‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 196 sur 712 · LÉGENDES · texte numérisé non relu

LÉGENDES

DU CYCLOPE, DE u’OGRE ET DE LA SORCIÈRE.

Tout le monde connaît l’aventure d’Ulysse et de ses compagnons dans la caverne du Cyclope. Arioste s’est inspiré de cet épisode dans le dix-huitième chant de son Roland furieux. Dans le poème d’ Arioste, le Cyclope est devenu un Ogre. L’Ogre, nous le savons tous par la tradition des contes de Perrault, se nourrit de chair humaine : il a cela de commun avec Polyphème ; mais , malgré sa férocité et sa gloutonnerie, on voit qu’il appartient à un siècle plus civilisé ; s’il dévore les hommes, il épargne les dames, et se contente de les tenir en réclusion pour divertir sa femme : on n’est pas plus galant.

Voici le personnage tel que le décrit Arioste : « L’écume couvrait sa poitrine; deux os étaient à la place de ses yeux ; deux défenses , pareilles à celles d’un sanglier, se courbaient près de son nez hideux. Ce monstre venait à nous, le long du rivage. Il tenait son museau levé, comme un chien qui flaire le gibier. Pâles de terreur, nous prenons tous la fuite ; mais pour l’éviter il eût fallu des ailes. L’Ogre aveugle était guidé par l’odorat aussi bien qu’il eût pu l’être par des yeux. Nous courons çà et là, mais en vain , le monstre était trop léger à la course. De quarante que nous étions, dix à peine purent regagner le vaisseau. Il mit les prisonniers, les uns sous son bras, les autres au fond d’une gibecière semblable à celle que portent les bergers. Puis il nous enferma dans sa caverne, dont les parois sont d’un marbre aussi blanc que le papier le plus pur. )>

Comme Polyphème, l’Ogre a des troupeaux; les Grecs s’étaient sauvés en se dissimulant sous le ventre des béliers; les compagnons de Noradin usent d’un artifice tout semblable : ils se frottent le corps de graisse de bouc, et marchent à quatre pattes recouverts de peaux de bouc.

Celte tradition du géant anthropophage se retrouve un peu partout. M. Ralston, du British Muséum, l’a recueillie de la bouche des paysans russes. Le fond de l’histoire est le même que dans Homère et dans Arioste, mais la forme est- devenue tout à fait populaire. Le paysan russe, qui n’a pas le respect chevaleresque des femmes, puisqu’il est véhémentement soupçonné de battre quelquefois la sienne, n’est pas galant comme l’auteur italien, puisque, dans son récit, le personnage qui joue le rôle de l’Ogre et du

Cyclope est une femme, Likho la Borgne, autrement dit l’esprit du Mal.

Un forgeron et un tailleur, qui veulent voir le Mal, se mettent à sa recherche. Ils suivent un sentier à travers la forêt, et arrivent à une grande cliaumière où ils entrent sans plus de cérémonie (*).

Ils étaient là assis depuis quelque temps , quand tout à coup entra une grande femme maigre, difforme, avec un seul œil.

— Ah! dit-elle, j’ai des visites. Bonjour!

— Bonjour, grand’mère; nous venons passer la nuit sous votre toit.

— Très-bien ; j’aurai quelque chose pour mon souper.

Ces paroles les remplirent de terreur. Quant à la sorcière, elle alla chercher un grand monceau de fagots. Quand elle l’eut apporté, elle le jeta dans le poêle et y mit le feu. Puis elle se dirigea vers les deux hommes, en prit un, le tailleur, lui coupa la tête, le troussa comme un poulet et le mit au four. Pendajit ce temps, le forgeron restait assis, se disant : — Que faire? Comment sauver ma vie?

Quand la sorcière eut fini de souper, le forgeron regarda le four et dit :

— Grand’mère, je suis forgeron.

— Eh bien ! qu’est-ce que tu peux forger?

— Tout.

— Fais-moi un œil.

