LOUISE, LADY SINCÈRE
Il AD Y liUCiE , seule avec mad. Bonne.
XL y a si long-tems que je n'ai eu le plaisir de vous voir en particulier^ que je n'ai pas eu la patience d'attendre plus long-tems. D'ailleurs je ne sais si nous aurons aujourd'hui miss Zinna : il y a bien des affaires sur le tapis par rapport à elle ; on parle d'un mariage extraordinairement avantageux : j'en suis charmée ; elle le mérite , et je regarde cet établissement comme une récompense de sa vertu.
MADEM. BONNi;.
Pourrais -je vous demander ce que vous entendez par un mariage avanta-*- . geux ?
liADY liUCIE.
Ce que toutle monde entend, ma Bonne ;
1^ 1.E MA^Airilî
c'est-à-dire , qu'elle trouve un mari trèsriche et d'une grande maison.
Mais , lAat dhère , vous à'éfés ;|^s faite pour entendre les choses comme tout le monde les entend. On peut fort bien \ épouser un homme très-riche,. de grande qualité , et faire avec cela un mariage lrès*dés«f^aRfagei»:,
Yous avez raison , nïa Bonne , je àoU ^spendre mon jugement jusqu'à ce tpié je connaisse le caractère et les mœurs de celui qui Fépouse. Je vous avoué pourtant que , sans le connaître ^ j'ai Êonne opinioti de lui; car enén, ma Bonne , i&iss 2inna est essez jolie , mais ce n'est pas une beauté éblouissante :
elle a de l'esprit , du bon sens ; cependant , à moTiis de" fa côàiiaîti'ô très-parûeulièreraebt , on* ne peut en être sur ; car elle est si timiide y qii'il est diffieiler de savoir ce qu'elle vaut. Tout ce^ cpalott voit d'elle , c'est qu^clfe est fort modeste , très-décente, et qu'elle cherche avec iibin toutes les occasions de faire du bien»
DES AI>OI.fi«CEKlES. . 167
Vous voyez qutin fafomme.qui ne la conlu^t que par ces enàtoits , et qui Id choisit , quoiqa^elte a^ait pas c(e fortune , est un homme de boa sens.
La C(»i3equenee est juste , madetBoiselle : j'ai eiiteBdtt dire iniUe biens d'eUe et de sa famille.
ZiA'DT IiÛClE-
Ofc pour cela , ma Bonne , efte a en une excellente éducation. Son père, ({ni éldtt un hbmme de mérite , a été luimême son gouverneur, et Fa élevée tout justement comme vous arez élevé tady Sensée. EUis m'a conté que lorsqu'elle n'avait que six ans ,il apporta devant eHe phsfsieurs étoffes et lui donna huit gninées; il lui dh : voilà pour vous acheter une robe., ma cière Zinna. Si vous prenez cet» beffle étoflfe , vous dépenserez vos fauitguinées ; et , comme ellessont à vous, vous êtes la maîtresse de le faire! Si vous prenez cette autre étoffe , vous ne- serez pas si magnifique , mais il vous restera deux guinées : or il y a dans ce village une pauvre femme, dont k mari^ est ma^
l6B liB MAGASIN
lade depuis long-tems ; cette pauvre malr heureuse a six enfans qui sont presque tout nuds , et qui auront un grand froid cet hiver ; avec ces deux guinées , vous pourriez donner à ces enfans de bons habits de laine ; ils prieraient le bon Dieu pour leur bienfaitrice , et, au jour du jugement, Jésiis-Christ vous dirait : venez avec moi dans le ciel , car j'ai été nud , et vous m'avez habillé de vos propres habits. La pauvre petite enfant fîit si touchée de ci discours , qu'au lieu de donner deux guinées elle en voulait donner quatre , et prendre un habit plus simple. 11 ne passait aucun jour sans lui fournir l'occasion de faire quelques bonnes oeuvres ; et sa mère , qui était aussi charitable que son mari , lui a toujours donné le même exemple, quoiqu'elle ne soit pas fort riche. On lui dit l!année passée, qu'il y avait une femme et quatre enfans qui mouraient de faim. Elle va avec ^es filles proche Westminster , monte dans un grenier , trouve ces pauvres enfans tous nuds sur la paille ^ elles les font monter . daLS leur carrosse , et quand ell^s sont chez elles, habillent ces petits malheureux.
