ASSASSINAT DE GUILLAUME LE TACITURNE
Quand on parle de Delft , le nom de Guillaume le Taciturne vient sur les lèvres. C’est là qu’il habitait, c’est là qu’il fut assassiné. Depuis longtemps il était l’objet de la haine de Philippe H, roi d’Espagne, et il faut avouer qu’il avait des droits légitimes à cette haine du « Démon du Midi. » C’était lui qui jadis, alors qu’il n’était pas encore question de soulèvement, avait poussé les Etats des Pays-Bas à demander l’éloignement des troupes espagnoles. C’était lui qui avait été, en 1566, le véritable auteur du Convpromis de Bréda, signé par la noblesse. La guerre des gueux se préparait; et lorsque le duc d’Albe eut été nommé gouverneur des Pays-Bas, lorsque ce digne ministre du fanatique roi d’Espagne commença son œuvre de bourreau, Guillaume, retiré en Allemagne, attendit les événements. Les violences sans cesse croissantes du duo d’Albe, les exécutions des comtes d’Egmont et de Horn, l’établissement du Conseil des troubles , flétri du nom de Tribunal de sang , exaspérèrent les âmes et favorisèrent les projets de Guillaume. Condamné à mort par contumace , il leva des troupes et fit , mais sans succès , deux démonstrations contre le Brabant. Néanmoins le moment était venu. Il arbora hautement le drapeau clu protestantisme, accepta le commandement des Hollandais révoltés, et organisa les gueux dç mer (1572). Après la prise de Middelbourg, il fut nommé comte de Hollande et de Zélande (1574). Par la pacification de Gand (1576), il fil conclure l’alliance des provinces du nord et du midi. Les Flamands eux-mêmes lui donnèrent le titre de gouverneur général du Brabant; mais Alexandre Farnèse, plus adroit que le duc d’Albe, fit si bien qu’il les ramena à l’Espagne. Désireux de consolider ce qui était fait, Guillaume, en 1579, fit conclure Y Union d'Utrecht : les provinces de Hollande, Zélande, Utrecht, Gucldre, Groningue, Frise et Over-Yssel se déclaraient indépenilanles sous le nom
de République des sept Provinces- Unies. Guillaume était nommé statliouder, capitaine et amiral général. Il partageait l’autorité avec les États généraux. Ce n’étaient plus les gueux, comme les appelaient avec dérision les orgueilleux Espagnols, c’était une fédération d’États réguliers et armés pour défendre énergiquement la liberté qu’ils avaient si bien su conquérir.
Guillaume, l’âme de cette fédération, tenait en échec la puissance de Philippe II. Le sombre despote, pour qui tous les moyens étaient bons , mit à prix la tête de Guillaume. En 1582, un marchand espagnol établi à Anvers, et qui se voyait au moment d’être ruiné par une banqueroute, songea à rétablir ses affaires en se faisant agent d’assassinat. Philippe s’engageait à lui donner 80000 ducats, et lui, de son côté, garantissait le meurtre de Guillaume. Il avait pour commis un jeune homme de vingttrois ans, Juan Jaureguy, dont le fanatisme fut excité et par les promesses de son patron et par les prédications d un dominicain, son confesseur. Il tira sur Guillaume un coup de pistolet : la balle traversa seulement le palais du prince , mais la blessure fut grave , et l’on eut peur pour ses jours, Alexandre Farnèse, prince de Parme, se mêla aussi là ces infamies. Ses prédécesseurs dans le gouvernement des Pays-Bas ne voyaient plus que l’assassinat pour les débarrasser de Guillaume : il suivit leur exemple et chercha un homme propre à assassiner l’ennemi de l’Espagne. Il se présenta plusieurs misérables. Italiens, Espagnols, Lorrains, Écossais ou Anglais, qui, du reste, se firent donner de l’argent, le dépensèrent et n’essayèrent rien.
Cependant il y avait à Delft quatre personnes, différentes de nation, qui ne se connaissaient pas et qui guettaient 1 occasion de tuer Guillaume. Ce fut un Français qui y réussit. Il s’appelait Balthazar Gérard, avait vingt-sept ans, et était complètement fanatique. Il fallait d’abord s approcher de Guillaume et le mettre en confiance. Gérard prit le nom de Guion , se donna comme le fils d’un martyr calviniste, et assista assidûment au prêche. Sa situation misérable et la manifestation de ses sentiments religieux excitèrent la compassion et l’intérêt de Guillaume, qui l’admit auprès de lui. Gérard avait, dit-on, d’excellentes raisons pour tranquilliser sa conscience. On assure que le régent du collège des Jésuites, à Trêves, mis dans sa confidence, lui avait assuré une place au milieu des martyrs s’il réussissait; et qu’un franciscain de Tournay, le père Géry, également consulté , l’avait trés-forte-
d’une porte. Cet homme tira à bout portant un coup de pistolet au prince et le frappa en pleine poitrine. Guillaume expira quelques minutes après. Quant à l’assassin, il s’enfuit d’abord par une porte de côté et gagna en toute hâte un sentier qui aboutissait aux remparts. Mais il fut bientôt lejoint et saisi par ceux qui s étaient lancés à sa poursuite On a le détail des horribles tortures qu’on lui infligea pour lui faire avouer ses complices. Il ne révéla rien, se glorifia de son crime, et resta souriant et fier au milieu des plus épouvantables souffrances. Sa main droite fut brûlée avec un fer rouge, sa chair déchiquetée en six endroits avec des pinces; il fut écartelé et éventré vivant; puis on lui arracha le cœur pour le lui jeter au visage; enfin on lui trancha laj tête. Quant à la somme promise par le roi d’Espagne à l’assassin, on la paya aux héritiers de Gérard, et de plus ils fuient anoblis. La fin à une prochaine livraison.
ment encouragé.
Gérard fut d’abord chargé d’une commission et fit le voyage de France. Mais il revint précipitamment à Delft pour annoncer au prince d’Orange la mort du duc d’Anjou, ce souverain passager des Pays-Bas, ce frère indécis de Henri 111, qui, n étant ni catholique ni protestant, voulut ménager ou tromper les deux partis, ne réussit à rien de ce qu il espérait, et mourut abreuvé de dégoûts. Guillaume donna alors de l’argent à Gérard , qui s’en servit pour acheter des pistolets à un soldat. On raconte que quand ce soldat apprit l’abominable usage qui avait été fait de ces armes, il se tua de désespoir.
G était le 10 juillet 1584; Guillaume passait avec sa famille dans sa salle à manger ; Gérard se présenta à lui : sa pâleur, son regard, son air agité, frappèrent Louise de Coligny nièce de 1 amiral et femme de Guillaume. Le prince d Orange la rassura, et en sortant de table passa ^ le premier. Il était deux heures. Guillaume se mit à monl^ter lentement 1 escalier qui conduisait au premier étage.
posait le pied sur la seconde marche, lorsqu’un homme .^^tit d une voûte obscure enfoncée dans le mur, tout près bas de 1 escalier, et complètement cachée dans l’ombre