‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 10 sur 712 · UNE CHIMÈRE DEVENUE RÉALITÉ · texte numérisé non relu

UNE CHIMÈRE DEVENUE RÉALITÉ

Slrada parle , dans une de ses Prolusions (®) , d’une correspondance chimérique (m’entretenaient deux amis au (’) A. Gaudry.

■ (■-) Prolusiones, publiées en 1817.

moyen d’une pierre aimantée dont la vertu était telle que si l’on en touchait deux aiguilles, lorsque l’une de ces aiguilles ainsi touchée commençait à se mouvoir, l’autre se mouvait en même temps et dans le même sens , quelque éloignée quelle fût de la première. Il dit que les deux amis, s’étant munis chacun d’une de ces aiguilles, firent une espèce de cadran marqué des vingt-quatre lettres de l’alphabet. Ils adaptèrent leurs aiguilles sur chacun de ces cadrans , de manière qu’elles pussent tourner sans obstacle et correspondre successivement à chacune des vingt-quatre lettres. En se séparant l’un de l’autre, ils convinrent de se retirer dans leur cabinet à une certaine heure du jour et de s’entretenir ensemble par le moyen de cette invention. En conséquence, lorsqu’ils se trouvaient à quelques centaines de milles de distance, chacun s’enfermait dans son cabinet à l’heure convenue et jetait les yeux sur son cadran. Si l’un des deux voulait écrire quelque chose à son ami, il dirigeait son aiguille sur les lettres qui formaient les mots dont il avait besoin, en faisant une petite pause à la fin de chaque mot ou de chaque phrase, pour éviter la confusion. L’ami, cependant, voyait son aiguille sympathique tourner d’elle-même vers les lettres que son correspondant marTquait de la sienne. Par ce moyen, ils s’entretenaient ensemble à travers tout un continent et se communiquaient leurs pensées, qui franchissaient en un instant les villes et les montagnes, les mers et les déserts. (')

DÉFIEZ-’vOUS DE L’ÉTINCELLE.

Un charbon em.brasé s’échappe d’une pelle à feu ou de la pincette qui emporte un tison, et tombe sur un tablier, une robe, un jupon. Il fait un trou dans l’étolfe, et c’est tout. Le mal n3 va pas au delà ; ce n’est qu’une perte d’argent.

Mais une légère étincelle s’élance d’un brasier ardent sur les vêtements d’une dame endormie depuis quelque temps tout contre la cheminée; aussitôt la malheureuse est enveloppée par les flammes : elle est perdue !

Combien de fois chaque hiver les journaux ne racontentils pas d’accidents de cette nature !

Les victimes, qui avaient certainement vu les effets insignifiants d’un morceau de braise sur une étoffe froide, ne se doutaient pas des effets funestes d’une étincelle sur une masse de vêtements très-chauds.

On est frileuse, on s’est rapprochée le plus possible d’un bon feu ardent ; on est seule , on s’ennuie ; on est gagnée par le sommeil, on s’endort sans s’être reculée. Au bout de peu de temps les vêtements s’échauffent fortement et dans toute leur épaisseur ; les portions les plus proches du foyer deviennent brûlantes à la main ; elles sont prêtes à roussir et à émettre des éléments gazeux. Qu’une étincelle arrive ; elle décide une petite explosion sur le point touché ; il y naît à l’instant une bulle de flamme qui se propage comme sur une traînée de poudre par toute la surface des vêtements surchauffés. Cruel réveil, et mortel !

Le même fait peut avoir lieu lorsqu’une dame se rapproche de la glace de cheminée, et s’y attarde pour rattacher une boucle d’oreille défaite ou réparer un dérangement de coiffure.

A plus forte raison y a-t-il danger lorsqu’une petite fillette monte sur le garde-feu, s’accroche à la tablette de la cheminée, et s’exhausse pour admirer son chapeau neuf ou mettre des fleurs dans ses cheveux. N’y eût-il qu’un tison presque éteint dans les cendres, il suffira qu’il soit touché par le bas du jupon d’étoffe légère échauffée dans

(•) Traduction extraite des Beautés du Spectateur. Paris, in-12, F. Louis, libraire, 1804. Pages 321 et suiv.

l’air chaud du foyer, pour que le feu se communique au vêtement à la vue des parents, qui ne parviendront presque jamais à sauver leur infortunée jeune fille.

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