‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 195 sur 712 · CORSETS ET PANIERS · texte numérisé non relu

CORSETS ET PANIERS

^ On connaît 1 histoire du corset et de la crinoline. Leur rèpe a commencé sous François avec celui de la basquine et de la veriugale. Il dure encore, après bien des vicissitudes; mais s’il ne semble pas près de finir, du moins la gêne que la mode des tailles fines et des jupes bouffantes peut imposer aux dames n’est pas comparable aux supplices quelles subissaient volontairement, quand on n’avait pas encore imaginé de remplacer par des enveloppes flexibles les rigides armatures du seizième siècle.

Avant les corsets de basin , on avait eu les corps à baleines, et, avant ceux-ci, les corps piqués, les bustes.

Rappelons deux témoignages du temps qui ont été cités par l’auteur de Y Histoire du costume en France (') :

« Pour faire un corps bien espagnolé, disait Montaigne, quelle gehenne les femmes ne souffrent-elles pas, guindées et sanglées avec de grosses coches sur les costes, jusques à la chair vive? oui, quelquefois à en mourir. « Et Ambroise Paré, qui avait vu sur la table de dissection de ces jolies personnes à fine taille, lève le cuir et la chair, et nous montre « leurs costes chevauchant les unes pardessus les autres. »

« Il faut bien, ajoutait M. Quicherat, qu’il y ait eu des éclisses de métal ou de bois, une armature quelconque, à 1 appareil qui faisait cette belle besogne. »

Cette armature , la voic^ telle que nous l’avons vue dans 1 une des vitrines de l’Exposition historique du costume , réunie l’automne dernier au palais des Champs- Élysées par les soins de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie.

Qui ne croirait voir une armure véritable, n’étaient les trous, les jours largement espacés qui rendraient une pareille cuirasse tout à fait inutile pour la défense? Elle est

(’) Voy., à la Table de quarante années. Histoire du costume en France, et particulièrement t. XXII, 1854, p. 45 et 46.

faite entièrement de fer : c’est bien là la pièce de' soutien dont parlait le secrétaire de Jean Lippomano, envoyé de la

Buste du seizième siècle. (Collection de M. Dupont-Auberville.)

république de Venise en France après 1577, lequel a décrit le costume des Françaises de ce temps Par-dessus la chemise, elles portent un buste ou corsage qu’elles appel-

lent corps piqué , qui leur donne du maintien ; il est attaché par derrière, ce qui avantage la poitrine. »

Autant le buste amincissait la taille, autant la vertugale devait donner d’ampleur à la jupe. C’était, comme on s’en souvient, une véritable cage, par-dessus laquelle était tendue la cotte. Nous n’avons pas d’exemple à montrer de la vertugale du seizième siècle; mais voici le panier, qui fut en usage au dix-huitième , quand revinrent à la mode les mêmes difformités.

Il y eut, on se le rappelle, des paniers en forme d’entonnoir appelés paniers à guéridon, des paniers à coudes, appelés ainsi parce que les coudes pouvaient s’appuyer dessus, à la hauteur des hanches. Ces paniers formaient de vastes coupoles dont la base présentait, vers 1730, une circonférence de trois aunes. Il y eut aussi, pour les demitoilettes, les considérations : c’étaient de petits paniers qui ne dépassaient pas les hanches, mais les élargissaient. Est-ce à cette espèce, en faveur vers le milieu du siècle, qu’appartient le panier ici dessiné, d’après un modèle prêté, comme le précédent, à l’Exposition historique du costume, par M. Dupont -Auberville? Nous pensons que ce panier est un peu moins ancien, et qu’il appartient au temps de Louis XVI. Vers 1780, en effet, on porta des paniers tronqués d’une grande ampleur : on voit, dans les

Panier du dix-huitième siècle. (Collection de M. Dupont- Auberville.)

peintures et gravures du temps, des robes ou des caracos qui sont, comme la cage ici dessinée, tout en largeur audessus des hanches, et laissent tomber la jupe droite. La cage que nous avons vue à l’Exposition du costume est sans doute un de ces accoudoirs.

Page 1