‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 183 sur 712 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Au fond d’un bois, ait plus haut d’un grand chêne, était un nid; de merle ou de pie? Je rie sais. 11 y avait le père, la mère et deux oisillons; non des oisillons sans plumes, mais des mieux emplumés. Ils pouvaient s’envoler du nid, comme ils l’avaient fait souvent déjà; mais ils y revenaient toujours avec joie. La mère était toute rondelette et assez vive pour son âp. Elle trottinait autour du nid, allait chercher les provisions, mais ne donnait plus la becquée : les petits mangeaient seuls depuis longtemps. Le père se promenait aussi, mais pour prendre l’air seulement; c’était un oiseau rêveur, voire même un peu poète ; il laissait sa ménagère chargée des soins du ménage. Le soir, tous se trouvaient réunis; on gazouillait, on riait. Le père oiseau se permettait un bon mot à l’occasion; les petits répondaient, la mère écoutait, et tout allait le mieux du monde. Mais, hélas! les meilleures choses ont leur fin. Il vint un moment où les enfants grandirent tellement que le nid devint trop petit. La mère ne pouvait plus suffire à nourrir sa famille : il fallait se séparer. Grand fut le chagrin, pour les vieux oiseaux surtout. Quand le jour du départ fut arrivé , la mère donna une petite provision à ses chers petits, et le père leur dit :

« Chers oisillons de mon cœur, vous partez pour un » long voyage; écoutez les conseils de votre vieux père,

» et suivez-les si vous voulez le rendre heureux et faire » bonne fin. Vous êtes impatients d’essayer vos ailes ; mais » allez droit devant vous et jamais en zigzag. N’essayez » pas à vous élever trop haut, vous briseriez vos reins;

» restez sur la terre, votre patrie, mais n’y rampez pas,

» vous saliriez vos ailes. Amassez le grain de chaque jour (*) Avant le duel, pour l’empêcher.

» et aussi un peu pour la rude saison d’iiiver. Ne prenez » jamais sur la part de votre frère pour augmenter la i> vôtre. N’enviez pas ceux qui l’ont meilleure : faites de » votre mieux, mesurez votre appétit à vos provisions, et » donnez votre superflu à ceux qui ont moins que vous. »

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