— Bien, dit-il ; mais avez-vous une corde? Il faut que je vous attache, ou vous ne resterez pas tranquille. Il faut que je vous enfonce votre œil. »

On peut remarquer ici que le récit d’Homère et celui des paysans russes se rencontrent en un point que n’a point touché le conteur italien, plus orné et plus ralfiné. Le Cyclope et la Sorcière, personnages primitifs et naïfs, montrent à nu le fond de leur nature grossière ; c’est l’ivrognerie qui met à mal le Cyclope, et la sorcière est victime de sa coquetterie. Un œil devrait bien lui suffire pour la vie qu’elle mène et pour la société quelle fréquente. Elle désire pourtant s’-en faire fabriquer un second.

(') Contes populaires de la Russie, par M. Ralston, traduits par M. Loys Brueyre.

F) Auteur des dessins de II Meo Patacca. Voy. notre t. XXV, 1857, p. 108, 163 et 219.

Quand le forgeron l’ciil solidement allacliée, il fit chauffer un grand clou « et l’appliqua à l’œil de la sorcière, celui qui était bon. En môme temps il saisit une hachette et frappa vigoureusement avec le dos contre le clou. La Sorcière lutta de toutes ses forces et brisa la corde. Puis elle se releva et s’assit au seuil de sa maison.

» Ah! coquin, cria-t-elle, tu ne m’échapperas pas maintenant. »

Il s’échappa cependant au moment où sortaient les moutons de la Sorcière. 11 avait retourné sa pelisse en peau de mouton, et il avait mis la laine en dehors.

Une fois sorti, il fuit a travers la forêt. « Tout à coup il aperçoit une hache a poignée d’or fixée dans un arbre. »

Il aurait dû résister à la tentation; il y succomba, et voulut s emparer de la hache. Sa main y resta attachée. Voyant venir la sorcière, il tira son couteau et se coupa la main.

« Quand il fut arrivé à son village, il montra a top^ïùn^i bras comme preuve qu’à là fin il avait vulLikh&^^lr^'

» — Voyez, disait-il, ce qui arrive quand on^couft après le Mal. Moi, j ai perdu ma main ; et pour mon camarade,'^ il a été mangé tout entier. »

Ce récit populaire, comme les petites narrations des fabidistes, aboutit à une moralité précise et facilo à retenir. C’est ce qui le distingue des épisodes d’Homère et d’Arioste, qui racontent pour raconter et hoh pas pour prouver.

TOUJOURS SEUL SEULE PARTOUT

HISTOIRE d’un COÜROiraEMENT.

Suite. — Voy. p. 210.

Étienne Mattliiany allait disparaj^re au détour d’une rue quand son poursuivant le rejoignit et Taborda brusquement : “ '

— Un mot, lui dit-il ; vous haMtez Presbourg, je crois?

- Précisément, répliqua linterpejlé quelque peu froissé , non de la question , mais du sans-façon de celui qui la lui adiessait. S étant retourné en sourcillant vers son interlocuteur, il ne l’eut pas plutôt envisagé, à la la-/ veut’ de la demi-obscurité du soir, que, sa physionomie prit une expression bienveillante,, -respectuéuse même; sous l’habit bourgeois de l’inconnu, il avait deviné un militaire, son supérieur en grade. Celui-ci continua :

Je m étais arrêté tout à ITieure au cabaret d’où vous venez de sortir; ce que j’y ai vu et entendu m’a prouvé que vous jouissez ici d’une considération méritée ; j’ai besoin qu il en soit ainsi pour obtenir de vous le service que j’ai à vous demander.

Le vieux militaire , qui n’avait cessé de fixer les yeux sur l’étranger, convaincu que sa supposition ne le trompait pas, mais incertain du grade de son interlocuteur, se hasarda à répondre :

S il est en mon pouvoir de vous rendre ce service, comptez sur moi, mon capitaine.

~ Capitaine? répéta 1 autre avec surprise ; qui vous a si bien informé?

— Personne ; mais quand on a servi longtemps, il suffit d’un coup d’œil...

Le vôtre est d une parfaite justesse, interrompit le jeune homme dissimulant un sourire ; je suis en effet capitaine , le capitaine Hermann , au service de l’archiduchesse reine, et pour le moment en congé. Je ne connais personne à Presbourg , continua-t-il ; ne pourrais-je ù votre recommandation trouver, pour aujourd’hui et demain , à me loger dans la ville , n’importe où ? Le moindre

coin me sera bon, et je ne contesterai pas sur le prix qu on exigera pour me recevoir.

