‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 168 sur 712 · LE CHATELAIN DE LA ROCHE-VINDEX · texte numérisé non relu

LE CHATELAIN DE LA ROCHE-VINDEX

Ici la légende fabuleuse se mêle à la tradition historique. Ce châtelain du vieux manoir de la Roche n’est point urt personnage fictif; il se nommait Aimerigot-Marcbès ou Marcel. Gentilhomme gascon soudoyé par l’Angleterre, il guerroyait, vers 1380, en Auvergne, contre la couronne de France. « C’étoit, dit un chroniqueur de ce temps-là, l’un des plus rusés et plus intrépides robbeurs et escheleurs de places (voleurs et preneurs de places par surprise). »

La bonne vie que menaient les abominables routiers lancés dans la campagne par leur chef pour se ravitailler, a fait dire à l’un d’eux, en manière de complainte à l’égard du temps passé ; « — Il n’est n’ébattement, ne gloire en ce monde que pour gens de guerre faisant par la façon que nous avons fait. Tous les jours les vilains d’Auvergne et de Limagne nous pourvoyoient avec bon vin, moutons gras et poulaille. Quand nous chevauchions, tout le pays trembloit. »

Les fées, dont le pouvoir était, paraît-il, fort restreint, gênaient cependant assez les brigandages d’Aimerigot pour qu’il résolût de déloger ses importunes voisines. Un soir qu’il prenait le frais à l’une des fenêtres de son château de la Roche-Vindex, il aperçut, à la faveur du clair de lune, les bonnes fées entrer, au nombre de cinq, dans l’une des grottes. Elles s’y réunissaient ce soir-là pour célébrer on ne sait quel événement heureux, en buvant de la bière

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et en mangeant une omelette. Aimerigot accourut pour les surprendre; mais elles, devinant son dessein, disparurent soudainement. Elles ne laissèrent, pour témoigner de leur passage à travers le rocher, que l’empreinte en creux

des verres et de la poêle à frire, encore visible, dit-on, sur les parois de la grotte.

Nous rentrons dans l’histoire : cet Aimerigot, vaincu et errant, vint un jour demander asile à son cousin Jehan,

Cascade de Qiieureilh (Puy-de-Dôme). — Dessin de A. de Bar.

seigneur de Tournemire, lequel avait à se faire pardonner force prouesses de malandrin. Dés qu’Aimerigot parut, son cousin lui dit ;

• — Vous êtes traitre et félon, vous avez violé les trêves

qui étaient convenues, et êtes cause que monseigneur de Berry me hait; mais vous servirez à faire ma paix avec lui, car d’ici ne sortire.z que pour être mené à lui mort ou vif. 1 Joignant aussitôt l’action .à la menace. Jehan de Tour-

nemire se jeta sur Aimerigol et le terrassa ; puis ses valets attachèrent de lourdes chaînes aux jambes du prisonnier et l’enfermèrent dans la plus torte toui du chateaii. Quelrpies jours après, livré au comte de Blaisy, chambellan du roi, Aimerigot arrivait à Paris sous bonne et nombreuse escorte. Le prévôt s’étant emparé de lui, il fut mené en charrette aux Halles, et là plusieurs fois tourné en pilori, après quoi il eut la tête tranchée, et enfin on l’écartela. Chacun de ses quatre membres fut, au dire d’un contemporain, levé sur une estache (longue perche) aux quatre souveraines portes de Paris. Le seigneur ’lournemire tira bon profit de sa trahison envers son cousin ; il obtint que tous scs mallalenis et fftcom;e)iie?hs(brigandages) lui seraient pardonnés ; en outre, il se fit donner une somme de quatre mille cinq cents livres (environ 117 000 fr.).

Le nom d’Aimerigot n’est pas oublié dans la basse Auvergne; par contre, on y chercherait en vain les restes du château de la Roche-Vindex : des arbres et des arbrisseaux végètent depuis près de cinq siècles sur l’emplacement qu’il occupait.

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