DES ABOIiXSCENTES. 169
ESes firent plus , car elks reixvoyèrent cette femme dans sa province , loi firent donner là cinq gninëes, avec ^ lesquelles^ elle a lève une p/etite bontûpiei et gagne fm bien sa vie.
^AD£M. BONNE
Tons m'inspirez un grand res^ct pour
cette famille Mais voici ces dames.
Comment donc ^ lady Sincère est avec «nés ?
liADT SINCâRE.
. Oui , ma Bonne , je viens pour vous quereller bien fort. Vous permettes à ces •dsonesde venir vous voir les matins; vous leur dites les plus belles choses du monde sur le bal , la comédie , et vous avez la cruauté de me priver de ces conversations , dont j'ai pourtant le plus grand besoin ; car enfin , ma Bon9Fe , j'aime toutes ces choses à la folie.
liADY LOUISE.
Fuyez, îna chère, et gardez-vous bîeiji
de rester à nos conversations ; si vous
écoute^ ma Bonne , il faudra de toute
nécessité sacrifier ces plaisirs , du moins
17^ iJB MAGASIN
pour la fdœ grande jpartie j il y a db^ momens où je doBiieraîs toute chose an monde pour B^avoîr rien entend;u sur cet Wlicle ; je me livrais de bonne fbi à la dissipation ; je perdais mon tems . sani scrupule et sans remords *, ce n'est pins la même chose ; à présent , tout ce que ma Bonne m'a dit , me revient sàn§ cesse à résprît ; cela dérangé tous lés pfôjêts qiié je fais pour me divertiir ; les réflexions Tiennent m'assassiner dans des lîeùx où je n'avais jantûais trouvé ijûe dfe la joie.
liABY SIKCÈRE.
J^en yen% courir les rÎ9^3i^s. Je ne cherche le plaisir que pour être heureuse^ puisque ma Bonne nous promet un bon^ heur d'une autre espèce , c'est la même chose pour moi ; je ne m'embarrasse pas de quel côté me vient la joie j pourvu que je, la sente; d^tlkùfs ^ je suis de bonne foi, j'ai toujours. senti au fond de Inon cœur un certain je ne sais quoi , qui me dit qu'il y a quelque chose à repren-* <àre dansmon attachementpôur les plaisirs; SI j'en pouvais goûter où ce qui est au fond ^de mon ceeur ne trouvât point à redire j je les priéÉérerais sans doute.
DÈS a.Bai;»«CBKTEs. 171
MAD£M« BONNC.
C7est-à-dlre , ma chère , que vous alleî peser les [daisirs qae vous offre la piétë , et Ceux que vous présente le monde : vous donnerez la préférence à qui vous en pré^ entera d avantage ?
liADY SINCÈRE,
Je croîs que oui , ma Bonne, et je ne risque rien à cela ; puisque vous m'avez assuré que les plaisirs que donne la piété sont plus gran^dis que ceux que nous présente le monde , je les choisirai sans doute.
madem; bonne.
Je vous ai parlé de la piété et non 4c l'amour-propre ; la vraie piété ne fait pas le bien pour être heureuse , mais parce que Dieu l'ordonne \ et ce Dieu , qui est la bonté même , récompense par des plaisirs sans nombre , ceux qu'on lui sacrifie pour accomplir ses commandement St vous ne les sacrifiez qu'au désir d'être plus heureuse , vous êtes votre idole , et Dieu ne 'récompensera pas ce que vous faites pour vous et non pour lui,,,.. Mais voici
179 I<E MÀCA9IN
miss Zinna* Tous êtes venue bien tard , mademoiselle ?