Étienne Matthiany réfléchit un moment , puis il répondit au solliciteur ; J ai votre affaire , veuillez me suivre.

Et tous deux descendirent vers le Danube.

Bien qu ils eussent passé peu de temps en pourparlers les ténèbres du soir avaient succédé aux dernières heures du jour mourant quand ils se remirent en marche. Les rues de Presbourg, ordinairement obscures à pareille heure, se trouvaient éclairées, d’espace en espace, par les feux des bivouacs autour desquels se groupaient les voyageurs sans asile. A ces feux fixes s’ajoutait, ailleurs, la vive clarté des torches promenées çà et Là par les aides éclaireurs des ouvriers qui meublaient d’estrades volantes la voie publique, et drapaient des tentures partout où devait passer le cortège du lendemain.

ji/L avantage qu il y avait, ce soir-là, pour les piétons à jie pas s’aventurer à l’aveuglette dans Presbourg, ne leur rendait cependant pas le chemin plus facile ; il était obstrué presque à^|iaque pas, par les piles de bois amassées de toute part,^ffur servir aux constructions qui devaient être achevées avant le*retour de l’aube,

La nécéssité où étaient les deux marcheurs de tourner ces nombreux obstacles , qu’ils eussent vainement essayé de franchir, les força d’employer plus d’une heure à faire un trajet pour lequel , en temps ordinaire , vingt minutes étaient plus que suffisantes. Pour surcroît de retardement, Matthiany, qui devançait le capitaine, s’apercevait parfois,' lorsqu’il se retourna% que celui-ci avait cessé de le suivre!

H revenait alors-.sur ses.pas, et toujours il retrouvait son compagnon de rotife , arrêté, écouteur attentif, prés de quelque groupe dans lequel il avait entendu , en passant, prononcer le nom de Marie-Thérèse.

Cette succession de détours et de temps d’arrêt eut un terme cependant ; on fit halte une dernière fois. Il est vrai que, pour aller plus loin devant soi, il aurait fallu traverser le Danube.

La maison à laquelle heurta le vjeux sous-officier avait au dehors 1 apparence d’une chaumière dê paysans; mais à 1 intérieur, 1 ordre,’ l’exquise propreté, une certaine recherche dans la disposition de l’ameublement, et même le luxe des fleurs, indiquaient à la fois le bon goût et le bienêtre des habitants. Ce n’était pourtant que la demeure d’un jeune rhénage vivant de son travail journalier; mais ' la femme était active et soigneuse, le mari économe et laborieux, et chacun des deux époux avait également l’amour du chez-sol.

Je t’amène un locataire, Liska, dit le père Matthiany, répondant au mouvement de surprise que manifesta, à la vue d’un étranger, la jeune femme qui vint ouvrir la porte ; puis, invitant le capitaine Hermann à entrer dans la maison , il poursuivit : — Vous êtes ici chez Nicklas Thaddée, mon gendre, où je loge moi-même, attendu que je nai pu refuser de prêter mon logement de la place Léopold à de vieux amis qui sont venus de Reigasbrun pour voir les fêtes. J’ai pensé, ajouta l’introducteur, qu’en l’absence de son mari, ma fille ne refuserait pas de bien accueillir un capitaine au service de la reine.

— Mon père est ici comme chez lui, répondit gracieusement la jeune femme, et ceux qu’il y amène sont toujours les bienvenus.

-- Si j’étais chez moi à l’heure qu’il est, le souper serait déjà sur la table, insinua en souriant le père Matthiany.

Liska comprit, et, sans se le faire dire positivement, elle se hâta d’étaler sur la table une belle nappe de toile bise imprégnée de la senteur des brins de'lavande, plaça trois couverts ; assiettes de terre émaillée et à fleurs, bril-

lantes comme des miroirs , cuillers d’étain, fourchettes et couteaux de fer qui avaient l’éclat de l’argent poli ; puis elle servit le souper, composé du potage traditionnel , de viande froide et de fruits de la saison.

Au moment où la jeune femme invitait les convives a s’asseoir, l’heure sonna à l’horloge de la cathédrale.

