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LE ROCHER DE CAYLUS

PRÈS DE SATNT-AFFRIQÜE (AVEYRON).

Sur la hauteur d un promontoire rocailleux dominant Samt-Affrique, s’élève à pic, découpée dans le ciel, une ruine qui attire l’attention des voyageurs.

En approchant de la ville par la charmante vallée de la Sorgues, on croirait voir les derniers vestiges de quelque glande forteresse féodale : un donjon avec ses tours et ses courtines, entouré de murailles.

La forme, la couleur des pierres, tout fait illusion.

C’est une ruine de la nature, formée par des bancs de roches dénudées et isolées par l’action prolongée des eaux, et que l’on appelle le rocher de Caylus.

Sûr les versants des montagnes voisines, des rochers de même nature se montrent en escarpements abrupts. Des formes toujours profondément découpées, à cassures anguleuses, et des teintes roussâtres, leur donnent toutes les apparences de véritables ruines et leur ont fait donner le nom caractéristique de « calcaires ruiniformes. »

Avant les bouleversements terrestres qui ont donné au sol sa configuration actuelle , tous ces bancs provenaient d’une seule formation et se composaient d’assises continues.

Ces assises constituent la base du terrain jurassique, dont les étages successifs, dans leur superposition jus*

f[u au Causse ou plateau du Larzac , ont une liauleuv to taie de plus de 500 mètres. Elles reposent sur les assises supérieures du terrain du trias , qui , au-dessous du rocher de Caylus , s’en distinguent très-nettement par leur stratification et par les bandes aux couleurs vives et variées des marnes irisées alternant avec les bancs de grès.

C’est au milieu de ces dernières assises qu’à Saint- .\ffrique est creusée la vallée de la Sorgues.

La situation exceptionnelle du rocher de Caylus devait de tout temps être remarquée , surtout dans les premiers

âges, où le soin de la défense personnelle était la préoccupation constante des hommes.

Au pied même du rocher, on a trouvé de nos jours des fragments d’armes anciennes, des hachettes et des flèches en silex, et divers instruments en bois de cerf dont plusieurs sont déposés au Musée préhistorique de Bordeaux.

Le nom de Caylus, que l’on fait dériver de Castri locus, plus tard, au moyen âge, Castlus, indique que cette position fut occupée par les armées romaines.

C’est à la rencontre des chemins se, croisant sur le

plateau qui précède le rocher, que Fric ou Afrique, évêque de Comminges, et Hilaire, évêque d’Arles, fuyant la persécution des Ariens , se séparèrent vers l’an 440, et que le premier de ces deux évêques vint se fixer dans la ville qui depuis porte son nom.

Une inscription latine gravée sur une croix moderne placée au pied de la colline rappelle ce fait historique :

«En ces lieux, comme la tradition l’a conservé, au sommet de cette colline, les SS. évêques Hilaire d’Arles

et notre Affricain se dirent à Dieu vers l’an du Seigneur 440. — En mémoire de ce fait, une croix en bois fut érigée sur ce carrefour. — Ce souvenir de la religion fut rétabli et restauré avec ses propres deniers l’an du Seigneur 1869, par Antoine Blanc, chanoine de Rodez, avant et pendant plusieurs années le curé bien -aimé de notre ville. »

Au temps de la féodalité, sur ce même emplacement s’élevait un château fort.

« Un antre château remarquable, dit le baron de Gaujal ('), était celui de Caylus, près de Saint-Affrique, lequel dominait cette ville, dont le roi, l’évêque de Vabres et la maison de Caylus avaient la seigneurie en paréage.

» Il était bâti sur un rocher inabordable du côté du

sud, où il présente une élévation d’environ 6G mètres; d’épaisses et hautes murailles le défendaient des autres côtés. Celles qui sont vers l’est sont les seules qui subsistent, et on y voit une porte bien bâtie, par où l’on entre dans une rue qui traversait le fort de l’est à l’ouest ; mais

les maisons qui composent cette rue indiquent, par leur c<Jft#Fuction peu soignée, qu’elles ne servaient qu’à loger la garnison.

- » L’empierrement de la route de Saint-Affrique à ,.{*) Tableau historique du Rauerqm: 1819.

