PORT DE BORDEAUX
Tous les voyageurs qui arrivent à Bordeaux , en venant du nord , doivent passer sur le magnifique pont de pierre de la Bastide pour gagner la ville, située sur la rive gauche de la Garonne. En traversant le fleuve, ils sont saisis d’admiration à la vue de la vaste pièce d’eau qui s’étend en face des quais sur une longueur d’environ cinq kilomètres, et sur une largeur moyenne d’un demi-kilomètre, offrant ainsi à l’œil une surface de plus de 2 millions de mètres carrés. On croirait que toutes les flottes commerciales des États européens pourraient se caser dans ce vaste espace. Hélas ! on se tromperait étrangement. Les bancs de sable , cachés sous l’eau , réduisent tellement le mouillage où peuvent se placer les navires tirant de 4 à 6 mètres d’eau, qu’en 1872, le port de Bordeaux ne, pouvait contenir plus de 200 navires en rade, et 60 environ amarrés le long des rives, sans compter, bien entendu, les chasse-marées et les bateaux qui naviguent sur la Garonne et sur la Gironde.
Malheureusement, les bancs ont tendance à s’accroître et à réduire de plus en plus la partie utile du fleuve. Les envahissements par les sables ont pris dans ces dernières années un développement considérable, pendant que, d’un autre côté, le mouvement maritime commercial s’accroissait.
Ainsi, l’étendue du mouillage pouvant recevoir des navires tirant 4 mètres d’eau était encore, en 1847, de 816 000 mètres carrés; il s’est réduit successivement chaque année, et n’était plus, en 1872, que de 588 000, ayant perdu plus du quart de son étendue. De même, le chenal, qui peut recevoir des navires tirant 6 mètres d’eau, et qui est compris dans ce mouillage, a passé de 317 000; mètres carrés en 1847, à 151 000 en 1872, se réduisant! à peu près de moitié. !
Cependant le tonnage de la navigation maritime a suivi! une marche inverse; car, de 747 200 tonnes en 1857, il! s’est élevé progressivement à 1 310 781 tonnes en 1872, augmentant ainsi Je 50 pour cent. Les bateaux à vapeur contribuent à ce résultat pour près de la moitié.
Ni les ingénieurs du ministère des travaux publics, ni les autorités locales, ni le commerce, ne sont demeurés impassibles en présence de cette situation. Ils ont donné leurs soins au dragage de la rade , à l’extension des quais verticaux et des cales inclinées , qui présentent ensemble
MAdASiiN PlTTOllüSUUE.
un développement de plus de quatre kilomètres; mais ces mesures ont été insuffisantes, et le port s’est trouvé plusieurs fois encombré à tel point, que de nombreux navires étaient obligés d’attendre leur tour dans les passes du fleuve. Des bateaux à vapeur n’ont pu même décharger immédiatement leurs marchandises pour en prendre d’autres aussitôt; c’est grave, car la rapidité et le renouvellement fréquent de leurs opérations est le seul moyen de compenser le prix élevé des transports qu’ils effectuent.
On a conçu alors le projet de construire un bassin à flot (voy. t. VIII, 1840, p. 291) dont l’établissement a été déclaré d’utilité publique, et pour lequel la chambre de commerce de Bordeaux s’est engagée à avancer successivement au Trésor jusqu’à concurrence de dix millions de francs, afin d’accélérer les travaux, qui ont commencé en 1869.
Ce bassin avec ses dépendances occupera une superficie de 520 000 mètres carrés. La portion destinée à recevoir les navires pourra en contenir soixante-seize, et présentera une surface d’environ 100000 mètres carrés. Elle sera alimentée par les eaux de la Garonne, qui s’y introduiront lorsque la marée atteindra une hauteur déterminée.
Éloigné seulement de deux kilomètres et demi du palais de la Bourse, ce bassin se rattachera par de larges voies charretières et par des rails aux rues de la ville, aux quais et aux gares des chemins de fer du Midi, d’Orléans et du Médoc.