A BOSTON
Cette école avait été inaugurée le 22 décembre 1670, en présence de l’honorable Richard Rillingham , gouverneur de la ville, des magistrats et des notables de la cité. La classe pouvait contenir cent cinquante élèves. L’instituteur, maître Ézéchiel Cheever, y exerça pendant trente-cinq, ans ses modestes fonctions , et vit passer sur ses bancs à peu près toute la jeunesse bostonienne de ce temps.
En 1748, la vieille école fut démolie pour permettre d’agrandir la chapelle qui se trouvait à côté. Cette mesure donna lieu à une lutte locale des j)lus vives.
La plus ancienne École de Boston.
Nous représentons l’école de maître Cheever d’après une vieille carte de Roston datée de 1729, qui en reproduit les principaux monuments, et dont un exemplaire est actuellement en la possession de M. Pulsifer, de Roston.
On voit combien étaient modestes les premières maisons d’école de ce pays , qui devait plus tard donner un développement si remarquable à ses établissements scolaires. Maître Cheever a travaillé aux progrès de ces écoles , dont il ne soupçonnait pas la grandeur future ; il repose dans un coin ignoré du cimetière de Roston, mais son nom et ses services n’ont pas été oubliés : V American Journal of éducation lui a consacré une notice.
ULYSSE ALDROVANDL
Ulysse Aldi’ovandi. — Dessin d’Édouard Garnier.
Né en 1522, à Bologne, de parents pauvres, Ulysse Aldrovandi, que nous nommons Aldrovande, fut d’abord page d’un grand seigneur, puis il devint apprenti négociant et se fit remarquer par son étonnante facilité pour les calculs les plus difficiles. Un jour, emporté par sa passion pour la contemplation de la nature, il laissa là le comptoir et suivit à Notre-Dame de Compostelle un pèlerin qui lui offrit de partager sa misère; puis il revint à Bologne chargé de plantes rares, aspirant surtout à en rassembler de nouvelles. Bientôt après, il part pour Rome et y devient, comme par plaisir, archéologue. Il publie un petit volume, encore recherché, sur les monuments qu’il a sous les yeux. En 1553, il est médecin.
Tout vrai savant (et ses études incessantes l’avaient dés lors rendu tel) a une ambition suprême au début de sa carrière. Aldrovande a celle de devenir illustrât oi- naturce (illustrateur de la nature ou, plus modestement sans doute, interprète de ses secrets), et pour cela il s’environne de grands artistes.
Poursuivi par des pharmaciens ignorants qui l’accusent de nuire à leur négoce, parce qu’il a créé un jardin botanique à Bologne, il s’adresse, pour faire cesser leurs clameurs, au souverain pontife, et ce pape savant, Grégoire XIII, qui bientôt réformera le calendrier, réforme d abord une profession utile ; il crée Aldrovande inspecteur des pharmacies. Dès lors notre naturaliste ne met plus de bornes à son zèle pour enrichir les jardins confiés a ses soins; peu lui importe que les vendeurs de drogues Tome XLIII. — Avril 1875.
étrangères lui cherchent dispute, parce qu’ils vendent moins de thériaque, disent-ils; il les condamne, par son exemple, à l’étude patiente et à l’expérience réitérée. 11 voyage , il a des aventures ; la moins agréable de toutes est celle où intervient l’inquisition en l’accusant de luthérianisme et le jetant en prison. Il sort de captivité et il étudie encore; il a étudié même sous les verroux.
Avant notre siècle, où la critique a fait tant de progrès en biographie comme en histoire , une légende mensongère accompagnait presque toujours la vie des grands hommes ; celle d’Ulysse Aldrovandi le faisait mourir épuisé par l’âge, par la maladie et surtout par la pauvreté, dans un hôpital d’Italie. Rien de cela ne paraît approcher de la vérité. Fiére du savant cju’elle avait investi d’utiles fonctions, et qui l’avait dotée, à son tour, d’institutions scientifiques d’une réelle importance, la cité do Bologne avait rémunéré d’une façon très-large le grand naturaliste; et quand on le vit avancé en âge, on doubla son traitement; de plus, quarante mille couronnes lui avaient été accordées comme indemnité. Lié avec les premiers savants de son siècle, il comptait parmi ses protecteurs, avec Grégoire XIII, Sixte-Quint et Ferdinand R"', dont on connaît la générosité. Ces faits importants sont le résultat des investigations faites dans les archives dé Bologne par Fantuzzi, et ils éclairent la fin de la vie de l’homme éminent déclaré par Bulïon « le plus laborieux et le plus savant des naturalistes. »
On sait d’ailleurs que ses obsèques furent célébrées
arec pompe aux frais de l’État; Urbain YIII composa son épitaphe. On voit son tombeau dans l’église de Saint- Étienne, à Bologne.
Mort le 10 novembre 1607, Ulysse Aldrovandi avait vécu jusqu’à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ses ouvrages imprimés ne forment pas moins de quatorze volumes infolio ; on estime le nombre de ceux qui n’ont pas été imprimés à deux ou trois cents. Les manuscrits d’ Aldrovandi, conservés pendant un temps assez limité au Muséum d’histoire naturelle de Paris, sont retournés à Bologne depuis 1815. Pour les imprimés, c’est l’édition de Bologne, ornée de belles figures, que l’on préfère; elle est très-supérieure à celle de Francfort. L’herbier qu’avait su rassembler cet infatigable travailleur ne se compose pas de moins de soixante volumes in-folio. C’est également sa ville natale qui en est aujourd’hui en possession.
La vérité nous oblige à dire qu’Aldrovande ne fut pas précisément ce qu’on peut appeler un grand naturaliste ; par exemple, Gessner, son contemporain, mort en 1565, lui fut supérieur. Mais Aldrovande était un vulgarisateur sincère, un observateur consciencieux de la forme, un iconographe en histoire naturelle, qui établit, pour les savants du seizième siècle, une base qu’on n’avait point avant lui ; si on les compare à ceux de ses contemporains, ses livres renferment des planches innombrables que rien ne peut suppléer.
Bien peu de gens savent aujourd’hui ce qu’il a fallu d’études préparatoires pour qu’au dix-neuvième siècle on eût une notion à peu prés certaine de la forme extérieure des divers animaux épars dans les cinq parties du monde.
Aldrovande, à ce point de vue, a rendu de grands services. Les vrais observateurs demeurent parfois surpris de la forme artistique sévère, de la minutieuse observation des détails (bien surpassée depuis, sans aucun doute), qu’il a su donner à ses figures d’animaux. Quelle force de critique et de résolution ne fallait-il pas alors pour dégager le vrai du fantastique ! L’immortel Cuvier, qui était lui-même un si habile dessinateur des productions de la nature (*), a travaillé durant une vie dont rien n’égale l’activité à encourager cette fidélité de représentation qui fait en partie la gloire séculaire du vieil Aldrovande.
NOUVELLE
Suite. — Voy. p. 50, 61, 78, 93, 106.