , ma Bonne , serait-on plus heureuse avec un mari aux caprices duquel il faudrait sacrifier à tout moment ses inclinations les plus innocentes ?

Oui , ma chère; on vient à bout d'ap« prîvoiser les lions et les tigres : il faudrait qu'un homme fut plus féroce que ces animaux , s'il n'était pas touché des com« plaisances d'une épouse sage et raisonnable. Mais je suppose qu'il y ait un hômm^ assese^ bizarre et d'uti^ésse^ mau^ vais caractère poui'u'êti^el piL4\duché*des bonnes façons de son épouse , elle aurait liu moins la satisfaction de n'avoir rien à se reprocher.

^ADT SPIKITUEI-LB.

* Mais encore , ma Bôiinè , quel' mal faisait ceite pauvre* marquise. , en se divertissant honnêtement? Ne disait -elle pas à son époux quHl était le maître dé

BES ABOIiESCENTBS. ^5

venir à ses assemblées , et de veiller sur sa conduite ?

MADEM. BONNE

Il ne suffit pas, ma chère, qu'une femme soit sage , il faut encore qu'elle le paraisse. Le public est attentiif à la conduite d'une jeune personne ^ si elle est aimable surtout , elle ne saurait prendre assez de précautions. Elle peut compter sur la mauvaise volonté de toutes les femmes qui ne sont pas aussi aimables qu'elles ; la jalousie lui en fait autant d'ennemies qui sont attentives à toutes ses démarches, pour les empoisonner. Si elles lui voient un si grand goût pour le monde , et qu'elles puissent découvrir que ce goût déplaît à son mari , aussitôt voilà leurs langues en campagne. Elles décident que cette femme qui néglige de plaire à son mari , souhaite de plaire à quelque autre , et que c'est pour le rencontrer , qu'elle cherche les assemblées. Cela est-souvent très-injuste, mais tel est le monde ; et puisque nous ne pouvons le réformer, il faut nous assujétir à un tel genre de vie , que nous mettions •a malice en défaut.

66 liE UAG-ASllX

MISS CHAMPJ^HE.

Ah! qae j'aime ma solitude ! je puis ^ sans craindre les sots discoiHS, jouir de tous les plaisirs innocens : pardonnez-moi cette exclamation , ma Bonne ; mais tout ce que j'entends dire du grand monde y m'en donne une telle horreur , que , si ce n'était le désir que j'ai de profiter de vos leçons y f y retournerais tout-à-rhciue pour n'en sortir de ma vie.

Je serais tien de yotre goût , mademoî^ selle ; mais il est des devoirs aujiqoels U Jbut sacrifier nos inclination^.

MAD£M. BONNE

Il y aurait beaucoup à dire sur cet article y mesdames , mais il se fait tard. Nous reprendrons cette conversation une autre fois , ii présent nous allons dire nos his^ toires.

JiADT MARY.

La mienne m'a paru bien dréle , ma Bonne , et j'ai ri comme une folle en l'apprenant ; je tâcherai pourtant d'être sérieuse.

DES ADOXSj^CEHTES. 67

Il y ^y<dt i^ue gx^nde famine en Israël ^ et les fils des prophètes vinrent en la monia^ge de CarjooieL Elisée dità son vdlet: mettes la grâpde-chaiMUère , et faites cuire dqs berhes pour leur donner à dîner. Le yqlet johéit à son maître, et partit pour aller cuçillir des lierbes avec un des fils des prophètes 9 qui s'offrit honnêtement de lui aider. Cet homme était nn trèsmaaraîs jardinier , et n'avait aucune connaissance des berjbes ; en sorte qu'il cueillit plein sa robe de cgloquinte , et, l'ayant coupée par morceaux , il la mit dans la soupe : or , la coloquinte est la chose du monde \a plus amère. Quand la soupe fut faite j ceux qui avaient la plus grande faim commencèrent à la manger ; mais à peine y euren^ils touché qu'ils firent une laide grimace , et crachèrent ce qu'ils avaient dans là bouche. L*un d'ëvix tout ■effrayé dit à Elisée : Seigneur , la mort est dans la chaudière , car il croyait fermement être .empoiisonné. Elisée commanda à son sepvitew de lui apparier de la farine; il en jeta di^DS la marmite , et aussitôt la soupe perdit toute son amertume et fut trouvée fort bonne. Comme on ache-