— En vérité , Liska a bien calculé son temps pour nous servir, observa son père; nous pouvons nous regarder comme des invités au palais , car voici précisément l’instant où la reine se met à table pour souper ; ne commencerons-nous pas par boire à sa santé, capitaine?

— r Oh! de grand cœur, reprit vivement l’invité.

Liska emplit les verres , et ce fut d’une voix singulièment émue que te capitaine Hermann dit avec les deux autres convives : — A la santé de la reine !

Durant ce repas du soir, il fut naturellement question des fêtes du lendemain. A mesure que l’entretien se prolongeait , la jeune femme devenait pensive , son charmant visage prenait de plus en plus une expression de tristesse; des soupirs, qu’elle s’efforcait d’étouffer, gonflaient sa poitrine , et, finalement, elle eut des larmes dans les yeux.

Ses voisins de table, qui, depuis un moment, voyaient avec inquiétude sa physionomie s’assombrir progressivement, la pressèrent de questions pour lui faire avouer la cause de ce chagrin qu’ils supposaient venu subitement.

— Non, dit-elle, ce n’est pas la première fois que je soupire et que je pleure en pensant aux belles cérémonies qui auront lieu demain à Presbourg ; hier au soir, Thaddée et moi, nous nous réjouissions d’aller les voir ensemble ; mais voihà que le patron dont il conduit les bateaux de marchandises sur le Danube l’a forcé de partir ce matin pour descendre avec un chargement jusqu’à Komorn. Quand il reviendra, tout sera fini depuis huit jours, et je n’aurai rien vu!

— Sans doute, ce départ est fâcheux pour toi, reprit le père de Liska; mais, après tout, puisque je suis là, tu ne seras pas privée de voir la fête.

La jeune femme sourit tristement et repartit ;

— Je connais Thaddée; il n’y prendrait pas de plaisir sans moi.

— 11 ne s’agit pas de Thaddée, mais de toi.

— Moi, je suis comme lui.

— Enfant, te voilà bien malheureuse, n’est-pas? Pense donc à notre reine qui, pour venir recevoir ici la couronne, a été forcée de laisser son mari à Vienne. Que ferais-tu donc à sa place?

Liska releva la tête et dit avec fermeté :

— Je ne me laisserais pas couronner.

Étienne Matthiany haussa les épaules. Quant au capitaine Hermann , il regarda avec attendrissement celle qui venait de parler ainsi ; puis il détourna la tête pour essuyer ses paupières humides d’émotion.

Le souper se termina comme il avait commencé, c’est-àdire par le choc des verres à la santé de la reine et à la prospérité de la Hongrie ; puis Lisk-a, sur le conseil de son père , disposa la plus belle chambre de la maison , celle du ménage, pour le coucher du capitaine; il se défendit de l’accepter, assurant qu’il ne voulait déranger personne; mais il fut forcé de céder à l’insistance de l’obligeante jeune femme..

Si mon mari était ici, dit-elle, je ne vous offrirais pas notre chambre , attendu qu’après une journée de fatigue, il a besoin du repos de la nuit, et Thaddée ne dort bien que dans son lit.

— Mais vous?

Ne vous inquiétez pas de moi ; nous avons deux petites pièces la-haut ; mon père en occupe une , je me dresserai un lit dans l’autre.

Liska se préparait à arranger les choses comme elles venaient d’être réglées , quand deux petits coups frappés rapidement à la porte de la rue, et bientôt suivis d’un troisième plus retentissant, lui firent pousser un cri de joie :

— C’est lui! dit-elle, et, comme folle de ravissement, elle s’élança vers l’escalier.

— Est-donc votre gendre? demanda le capitaine. ’

— Cela va sans dire , riposta le père de Liska ; est-ce que ma fille courrait ainsi au-devant d’un autre?

C’était en effet Nicklas Thaddée , un beau et robuste gars, au parler franc comme le regard, à la figure avenante. Avant d’entrer dans la salle où l’on venait de souper, il savait déjà par sa femme qu’il y avait un locataire chez lui. Il fit au capitaine un accueil cordial, et expliqua en quelques mots le motif de son retour inespéré , tandis que Liska, alerte et souriante, rapportait sur la table les restes du souper, et disposait le couvert de son mari.

