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CHARIOTS POUR LE TRANSPORT DES ARBRES

La transformation du bois de Boulogne a nécessité de nombreuses plantations. Il a d’abord fallu planter des arbres d’alignement sur les boulevards extérieurs, ainsi que sur les allées droites conservées dont le profil seulement à été modifié. On a dû fermer ensuite, au moyen de plantations forestières d’arbres et d’arbustes, les anciennes allées droites qui avaient été supprimées. On créait, en même temps, des massifs sur les pelouses nouvelles des plaines des Sports et. de Longchamp, près des maisons des gardes et des autres habitations, le long des anciennes allées droites côtoyant des parties de pelouse dont il convenait de dissimuler la rectitude, dans les îles ainsi qu’aux abords des pièces d’eau. Enfin des arbres à tiges de différentes dimensions et à feuillages diversement colorés ont été placés sur les pelouses pour limiter le regard, pour former des points de vue et produire des oppositions d’aspect indispensables.

Dans le principe,, la transplantation des arbres s’est faite à la manière ordinaire; mais les dépenses relativement considérables que cette transplantation a exigées ont conduit à imaginer des procédés moins coûteux, qui consistent dans l’emploi de chariots spéciaux. Ces chariots, de dimensions différentes, peuvent être classés en trois catégories, suivant la grosseur de la motte qu’ils cnt à enlever et à transporter :

1° Le petit chariot, qui coûte 700 francs;

2'> Le chariot à deux chevaux, qui revient à 1 100 francs ;

3" Le grand chariot en fer et en fonte, qui a servi à transplanter, à Paris, les grands marronniers de la place de la Bourse et ceux de la place du Châtelet. Son prix est de 8 500 francs.

Pour transplanter les arbres au moyen des chariots, on pratique d’abord, autour du tronc et à une certaine dis-^ tance de son pied, un déblai annulaire afin de pouvoir former la motte. Au fur et à mesure que la fouille devient plus profonde, la motte est garnie, suivant la nature plus ou moins compacte du terrain dont elle est formée, soit

d’une enveloppe en branchages, soit d’un cuvelage cerclé en bois avec bandes de fer armées de vis de pression. L’arbre est alors soutenu cà l’aide de haubans, et l’on détache la motte du terrain auquel elle adhère par la base en passant des plats-bords par-dessous, quand elle est encastrée dans un cuvelage en bois, ou en retournant et en nouant les branches, quand elle n’est qu’entourée de branchages.

' Les proportions de la motte à enlever varient notablement, suivant le diamètre, la hauteur et l’essence de l’arbre à transplanter et suivant la nature du sol qui doit le recevoir.

Pour assurer la réussite de la transplantation, il faut, en général, conserver, autant que possible, les racines, celles-là surtout qui présentent le plus de parties cheve-

lues. Il est nécessaire, en conséquence, de donner à la motte toute l’ampleur que l’on peut obtenir.

Pour les arbres à feuilles caduques, la dimension des mottes peut varier de 0™.80 à 2m. 50, selon le diamètre et l’âge des arbres.

A 1 égard des arbres à feuilles persistantes, dont les ra*cines se reforment moins facilement, il faut toujours, pour en favoriser la reprise, quelle que soit, d’ailleurs, la force de ces arbres, de très-grosses mottes de près de 2 mètres de diamètre au minimum.

L’arbre étant préparé comme nous l’avons dit plus haut, on pose au-dessus de la fouille deux plats-bords espacés à la même distance que les rorfes du chariot, puis on pousse celui-ci sur. ces plats-bords, de manière à embrasser 1 arbre dans les quatre traverses qui forment le

Transplantation des arbres. — A. Vue de profd du petit chariot. — B. Élévation de Tavant-train. — G. Élévation de l’arrière-train.

D. Plan du petit chariot.

bâti du chariot; la traverse de derrière est, d’ailleurs, rattachée aux traverses latérales par une charnière qui permet de la manœuvrer à volonté , et d’ouvrir ainsi au tronc de 1 arbre un passage par où il pénètre dans le bâti. La motte est alors prise en dessous par la corde ou par la chaîne enroulée sur les treuils de l’appareil; on imprime ensuite à ceux-ci un mouvement de rotation , et l’arbre avec sa motte est enlevé au-dessus du sol. La traverse de derrière du bâti est remise en placé ; les haubans amarrés aux principales branches de l’arbre, pour le maintenir droit et solide, sont attachés sur ce bâti. Ces diverses opérations terminées, on attelle le chariot et l’arbre est trans-

porté à sa nouvelle destination. Pour le descendre à la place qu’il doit occuper, on emploie les mêmes procédés que pour l’enlever du sol où il a été pris. La cavité préparée pour le recevoir doit toujours être garnie de bonne terre, convenablement tassée et humectée au fur et à mesure qu’elle est jetée dans la fouille.

Le prix de la transplantation d’un arbre , en supposant un parcours de 3 à 4 kilomètres, varie, pour le petit chariot, de 20 à 40 francs; pour le chariot moyen, de 40 à 75 francs; enfin , pour le grand chariot, qui exige de 7 à 9 chevaux, de 75 à 120 francs. (')

(') M. Alphand.

DELFT

(hollande, province de hollande-méridionale).

Un Canal à Delft. — Tableau et dessin de F. Slroobant.

