POÈMES COMIQUES
Voy. les Tables.
BERTOLDO ET BERTOLDINO.
Suite. — Voy. t. XI, 1843, p. 321, 339.
Si le conte passablement burlesque de Giulio-Cesare Croci ('), reproduit jadis en vers par l’Académie délia Crusca, a conservé, à Bologne surtout, une réputation de bonne humeur qui le fait rechercher encore des lettrés, il n’en est pas de même de l’artiste qui a illustré ce poème facétieux. On peut dire qu’aujourd’hui il est presque complètement inconnu; et cependant les figures si franches et si animées de Crespi n’ont pas peu contribué à rendre populaire l’œuvre du vieux chanteur, qui se délassait des fatigues attachées à son métier de forgeron en entonnant dans un carrefour ses histoires désopilantes. Comme Cesare Croci, notre joyeux dessinateur mérite un souvenir.
CRESPI, e’AUTEDR DES DESSINS.
Crespi, qui tenait à une très-bonne famille, est né à Bologne en 1674, et paraît avoir reçu une bonne éducation. Il se fit de bonne heure un nom parmi les artistes bolonais, et, en étudiant les maîtres du seizième siècle, il se livra à la grande peinture. C’était, paraît-il, un observateur passionné de la nature ; il possédait une caméra hicida, ustensile fort rare alors, et copiait sans relâche les moindres détails qui lui étaient révélés par cet instrument.
En même temps qu’il était peintre renommé, il était homme du monde , et l’artiste éminent qui savait si bien prendre sur le fait, dans ses habitudes familières, le paysan bolonais, se piquait d’une toilette si recherchée et avait l’air si grave, que ses compatriotes l’avaient surnommé lo Spagnuolo.
Crespi, après avoir étudié sous Mantegna, se préparait à entreprendre les œuvres sérieuses qui lui ont valu une réputation parmi ses contemporains, lorsqu’il lui prit fantaisie d’aborder certains sujets comiques qui lui permettaient de se délasser des grands travaux qu’il avait entrepris ; dès lors, ses bambochades acquirent une certaine célébrité; et, lorsque des poètes distingués de son pays se mirent à versifier les légendes populaires de Croci, il ne dédaigna point de les illustrer de son crayon, toujours facile et parfois plaisant.
Crespi se maria et poussa loin sa carrière laborieuse. 11 mourut en 1747. Son renom avait été toujours croissant; il fut nommé chevalier. L’un de ses fils , artiste comme lui, nous a laissé maints détails sur sa vie, que Lanzi s’est contenté de nous indiquer.