MOUSTIERS ET MARSEILLE
La fabrication de la faïence, qui avait pris à Rouen et à Nevers une si grande extension vers la fin du dix-septième siècle , devait bientôt se répandre partout. Les difficultés et la cherté des transports augmentaient nota- (•) H, Corne.
blement le prix des nouveaux produits céramiques dont l’usage devenait de plus en plus général , et de nouvelles manufactures ne tardèrent pas à s’ établir dans les contrées éloignées du centre de la France. Une des plus importantes est sans contredit celle de Moustiers, petite ville du département des Basses-Alpes , perdue pour ainsi dire au milieu d’une contrée montagneuse et peu accessible. (')
Les faïences de Moustiers , remarquables par leurs qualités décoratives et la pureté de leur émail , furent longtemps attribuées aux fabriques de Rouen ; plusieurs écri-
rissy, issu d’une famille de potiers, sut créer à Moustiers « l’industrie de la faïence, qui, dit M. Davillier, devait valoir à lui la fortune , à ses descendants l’anoblissement, et à son pays un siècle de prospérité. » Son neveu, qui lui succéda en 1728, et qui portait le même nom que lui, fut anobli par le roi Louis XV en 1743, et prit le titre de seigneur de Trévans. Nommé, en 1747, secrétaire du roi en chancellerie près le Parlement de Provence , il s’associa Joseph Fouque, habile décorateur, et lui céda sa fabrique qui n’occupait pas alors moins de vingt-deux peintres, et qui resta la première et la plus importante de celles que des concurrents établirent bientôt après â Moustiers et dans quelques localités voisines. Ses produits avaient acquis à cette époque une réputation justement méritée et qu’elle sut conserver longtemps, puisque l’abbé Delaporte, dans son Voyageur français, publié à Paris en 1788, en parle en ces termes : « Il y a dans la petite ville de Moustiers une manufacture de faïence , qui passe pour être la plus belle et la plus fine du royaume. »
(‘) Voyez sur Moustiers, tome XXVI, 1858, p. 121 ..
vains du siècle dernier, Piganiol de la Force, l’abbé Delaporte, l’avocat Fournay, etc., les avaient cependant mentionnées avec éloges dans leurs écrits, et l’on a peine à comprendre l’oubli profond dans lequel elles étaient tombées; M. Riocreux {'), le savant conservateur du Musée céramique de Sèvres, est le premier qui ait mis les amateurs sur la voie de cette fabrication, que devait faire connaître complètement, quelques années plus tard, M. le baron G. Davillier dans son excellente Histoire des faïences et porcelaines de Moustiers et Marseille.
C’est à la fin du dix -septième siècle que Pierre Clé-
On peut admettre deux époques bien distinctes dans la décoration des pièces fabriquées à Moustiers ; la première est surtout caractérisée par des sujets de figures que les peintres reproduisaient dans le fond des plats ronds ou ovales , sur des vases ou des bassins très-profonds, à bords' droits, destinés à faire rafraîchir le vin. La plupart de ces sujets sont empruntés cà l’œuvre considérable à’ Antoine Tempesta, célèbre graveur florentin, mort à Rome en 1630, et représentent presque toujours des combats ou des chasses aux bêtes féroces ; quelques scènes mythologiques sont copiées d’après Fra7is Floris, le peintre d’Anvers, que ses compatriotes avaient surnommé le Raphaël fla^nand.
La seconde époque, dont les spécimens, beaucoup moins rares, sont plus connus, se distingue par la pureté de l’émail, d’un beau blanc laiteux ou quelquefois légèrement rosé, et surtout par une délicatesse extraordinaire dans la décoration, empruntée au style de Bernard Toro, sculpteur du roi, qui composa vers le commencement du siècle dernier des dessins très-remarquables que plusieurs (q Voy., sur Denis Riocreux, t. XLI, 1873, p. 1.
graveurs ont reproduits et qui, malheureusement, ne sont pas assez connus. Ce sont de gracieux entrelacs au milieu desquels se jouent quelques figures de nymphes, de satyres et d’amours, et qu’accompagnent des baldaquins, des cariatides, des gaines, des lambrequins, etc., arrangés avec autant de goût que de hardiesse. Le grand plat du Musée de Sèvres que représente notre gravure est un des plus remarquables produits de la fabrication de Moustiers à cette époque.
Nous devons aussi mentionner dans cette seconde période les décors, un peu moins soignés comme exécution, de grotesques et de caricatures reproduits au poncis, et peints tantôt en vert mélangé de noir, tantôt en jaune et vert, quelquefois en camaïeu jaune ouvert; quelques-uns de ces grotesques sont empruntés à Callot; mais, le plus souvent , ce sont des fantaisies dues à l’imagination et au talent des peintres du pays (fig. 2).
orfèvreries de l’époque et décorées de paysages et de natures mortes (fig. 3), peintes en diverses couleurs avec une perfection remarquable.
NOUVELLE
Suite. —Voy. p. 50, 61, 78, 93, 106, 122, 138, 15i.