Si vous comptez faire un voyage d’agrément en Hol de, et que vous consultiez un Guide, on peut parier up sûr que ce guide, quel qu’il soit, vous recommander ^^jjas aller directement de Rotterdam à la Haye par 1 ^IB de-fer, mais de vous arrêter à Delft et d’v prendr

■ Ï0l»Xtin.— .[uiLLETl87r,.

une de ces barques hollandaises, appelées trehschuüen (’), véritables omnibus d’eau, qui font dans ce pays de canaux et de rivières un service régulier de transport. Si vous

{') Barques de trait ; du hollandais trehlsen, tirer, traîner, et schuil, bateau.

faites comme le guide vous le dit, vous ne vous en repentirez pas. Du moment que vous venez en Hollande, il faut voir la vraie Hollande, et rien ne peut vous en donner une idée plus pittoresque et plus exacte. Quelques voyageurs ont écrit que ces paysages étaient monotones. Il est certain que si l’on veut de grands accidents de terrain , des collines, des vallées, des montagnes rocheuses ou boisées, des cascades et des torrents, on aura grand tort de venir en Hollande. Mais ne demandons à un pays que ce qu’il peut donner, en ayant soin de bien voir ce qu’il renferme, et nous serons surpris de tout ce qu’une apparente monotonie, comme celle de la Hollande par exemple, peut avoir d’originalité. Cette perpétuelle ligne horizontale, qui est la ligne dominante du pays, a son caractère : cela ne ressemble pas tà autre chose. Le regard s’étend avec plaisir sur ces grands pâturages d’une fraîcheur charmante , où paissent de magnifiques bestiaux. La disposition des canaux et des digues vous ménage des spectacles qui sont des surprises. Comme tout ici est au ras du sol, et que les berges ne sont jamais bien hautes, les bateaux semblent voguer cà travers les prairies et glisser mollement au milieu des herbages et des grands troupeaux. A chaque instant une ferme, un petit bouquet d’arbres, un moulin, composent un tableau petit d’ensemble, mais délicieux de détail. Que le soir arrive et que le temps ne soit pas trop voilé par la brume, vous serez charmé de cette lueur blonde et mélancolique, de ces teintes délicates et transparentes. Au milieu de ces paysages où aucune coloration n’est violente, où aucune silhouette ne se détache crûment sur le ciel , mais où tous les contours s’adoucissent, s’enveloppent, s’estompent finement, sans perdre toutefois leurs lignes et leur physionomie, et se baignent dans une lumière caressante , vous comprendrez toute la poésie intime qui se dégage des œuvres des grands paysagistes hollandais, ces interprètes de génie de la nature ; vous comprendrez pourquoi on s’arrête si longtemps,- captivé et même ému, devant un tableau de Ruysdaël, d’Hobbema, de Yan-Goyen, de Cuyp ou de Bakhuysen : ils ont bien vu et nous font merveilleusement voir ce qu’ils ont vu.

Ces impressions calmes et pénétrantes, vous les éprouverez si vous allez par eau de Delft à la Haye ; mais vous ferez bien de vous arrêter d’abord à Delft même.

DELFT

C’est une ville hollandaise par excellence : propre, tranquille, silencieuse et non pas triste, — comme disent ceux qui aiment le bruit. — Avec ses canaux, ses promenades le long des berges plantées -d’arbres, elle a son caractère particulier comme la campagne hollandaise, et elle est en parfaite harmonie avec les gens qui l’habitent et le pays qui l’environne.

Elle a aussi son antiquité; le nom d’un des plus grands hommes des Pays-Bas est mêlé d’une façon tragique à son histoire : il y a bien là de quoi exciter l’intérêt en dehors de la question pittoresque , et ce ne sera pas perdre son temps que de se promener un peu dans ces rues et sur ces places, et d’y évoquer les souvenirs du passé.

Delft est une des villes les plus anciennes de la Hollande méridionale. On fait remonter son origine au delà du onzième siècle. On n’à pas de renseignements bien précis sur son existence avant celte époque , mais on sait exactement que, vers 1070, Godefroid II le Bossu, duc de la Basse-Lorraine, l’entoura de remparts. Ce Godefroid par lui-même n’a pas grand renom, mais il avait pour neveu et héritier un des hommes les plus illustres du moyen âge, Godefroid de Bouillon, le chef de la première croisade.

Le nom de Delft a été l’objet de plus d’une discussion.

L’opinion la plus répandue peut-être est celle qui s’appuie sur un rapport étymologique entre le mot Delft et le verbe hollandais delven, qui signifie creuser. Les historiens disent, en effet, que le général romain Corbulon, pour occuper ses troupes inactives, leur fit creuser un canal qui devait mettre en communication la Meuse et le Rhin ; et l’on prétend même que le canal de Delft à Leyde serait une partie de cet antique canal des Romains. Les gens d’imagination trouvent l’étymologie bonne; les gens prudents la trouvent douteuse.

Quoi qu’il en soit, la ville fit des progrès. L’emplacement était bien choisi, puisque, en 1536, un terrible incendie l’ayant détruite, à l’exception de cinq maisons, disent les Mémoires, on la rebâtit immédiatement. Les mêmes Mémoires racontent, au sujet de cet incendie, un fait qui mérite d’être rapporté. Les cigognes arrivent en assez grand nombre l’été dans les environs de la Haye et de Delft, lieux qu’elles ont choisis pour faire leurs nids au haut des tours et des cheminées. Celles qui se trouvaient cette année-là à Delft sauvèrent leurs petits de l’incendie en les enlevant de leurs nids ; mais il y en eut un certain nombre qui ne purent y réussir et qui , paraît-il , se laissèrent brûler elles-mêmes plutôt que d’abandonner leurs petits. Certaines versions prétendent qu’il n’y eut qu’une seule cigogne victime de son amour maternel; le fait n’en serait pas moins touchant, et l’on conçoit qu’il ait inspiré plusieurs poètes hollandais.

En 1654, la ville de Delft fut désolée par un nouveau désastre. Plus de quatre cents personnes périrent à la suite de l’explosion d’une poudrière qui fit écrouler deux cents maisons. Un malheur du même genre l’éprouva encore en 1742.

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