‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 182 sur 712 · LES FESTINS DES DUELLISTES · texte numérisé non relu

LES FESTINS DES DUELLISTES

Remarquons avec satisfaction que les duels , toujours si fréquents au théâtre parce qu’ils paraissent nécessaires aux auteurs pour donner de l’intérêt à leurs pièces, deviennent de, plus en plus rares dans la vie réelle. Le bon sens fait insensiblement justice de ce vieil usage homicide qui n est pas aussi excusable qu’on le dit au nom de l’honneur, même dans des circonstances très-exceptionnelles, puisqu il est tout à fait aboli chez des peuples où , comme en Angleterre, le sentiment de la dignité personnelle et du respect qu on se doit à soi-même est assurément trèsélevé dans les classes supérieures de la société.

Nous nous rappelons un temps où les duels, surtout les moins motivés, étaient encore assez nombreux pour fournir

une clientèle fort appréciable à certaines maisons de restaurateurs situées à la lisière des bois voisins de'Paris. Il était alors beaucoup plus aisé de trouver des témoins. En prêtant son aide aux champions, dans le fourré ou sur le pré, on ne s’exposait pas, comme aujourd’hui, à passer en Cour d’assises; et, de plus, on avait grande chance de faire un bon déjeuner aux dépens des deux ennemis facilement réconciliés.

Cette coutume de festiner après les duels était déjà un sujet de railleries au dix-septième siècle, comme on le voit par quelques vers de la Muse historique (1655), de Loret. L auteur fait remarquer, à 1 occasion des édits du roi contre les duellistes, que la disposition de la noblesse de Languedoc à se soumettre à ces prescriptions royales « contrarioit singulièrement les gentilshommes à maigre pitance, qui se faisaient un revenu de leur assistance dans les rencontres meurtrières. r>

Aucuns nobilis assez minces,

Qui croupissent dans les provinces Et que l’on voit suer d’ahan Quand on parle d’arrière-ban.

D’eux-mêmes étant idolâtres,

Font encor les opiniâtres ;

Et voici leur franche raison.

Chacun sait bien qu’en sa maison,

Où peu volontiers il séjourne,

La broche assez rarement tourne ;

Et quand, par parole ou cartel.

Ces beaux messieurs font un appel.

Ils trouvent la cuisine prête En attendant qu’on les arrête ('),

Ce qu’on fait ordinairement ;

Puis, durant l’accommodement.

Toujours fatal aux poulets d’Indes,

Dieu sait combien on fait de brindes !

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