Millau, en 1808, fut l’occasion de fouilles au château de Caylus. On y trouva des tronçons de colonnes de 18 pouces de diamètre, grossièrement travaillées, et des pierres percées de trous de la môme dimension. A 10 ou 11 pieds au-dessous du sol, et dans l’intérieur d’une mnis’an, l’on.-

découvrit un coffre de bois en ponrritnre, une clef d’une forme extraordinaire et onze sous melgoriens en argent. En d’autres /endroits on trouva des. dards, des flèches, des javelots; des débris d’çirmes, un lambeau de cotte de mailles d’acier d’un beau travail, des morceaux de cuivre très-bien dorés et qui paraissaient avoir servi d’ornement :<à des armures, une grande clef attachée à une chaîne de jfer, et trois autres clefs plus petites de la même forme. »

I Aujourd’hui toute trace de ce château antique a dis- Iparu. Le sol environnant, remué, épierré, ameubli par la petite culture jusqu’à l’escarpement du rocher et dans ses plus petits replis, a été transformé et planté en vignes, vergers et jardins étagés en terrasses. La végétation et la verdure qui les tapissent font, par un saillant contraste, d’autant mieux ressortir la nature sauvage de la masse rocheuse dont elles sont couronnées.

L’époque de la fondation de Saint-Affrique est inconnue; c’est une des plus anciennes villes du Rouergue.

Le calvinisme, en se propageant en France, fit de nombreux adeptes parmi sa population.

Bien que mal située pour la défense, elle .soutint un siège avec succès , alors que le cardinal Richelieu , vpulant l’abaissement des calvinistes, avait déjà obtenu la reddition de places beaucoup plus importantes derrière les remparts desquelles ils s’abritaient.

«Saint-Affrique, dit le duc de Rohan dans ses Mémoires, est une petite ville entre deux montagnes, qui la dominent de telle façon qu’il est impossible d’y faire aucune pièce qui ne soit enfilée ou vue par revers, et jamais personne n’avait songé à la fortifier. Néanmoins, l’importance d’icelle pour la communication du haut et du bas Languedoc avait obligé d’y remuer la terre, assez maniable ; mais elle n’eût jamais attendu l’honneur d’être attaquée du premier prince du sang. La rivière de la Sorgue passe le long de ses murailles et la sépare du faubourg qui est du côté de Vabres, lequel il fallut fortifier parce que c’est l’avenue des ennemis, et que la rivière qui bat contre les murailles de la ville empêche qu’on ne puisse la fortifier en cet endroit-là. Tout l’ouvrage de ce faubourg consiste en tenailles et petits flancs dont les fossés ont4 toises de large, et l’épaisseur parapet à l’épreuve du canon ; il ne lui reste derrière qu’une banquette au lieu d’un rempart. Tout ce qui faisait espérer de s’y défendre était qu’on avait assez ue place pour s’y retrancher derrière. Au surplus, l’assiette est si bizarre , que sans une grande armée il est difficile d’empêcher le secours , tant du côté de Millau et de Saint-Rome de Tarn que du Pont de Caraarès. »

Ce fut le 29 mai 1628 que les armées réunies de Condé et du duc d’Épernon , comptant cinq à six mille hommes de pied et huit cents chevaux, commencèrent le siège de Saint-Affrique.

Dans trois assauts successifs, les assiégeants furent repoussés ; ils perdirent quatre cents hommes , dont quarante officiers, et eurent trois cents blessés; les assiégés n’eurent que vingt-huit morts et soixante blessés, dont cinq étaient des femmes.

Voyant l’inutilité de ses efforts, le prince de Condé leva le siège malgré l’arrivée des troupes de renfort.

Toutes les autres places fortes du calvinisme avaient fait leur soumission lorsque, en 1632, Saint-Affrique, se trouvant isolée, ouvrit ses portes st eut ses murailles rasées en même temps que celles de Saint-Rome de Tarn et du Pont de Camarés , qui n’avaient pas encore été démolies.

Saint-Affrique, à l’époque du siège, ne se composait que de cinq cents maisons. Aujourd’hui sa population est d’environ six mille habitants.

Elle tire son importance de sa situation au centre de contrées agricoles enrichies par l’entretien de nombreux troupeaux de brebis, avec le lait desquelles se préparent ces fromages connus et expédiés dans tous les pays du mpnde, et qui acquièrent leurs qualités si estimées par leur séjour dans les caves du village de Roquefort, situé à 11 kilomètres de distance.

Le long des cours d’eau voisins de Saint-Affrique son! établies des usines où l’on fabrique des draps communs, des mégisseries, des chamoiseries pour la prépration des peaux destinées à la confection des gants, industrie trèsrépandue dans toute la partie méridionale du département de l’Aveyron.

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