LE CHAGRIN ET LA JOIE
Le tonnerre gronda dans l’immensité, et des éclairs sillonnèrent le ciel.
Alors, du sein ténébreux de la terre, à l’appel du Destin, le Chagrin sortit. Il gémissait péniblement, et sur son passage s’élevaient des rocs escarpés et pullulaient des plantes vénéneuses.
Soudain un arc-en-ciel apparut le long des nuées. Une seconde fois le Destin fit un signe, et une tendre vierge aux joues roses descendit des cieux ; l’Aurore l’accompagnait, et autour d’elle naissaient des fleurs.
Et le Chagrin s’avança vers elle avec colère du fond de ses noirs roctiers, et lui dit :
— Va-t’en à puche, j’irai à droite, afin que nos chemins ne puissent jamais se rencontrer ! Mon cœur te hait d’une haine puissante.
La Joie répondit en souriant ;
J irai à gauche, va-t’en à droite, et que jamais nos chemins ne se rencontrent! J’aime la lumière sacrée du soleil, et je fuis ton visage maussade.
Elle dit. Alors s’étendit au ciel un nuage d’un rouge sombre, et une voix en tomba :
— Vous suivrez l’impulsion immuable du Destin, et vos deux routes s’entrelaceront l’une à l’autre en croisements serrés. Ainsi, quoique séparés par la haine, vous vous rencontrerez sans cesse, et à vous deux vous ferez, par la sévérité et par l’amour, l’éducation de mes enfants. Voilà comme de l’échange de vos leçons pourra fleurir une race virile. Nonne. ’
ÉTUDES CÉRAMIQUES
Suite. — Voy. p. 60.