MISS ZIKNA.
Ma Bonne , ces dames sont mes amies ; je puis TOUS dire devant elles ce qui m'a occupé ce matin ; j'en suis encore toute tremblante.
MADEH. BONNE.
Gomment donc ! est-ce qu'il vous est arrivé quelque malheur ?
MISS ZINNA.
Non , ma Bonne ; cela ressemble an contraire à un bonbeur y et cependant il m'effraie : il s'agît de me marier. Ma mère m'a proposé ce matin un parti cent • fois au-dessus de ce que je devais attendre du côté de la fortune. Je connais le cavalier ; il me plait par la figure et par son caractère.Tout cela devrait me rendre contente , et cependant la tête me tourne de frayeur.
;mabem. bonne.
^ Et voudriez-vous bien me dire ce qui vous effraie ?
DES ADOIiESCXNTES. l^ji
MISS ZIKNA.
Tout y ma Bonne, Les devoirs de l'état ^'on me propose , se sont présentés en foule à mes yeux ; ]e les trouve si sérieux , d'une si grande conséquence , que j'ai peur de ne les pas bien remplir. En second lieu , le gentilhomme qui me fait l'honneur de penser à moi y est trèsriche ; ses grandes richesses pourraient fort bien me gâter. Elles m'obligeront à faire une grande figure ; et que. sais - )e si )€ ne m'attacherai point au monde et aux plaisirs que je méprise actuellement? Avouez que l'état qui se présente pour moi y est bien dangereux , et qu'il sera bien pénible si je veux m'arracher à ces périls.
liADY SINCÈRE.
Vous vous effrayez de devenir riche :
eh bien ! madame , vous ferez un bon usage de vos richesses ; cela vous mettra en situation de suivre votre inclination bienfaisante , et de faire mille biens que vous ne pouvez que souhaiter aujourd'hui.
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MISS ZINNA.
A merveille ! ma chère ; maïs n'avonsmms pas vu plusieurs exemples de personùes généreuses et vertueuses dans une fortune médiocrt , et k qui un état éclatant a £ait perdre ce qu'elles avaient de bon ? Qui peut m'assinrer que ta même diose ne m'arrmra pas ?
MABEM. BONNE.
Moi, ma chère demoiselle.QuandDîeu nous appelle à un état, il nous donne des grâces siifiisantes pour en remplir les devoirs. Votre état sera dangereux , je l'avoue; mais cet état, vous ne l'avez ni désiré, ni recherché. Cela doit vous rassurer. Et croyez -vous que cette affaire se termine bientôt ?
Miss ZINNA.
r^on , ma Bonne ; je n'ai pas même encore rendu une réponse positive à ma mère : j'ai demandé vingt-quatre heures pour me déterminer , et j'ai voulu vous consulter avant tout.
Votre confiance me fait beaucoup d'honneur, et je. vais y répondre. Je
VOUS Pai déjà Àt : vous n'aTez point cherché cet engagemenl , et tous 9W% lieu de croire que, la Providence ellemême vous Ta ménagé. Ce parti convient à votre famille ^ le cavalier vous plaît par ses mœurs et par sa figure. Y oilà toat>ce que l'on peut souhaiter dans un fliaria^« Reste à examiner $i vos cafaelèrcs ss conviennent; vous en aurez le teras, et pendant cet intervalle vous d^vez prièi* beaucoup et faire de bonnes <^uvrf6, pour obtenir de Dieu qu'il fasse naître des difficultés à ce mariage , s'il prévoyait qu'il dût être un obstacle à votre s^dut.
»IISS ZIÎ^NA,
Je suivrai votre conkiji , ma Boi^ie; mais je me reproche d'avoir interrompu votre conversation : je vous prie de continuer le discours que vous teniez quand j e suis entrée.