68 IiE MAGASIK

Taît de la manger , des personnes charitables apportèrent à Elisée vingt petits pains d'orge. Le prophète dit à son serviteur de distribuer ce pain à la compagnie j mais celui-ci lui répondit : ils sont ici plus de cent personnes , comment voulez-vous qu'elles aient toutes un morceau de pain de cette petite quantité ? Obéissez , dit le prophète , et je vous assure qu'il y en aura de reste. Effectivement, tous ceux qui étaient là furent rassasiés ^ et il en resta plusieurs morceaux.

I4ADY CHARLOTTE. .

Qu'est-ce que du pain d'orge, ma Bonne ? est-il meilleur que celui que nous mangeons?

MADÊM. BONKE.

Non , ma chère ; c'est du pain fait avec ce que vous appelez harley ,• il est très* grossier , et il n'y a que les gens qui •ont fort pauvres qui en mangent.

I/ADT CHARIiOTtE.

Le prophète régalait bien mal ceux qui venaient le voir. Une soupe amère , du pain d'orge j puisqu'il n'avait qu'à

souhaiter les choses pour les voir arriver , que ne demandait^ii à Dieu un bon diner pour régaler ceux qui venaient le voir ?

MADEM. BONNE

Vous îmagine;6-vous , ma chère , quo^ Dieu eût fait un miracle pour contenter la friandise de ces gens-là ? Non , sans doute. 11 fait agir s^ toute-puissance pour fournir le nécessaire aux pauvres ; mais il n'a garde de faire des miracles pour les . mettre dans une abondance qui souvent leur serait nuisible. La bonne chèiSs , les beaut habits, les trésOTS, ne sont des biens qu'aux yeux de l'orgueil , de la vanité y de la gourmandise et de la paresse: le bon Dieu fait si peu de cas. de ces sortes de biens , que souvent il les abandonne aux mécbans. 11 garde pour ses amis la patience dans la pauvreté, la maladie , la foi, l'espérance , la charité et toutes les vertus qui sont les richesses de l'ame»

MISS MQIiLY.

Il a pourtant donné de grandes ri-^ chesses à Abraham qui était son ami»

MADEM. BONNE

^ JParce qu'Abraham les lui avait gêné-

70 liB MACASIK

reusement sacrifiées , ea abandonfiamtsoH * pays et en quiuantlâ maison! de son père. Un homme assez fidèle à Diai ^oor lai sacrifier ce qu'il ay^t de plus cher, soiii fils unique , nWait. garde de s'attacher à des richesse^ perissÉd)lfei^ c'est pottrqùoi Dieu qui prévoit Favenïr et qui le connaît cdmme le présent , les lui avait données parce qu'il savait qu'au lîeii d'en faire un mauvais usage, il les emploierait à faire de bonnes actions.

tAJy^S SE14SBE,

Cesl^douo très^éouvent tm bdnbeur d'âtre née pauvrb ?

MABEM. BOKKB.

n est certain , ma chère , que les pau* vres ont moins d'occasion' de pécher cgtie les riches j mais ces deriUers ^ s'ils le veulent y ont occasion de pratiquer demandes vertus : d'ailleurs y ou peut être pauvre avec cent mille pièces dé rente , et on peut être un mauvais riche avec dix pièces , dix schellîngs même. , .

liADY MABY.,

Coounesit Cela . ma Boaiie ?

MADEM. BOKNE,

Ecoutez bien ce que je vais vous dire, mesdames. Un jour un jeune homme demanda à Jésus-Christ; : que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ? Observez les commandemens de Dieu, dit Jésus-Christ.

