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COMMENT ON PEUT CONSTRUIRE SOI-MÊME LES INSTRUMENTS

d’observation.

Voy. p. 6.

L’histoire naturelle est la science de tout ce qui nous entoure, de tout ce qui, animé ou inanimé, nous sert ou nous nuit à chaque instant de notre existence ; de ce qui nous abrite, nous défend, nous vêt, nous nourrit. C’est la science que tous devraient aimer et cultiver, c’est celle que trop de personnes négligent.

Il s’agit surtout de regarder, d’observer. Nous apprenons bien des choses avec nos yeux ; cependant un ami de la nature, curieux de la bien connaître, s’aperçoit bientôt que ses organes, faits surtout pour des vues d’ensemble et des préhensions générales, ne sont pas assez aigus pour atteindre les organes vivants des plantes et des animaux emplissant l’espace autour de lui. Il comprend alors la nécessité de remédier à cette infirmité naturelle à l’aide d’instruments. 11 y parvient, par exemple, en s’aidant du microscope pour voir, de la pince pour saisir.

Le meilleur microscope est la loupe , et la loupe n’est point un instrument moderne , tant s’en faut ! La loupe était connue des anciens et fort employée par eux; la preuve en est facile. Il suffit d’aller à la collection des antiques grecs du Louvre pour voir des mosaïques lilliputiennes, des pierres gravées de même taille, sur lesquelles des personnages d’un millimétré de hauteur ont les muscles du corps parfaitement indiqués et l’expression du visage très-aisément reconnaissable. Tout nous démontre que les artistes qui ont exécuté ces merveilles savaient employer usuellement des grossissements considérables, et qu’ils possédaient non-seulement le microscope simple ou la loupe, mais même peut-être le microscope composé. Ces instruments étaient sans doute construits empiriquement, mais d’une manière simple et ingénieuse : il n’est pas inutile d’indiquer ce quelle pouvait être.

Tout le monde sait qu’une goutte d’eau suspendue par sa périphérie prend une forme délimitée par des surfaces courbes peu différentes de portions sphériques, et constitue une lentille très-bombée, par conséquent à trèscourt foyer et susceptible d’un fort grossissement. On sait de même que si, au lieu d’employer l’eau, on pouvait se servir d’un liquide aussi transparent qu’elle, mais plus réfringent, les lentilles seraient de plus court foyer encore, et, par conséquent, fourniraient un plus fort grossissement pour la même grandeur d’ouverture.

On croit que ce fut le miel que les artistes anciens employèrent d’abord , en ayant soin de ne prendre que la partie la plus pure et la plus transparente renfermée au milieu de l’alvéole.

Pour les imiter en cela, on peut monter sur un pied quelconque une lame très-mince de métal ; l’argent serait préCrable au ri.ivre et, au fer. On y pratiquera des trous

de très-petite dimension, depuis un millimètre jusqu’à la grosseur d’une piqûre d’aiguille à broder. Puis, avec une pointe d’épingle, on déposera une goutte d’eau ou de miel dans un de ces trous. C’est au travers de cette lentille admirable que l’on regardera les petits objets : il faut les approcher, ainsi que l’œil , très-près de la lentille et les faire tenir autant que possible immobiles.

Nul doute que l’on ne puisse essayer avec succès, pour créer ces lentilles épliémères, d’un certain nombre de corps nouveaux dont la chimie s’est enrichie dans ces derniers temps, et parmi lesquels nous citerons la glycérine.

Le point délicat est de trouver, d’une manière commode, le point ou foyer auquel il convient d’arrêter l’objet pour pouvoir l’étudier suffisamment ou le dessiner : la main vacille et ne peut servir. Le moyen le plus simple est de monter, sur le support même de la feuille percée, une tige glissant de bas en haut et soutenant une lame de verre mince, sur laquelle on dépose l’objet à étudier. On l’approche ainsi, peu à peu, et avec précaution, de la lentille, dont la lame métallique doit toujours rester horizontale.

On peut faire varier à volonté le pouvoir grossissant de ces lentilles éphémères. Pour cela, il suffit d’ajouter ou d’enlever, avec une pointe d’aiguille, un peu de matière. La viscosité du miel rétablit immédiatement la continuité de la surface et l’adhérence de la partie ajoutée à celle qui existait déjà.

L’observateur ne perdra pas de vue que, pour une même ouverture, plus on mettra de miel, c’est-à-dire plus la goutte sera grosse, plus sa surface deviendra convexe, plus elle fournira un fort grossissement, plus le foyer sera court. On allongera, au contraire, le foyer autant que possible, en laissant dans l’ouverture la plus petite quantité de miel que l’on pourra, ce qui formera une lentille très-plate.

Ce n’est pas tout encore : les anciens nous paraissent avoir su composer des doublets et des triplets au moyen de cette curieuse fabrication de lentilles; l’empirisme et l’expérience les guidaient. Avec deux ou trois feuilles métalliques percées parfaitement Tune au-dessus de l’autre, ce qui est très-facile, et glissant le long de la même tige verticale, ils ont pu doubler et tripler le système des lentilles, faisant varier, à volonté, et leur grandeur et leur convexité , pour arriver à les rapprocher suffisamment et à obtenir ainsi des grossissements considérables. Ce procédé ne vaut pas assurément nos microscopes composés actuels, et demande une grande habileté de main; mais ces instruments primitifs peuvent encore rendre beaucoup de services à l’amateur de la nature, s’il est patient et adroit.

Nous n’avons pas à nous appesantir ici sur les autres instruments qui pourraient servir à l’étude de l’histoire naturelle; ils se réduisent d’ailleurs, pour la géologie et la minéralogie, à quelques marteaux, à un petit aimant en fer à cheval, et à une loupe commune grossissant quatre à six fois en diamètre ; pour l’étude de la botanique , à une ou deux petites pinces fines, dites presselles ou h'uxelles, permettant de saisir et de détacher les organes délicats que nos doigts ne sont pas aptes à tenir; pour la zoologie, à ces mêmes pinces, et à un ou deux scalpels, nécessaires pour interroger l’intérieur des organes. (')

Tous ces objets n’excèdent pas une dépense totale de vingt francs. Sans doute, c’est beaucoup pour bien des gens; mais combien de savants sont devenus les gloires de riiumanité, qui ne possédaient pas cette modeste somme, et qui sont parvenus à l’économiser peu à peu sur leurs besoins les plus pressants !

(') Nous avons déjà donné des conseils pour quelques-unes dé ces études. — Voy. les Tables.

MAGASIN PITÏOtlËSQÜË.

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