MADiilM. BONN:qî^
Dans notre dernière conversation , il était question d'apprendre à lady Louise le moyen de rendre sa journée courte et amusante. Nous en çtion« , je crpis/ aujL
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réflexions que faisait lady Lucie en se levant et en s'biabiUant.
ïiADY liUCIE*
Il faut d^abord , ma Bonne , qjie j'avertisse ces dames que )e suis une grande donneuse y et qu'autrefois j'avais beaivcoup de peine à quitter mou lit. Ma feipme-de-chambre était obligée de m'ap peler vingt fois avant que je pusse me résoudre à quitter mon chevet.
I^ADY SINCÈRE»
Yoilà mon histoire de tous les jours.^ ma Bonne : d'abord }e n'aime pas à me coucher, et Je le fais le plus tard que je ]e puis y sans pitié pour ma pauvre femme-<le-chambre , qui 'dort tout debouL Copime je n'ai pas eûyie de dormir quand. )e me couche, je fais les plus beaux projets du monde pour me lever du matin ; mais je lesoublie en dormant , et quand on m'appffie le lendemain, j'ai mille raisons pour ne pas me lever. J'ai mal dormi la nuit; j'ai la léte lourde ;. je crois que le suis malade ; je n'ai rien à faire de pressé^ enûn , je capitule avec mon cbe-
Dî:S ADOLESCENTES. 177
vet y qui remporte presque toujours la victoire. Gomment avez - vous fait pour vous lever à l'heure que vous aviez marquée?
Ma Bonne dit qu'il faut quitter son lit comme si le feu y était. Je me persuade en ce moment entendre la voix de l'ange au dernier jour , quand il sonnera de la trompette , en disant : Levez-vous, morts , et venez aii jugement. Cette terrible pensée dissipe le sommeil et la paresse dans le moment. Je me lève donc sur mon séant, et je tâche de consacrer à Dieu les premiers instans de la journée , en m'of&ant à lui avec tout ce que je possède.
MABEM. BONNE.
Ayez la complaisance de dire à ces dames en quoi consiste votre prière.
liADY liXJCIE,
Dans les actes de religiœi qu'un chrétien doit faire au moins une ibis par jour, premièrement je fais un acte d'adoration j c'est-à-dire , que je reconnais que Dica
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est sOQTerain créateur du ciel et de laf terre , qu'il est mon^ maître , mon roi y mon père , et qu'en ces qualités je lui dois le respect , l'obéissance «t l'amour» Je m'excite à croire fermement que tout ce qu'il décidera pour moi dans ce jour et dans tout le reste de ma vie, sera pour mon bien , parce qu'il est souverainement bon , et qu'il m'aime.
JdISS ZINNA.
Est-ce que vous avez une prière partîèulière pour cela?
liADY liUCIE.
I^on , ma chère ; je la fais tantôt d'une façon, tantôt de l'autre , et comme le cœur me la dicte : ensuite je fais un acte de remetcîment , c'est -à- dire , que je remercie Dieu de toutes les grâces qu'il m'a faites pendant ma vie ; et s'il revient alors à mon esprit quelque grâce particulière , je le fais particulièrement pour celle-là. Je remercie Dieu de ne m'avoir pas ôtée du monde dans le tems où je ne pensais pas à faire mon salut, de me donner encore unç journée pour y travailler. Cette pensée aie porte à jeter les
yexxx SUT le passé. Combien de tems perdu , bêlas ! le quart de ma vie , au moins , est déjà écoulé , et à peine ai-je travaillé à mon salut , pour lequel seul Dieu m'a mise au monde. Je lui demande bien pardon de cette négligence , et je le conjure , au nom de Jésus-Christ, d<5 m'accorder les grâces qui me sont néceS" saîres pour y travailler. Je lui offre , pour les obtenir , la vie , les souffrances de ce divin Sauveur ; ensuite je dis la prière de Jésus-Christ , en faisant mes efforts pour (ixer mon ei^prU m sêus des paroles ; car ^i je n(8 ijaç faisais violence , je les récir ferais sans y fairie s^tention. .
liADY liOUISE.