Je les ai observés dès ma jeunesse , reprit le jeune homme. Jésus lui répondit : veû-. dez tout ce que vous avez^ et le donnez aux pauvres 9 après cela , venez et me suivez. Ces paroles rendirent le jeune homme tout tristei, parce qu'il était fort riche ; et , au lieu d'obéir aux ordres du Sauveur 9 il se retira. Alors Jésus élevant sa voix^ s'écria : je vous dis en vérité qu'un chameau passera plutôt par lé trou d'mie ai^Ue , qu'un riche n'entrera dansc le royaume des cieux : or , comme un chameau y qui est beaucouj^ plus gprand cp^mt bœuf, ne peut pas passer par le trou d'une aiguille , il faut dire de même qu'un riche ne peut jamais entrer dans le ciel ; car Jésus-Christ , qui ne^ peut iuentir , en a juré.

liADY liUOIE.

. yonsmeiiaites une si grande toyeur ,

72 Ii£ MAGASIN

ma Bonue , que je croîs. J si j'étais eu âge, et que 'je pusse disposer de mou bien , je le vendrais tout-à-l'heUre peut le donner aux pauvres.

MADEM. BOKKK.

Ce n'est pas moi qui vous fais cette frayeur , mademoiselle , c'est l'évangile. Mais rassurez -vous; tout le tems que vous serez dans cette disposition , c'est-à* dire , que vous serez disposée à sacrifier vos richesses à votre salut , vous serez véritablement pauvre. Quand JésuB dit qu'un riche ne peut entrer dans le royaume de Dieu , il entend parler de ceux qai aiment leurs richesses plus que lui ', et quine voudraient pas les lui sacrifier dans l'occasion ; qui seraient prêts à faire de ' mauvaises actions pour les acquérir ou les conserver. Un homme qui a cent mille pièces de rente ^ et qui serait prêt à les ^a perdre plutôt que de commettre une injustice ; cef homme , dîs-je , est un pauvre , et peut espérer d'aller au ciel. Aucontraire, . celui qui n'a que dix pièces , dix schellings y dix sous , et qui , pour les conserver , serait prêt à faire un faux serment ,

DES ASOliESCEKTES. jS

a laisser périr de faim son prochain plutôt que de les perdre ou de les lui donner ; cet homme, dis-je , est le mauvais riche ; et il sérail plus facile qu'un chameau passât par le trou d'une aiguille , qu'un tel Ikomme entrât dans le royaume des deux.

liADY SFIRXTUEIiliE.

J'avais bien besoin de cette explication , ma Bonne , sans ^oi les paroles de * Jisus-Çhrist m'auraient fait devenir foUejcar vous savez qu'un jour j'aurai tout le bien de papa ^ qui est fort riche,

MASEIC BOKKE.

Li'avarice ne sera jamais votre défaut ^ vous êtes née généreuse , ma chère , et je souhaiterais que vous n'eussiez pas plus de vanité que d'amour pour les richesses. Mais n'y a-t-il point parmi nous de mauvais riches ? ^

HISS MOTiliT.

Je croîs que c'est liioi , ma Bonne.

M^man me donne quelquefois des schelllngSy et je les garde bien soigneusement dans une boite ; je ne voudrais pas pour chose au monde en dépenser un sou , j'ai ' déjà amassé trois guinées.

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MAD£M. BONNE

Ah ! ma chère , prenez bien garde de devenir le mauvais riche. Ces trois guinées-là sont dans votre cœur; il faut vite les en arracher', autrement vous prendriez la mauvaise habitude d'aimer l'argent ; et quand vous seriez grande, vous seriez dure aux pauvres, injuste envers les autres et envers vous-même , et vous n'entreriez point dans le royaume des cîeux. Quand m^me l'avarice ne serait point un péché , il fendrait vous en corriger bien promptemeatjcar c'est un vice bas , qni déshonore les persGinnes dé qaaiité. Fins on est grand , plus on doit avoir l'ame génerensrc : d^Ueitrs c'est une fotie d'aimer rargem pont Teafcrtaer. 11 n'est bon à rien dans un coffre. Retenez bien cela , mesdames. J'ai lu un roman anglais nommé \e,s ji'QjBntureè de Robinson Crusoé. Cet homme fit nanfrag^^ et vint dans une îlex)ii ilxesta tout seul pendant vingt- 5ept-ans. Il y avait quel<]ues années qu'il y était , lorsqu'un vaisseau vint se briser proche du rivage ; en sorte que Robin^ sop trouva le moyen" d'y aller quand lf|

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