— J’étais parti ce tantôt, dit-il, avec plus de regret encore que d’habitude; je ne chantais même pas pour m’étourdir, comme cela m’arrive presque toujours quand je quitte la maison.

— Moi, je ne chante guère ces jours-là, observa Liska.

— Non, tu pleures, cela revient au même, riposta Thaddée; puis il continua... Le patron, qui avait des comptes à régler à Komorn , et pour qui il n’y a pas de fête qui tienne quand il s’agit d’affaires , accompagnait le chargement; il voyait bien que j’avais en moi quelque chose de noir qui me gênait pour être comme il faut à mon ouvrage. Cela l’inquiétait; aussi, arrivé à Kerlbourg, où il y a une passe difficile, il fit amarrer le bateau et sauta à terre. Je restai plus d’une heure à l’attendre et à maudire pour la première fois mon métier. Dame ! je pensais à la peine qu’il y avait aussi chez nous. Enfin le patron revint; il ramenait avec lui deux braves mariniers de notre connaissance : « Je t ai trouvé des remplaçants, me dit-il, car je me défie de toi aujourd’hui. Ya te réjouir à Presbourg pendant les fêtes ; mais cela te coûtera bon : tu perds ton voyage et tu auras à payer celui de ces deux hommes. » Ai-je eu tort d’accepter? Liska.

— Une autre ménagère dirait peut-être oui ; moi , je t’embrasse. Et, l’action suivant aussitôt la parole, elle sauta au cou de son mari.

— Hum ! grommela le père , ces deux mariniers à payer ! c’est acheter bien cher le plaisir de voir ensemble les fêtes du couronnement.

Le capitaine, saisissant au vol ces paroles, ouvrit sa bourse, en tira un carolus d’or et le présenta à Thaddée, qui s’était mis à table et dépêchait gaillardement son souper.

— Ceci, dit-il, sera suffisant sans doute pour vous acquitter envers vos remplaçants.

A ce mouvement d’une générosité qu’elle trouvait exagérée, Liska fit une exclamation, et Thaddée un geste de refus.

— Nous n’avons pas fait de convention à propos du logement, observa le capitaine; j’ai le droit d’y mettre le prix que je veux.

— Pardon, objecta le mari, il y a à rabattre sur ce prix-là, attendu que si ma femme avait pu prévoir mon retour, elle ne vous eût pas cédé la chambre du ménage.

— Je savais cela : aussi ne me reste-t-il plus qu’à prier mon aimable hôtesse de dresser à mon intention le lit qu’elle se destinait dans l’une des deux pièces d’en haut qui est libre; votre père et moi nous serons voisins.

— Mais, insista le gendre du vieux sous-officier, puisque le logement n’est plus le même, vous devez payer moins cher.

— Qu’importe? le prix ne peut pas changer; c’est moi qui l’ai fixé. Au surplus, termina le capitaine, je m’en rapporte sur ce point cà l’honorable Étienne Matthiany, arbitre conciliateur de tous les différends.

Rappelé à son rôle favori de magistrat, le bonhomme prit son air le plus grave , et formula ainsi sa sentence :

— Attendu que les circonstances ont permis d’élever de beaucoup le prix de chaque logement, il sera fait estimajtion de celui du capitaine ; et s’il est prouvé qu’il l’a payé trop cher, on gardera néanmoins son carolus, pour boire la différence à la santé de la reine.

Liska annonça que les lits étaient prêts, et les deux voisins de chambre à coucher montèrent à l’étage supérieur.

On s’était promis en se séparant de se tenir prêts le lendemain à parcourir ensemble la ville au premier coup de canon tiré de la citadelle.

Au point du jour, le canon se fit entendre ; le capitaine Hermann et Michel Matthiany, éveillés depuis longtemps, descendirent chez le jeune ménage; ils trouvèrent Liska

et Thaddée encore en habits du matin , et nullement disposés à en revêtir d’autres.

— Paresseux ! s’écria leur père, vous voulez donc vous faire attendre?

— Ne nous attendez pas , dit le mari ; Liska et moi nous avons pensé que les plus belles fêtes ne valaient pas pour ndus le bonheur de passer ici la journée ensemble. Ainsi , amusez-vous bien ; nous restons chez nous.

La fin à une prochaine livraison.

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