Dites-moi la vérité , ma chère j voili une prière bien longue , est-ce que vous ne vous exmuyez point en la faisant 7 N'avez-yp.us point de distraç^QUS ?
. liADT liUCIE.
Je vous jure, ma chère amie, que cette prièrb n'est pas longue. Dans le commencement j j'ai eu un peu de peine à la faire \ mon esprit courait de tous les côtés, parce que je n'étais pas dans l'habitude
de le gêner; à présent cela ne. me eoâte plus. Ma Bonne m'a fixé une demi-heure pour ma prière ; je mets ma montre sur la table ,. et il me semblé qu'elle ya d'une vitesse incroyable : si j.e suivais mça inclination ^ je resterais là une heure , car il y a bien du plaisir à prier le bon Dieu ; mon cœur en ce moment est si content^ si tranquille , que je pourrais^ je crois, passer toute ma yie sans, ennut dans cette occupation^
Que yous êtes hettreuse , ma chère f pour moi^ je n^ai pas le même bonheur r ]e £ais. ma prière la moitié dit tems sans attention , et souvent eUe me parait bien: longue. Pourquoi Dieu ne me fait-il pas la même grâce qu'à vous ?
Je vais vous le- dure , ma chère , ooi phudi: JésuSrChrist va vous le dire luimême. On ne peut servir deux maitres y BOUS assure ce divin Sauveur. Miss Lucie a reiioncé courageusement au mond.e;.ells jBi€ sert plus qu'un maître ^qui est Jésus- Christ i et ce maître libéral ^ outre uae
T^compeflseâQ&iie' qu'il lui prépaie en l'autre vie , lui rend encore dans celle-ci le centuple de ce qu'elle fait pourJor, comme il l'a promis. Tous n'en êtes pas là; vous youdriez prendre des deux mains les plaisirs , ceux que vous offre le monde y et ceux que procure la piété : cela n'est pas possible;
IiAJ)Y LOUISE.
Vous dites que miss Lucie a renoncé au monde, vous me surprenez, ma Bonne; elle y vît comme moi. Nous vivons dans les mêmes sociétés ; à peu de chose près ^ nous prenons les mêmes amusemens.
MADEM. BONNE
. J'en conviens : à l'extérieur , vous êtes à-peu-près semblables ; mais que le cœur est différent ! Actuellement mademoiselle se prête au plaisir ; vous vous y livrez. Croyez-vous V ma chère , cju'îl soit nécessaire de s'ensevelir dans un désert, pour être une parfaite chrétienne, et qu'il faille vivre d'une manière singulière ? Tous" vous tromperiez bien fort. C'est l'intérieur qui doit nous distinguer des autres j c'est sur votre cœur qu'il faut travailler»
jSa liE MAGASIN
L*Apôirc ne vous dii pas : Quittez fe monde ; mais vivez dans le monde comm^ n'en étant point, car sa figure passe* A mesure que lé monde • sortira de votre cœur , la paix ^ la joie ^ la tranquillité- et le bonheur s'y établiront. Vous voyez que j'ai encouragé miss Zinna à consentir à un établissement qui va la jeter au milieu du plus grand monde, je ne prétends pa$ pour cela qu'elle en soit ; et s'il plaît à Dieu , elle y vivra comme n'en étant point, et se procurera par-U unç vrai^ félicité àBn$ le séjour et l'empire de I4 douleur et des chagrins lefi plus cuisans* Je ne vous en impose point , ma chère ; le degré de votre piété sera la mesure du degré de voiare bonheur. Je ne vous trompe point , et je consens que vous vous en rà{>portiez à votre amie.
ïiADY liUÇIE.
Ah { ma Bonne , je suis encore loin d'être heureuse parfaitement. J'avoue que je n'ai jamais été plus tranquille qu'à présent , mais je sens qu'il me reste encore bien des obstacles à vaincre pour arriver sm bonheur 5 je n'ai encore fait que le
DES ADOIiESCEKTES. i85
plus petit des sacrifices. Mon cœur est entièreineiit détaché des plaisirs bruyans j je n'ai point d'ambition , je ne donnerais pas une épingle pour augmenter mon bien : et qu'est-ce que ces sacrifi.ces ? ma raison m'eût engagée à les faire , je crois , sans que le christianisme s'en fût mêlé j mais il est d'autres choses qu'il faut arra* cher de mon cœur y et je sens qu'il sai« gnera bien fort.
MISS ZiNNA.
Et que pouvez-vous avoir dans le cœur qu'il soit nécessaire d'en arracher?
liADY liUCIE.
Les créatures , madame , à commencer par moi. Je m'aime moi-même , mes parens, mes amies avec passion,, et cek m'empêcherait d'être heureuse.
liADY liOUISE.
Comment , mademoiselle , faut-il se haïr et tout le reste du monde ?
MADEM. BONNE
Non , ma chère , il faut s'aimer soimême et le reste du monde pour l'amour / de Dieu. Cela est bientôt dit, mais j'avoue que cela e^t bien diilîcile à exécuter ; tt
l84 liR MAGASIN
comme dit fort bien lady Lucie > il faat déchirer son coeur. Mais il n'est pas encore question de cela pour vous , madame.
Dans cet ouvrage-ci y il faut aller petit à petit , et faire comme cet homme qui avait une grande pièce de terre à nétoyer des mauvaises herbes qui la couvraient.
En jetant les yeux sur ce chao^ , il fut découragé de la grandeur de l'ouvrage ; ensuite il réfléchit sagement qu'il n'était pas obligé de. faire tout cet ouvrage dans lin jour, et se persuada qu'il u'avait à nétoyer que la vingtième partie de son champ , cela n'était pas fort difficile. Il y mit la main , et en vint bientôt à bout. Le lendemain il nétoya une autre partie , et petit à petit l'ouvrage se trouva fini entièrement. Imitez cet homme. Le changement total de votre cœur n'est pas l'ouvrage d'un jour ; commencez par mettre la main au travail , il avancera imperceptiblement , et vous serez tout étonnée de le voir tout-à-coûp fort avancé.
liADY liOUISE.
Vous avez beau dire y ma chère amie y cet ouvrage sera toujours très-pénible , et
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si pénible que je désespère presqaé d'y réussir y tant je me trouve faible.
hadem. bonne.
Vous ayezraison de vous croire faible : il est vrai que s'il fallait faire cet ouvrage toute seule , vous n'en viendriez pas à bout. J'ai lu, je ne sais où, qu'une femme nommée Félicité , fut mise en prison ^ parce qu'elle était chrétienne , et qu'elle fut condamnée, en cette qualiteé , à être dévorée par les betes. Cette femme était prés d'accoucher, et elle accoucha effectivement dans la prison. Comme elle souffrait beaucoup , elle jetait de grands cris , et le geôlier lui dit : si tu ne peux souffrir les douleurs présentes , que feras-tu lorsque tu seras déchirée par les bétes ? Cela sera bien différent , lui dit cette femme ; quand je serai sur l'arène , Jésus-Christ souffrira en moi, et me communiquera sa force. Disons avec elle : quand nous travaillerons sérieusement à notre salut , nous ne travaillerons pas seules , mais Jésus- Christ en nous , et il nous communiquera ses forces. Yoici nos jeunes dames qui arrivent , nous continuerons cette con* versation la première fois.
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MISS ZINKA.
Souvenex-vous , ma Bonne , que vous m'ayez promis de me donner les moyens nécessaires pour échapper aux, dangers de l'état dans lequel vous me conseillez d'entrei^ : je vous charge de la suite de ce conseil au moins.
Volontiers y mademoiselle , nous prie^ rons Dieu de nous iaspir ér , et ensuite nous examiniepons ensemble ces moyens.
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