A LA CHARTREUSE DE PAVIE
salle située à la droite du cliœur. Une fresque de Bernardino Luini arrête d’abord le regai’d ; e est laVieige, c est l’Enfant Jésus cueillant un œillet; sujet éternel et toujours eharmant dans sa simplicité! Mais presque aussitôt on est attiré au fond de la salle par l’admirable petit monument que représente lidélement notre graviiie.
Un arc plein cintre abrite une fontaine de marbre ou les moines venaient baigner leurs mains avant de se rendre aux offices. L’ensemble est d’un effet délicieux : les lignes sont pures, les ornements riches, variés, ingénieux, délicats, d’une élégance exquise ; les marbres, le bronze, les ncrustations, y concourent sans confusion à donner à tous les détails, vases, fleurs, feuillages, les doux et gracieux reliefs qui portent la valeur de chacun d eux à la perfection, tout en conservant à l’œuvre entière son unité et son harmonie.
Un buste surmonte la fontaine. Si l’on demande quel est le personnage dont il consacre la mémoire, le bon certosino qui sert de guide répond d ordinaire : ■ Non
si sa (On ne sait). Ce n’est pas que cette effigie ait été oubliée dans les études nombreuses que l’on a faites sur la Chartreuse de Pavie. Quelques écrivains supposent que l’on doit y voir le portrait d Enrico Gamodio (Heiniich von Gmunden), qui aurait commencé la cathédrale de Milan et la Chartreuse de Pavie. Mais on est loin d’avoir la certitude que cet architecte allemand ait donné les premiers dessins de la Chartreuse ; on lui oppose, entre autres noms, ceux de Marco et de Jacopo da Campione et de Nicolô da Selli d’Arezzo ('). On objecte, de plus, qu’il n’était guère dans les habitudes du moyeiq âge de donner une place aussi apparente au buste ou à la statue d un simple constructeur. Pourquoi, d’ailleurs, sur une fontaine? Pourquoi plutôt Gmunden qu’Ambrogio da Fossano, 1 auteur de la riche façade de l’église? Un artiste distingué, l’auteur même du dessin que nous avons fait graver, M. E. Lechevallier-Chevignard , propose une autre attribution , qui a l’avantage de s’appuyer sur une comparaison possible avec un monument figuré. — « 11 existe, dit-il, une belle médaille de Pisano Q) représentant Filippo - Maria Yisconti, second fils de Gian Galeazzo , dont les traits offrent une réelle ressemblance avec ceux du buste. Filippo- Maria avait eu en partage le comté de Pavie, puis le duché, en 1413, à la mort de son frère Giovanni-Maria. C’était un prince lâche et dissimulé que le meurtre de sa femme Béatrice Tenda a rendu tristement célèbre. Avec lui s’éteignit, l’an 1447, la famille des. "Visconti en tant que princes souverains de la Lombardie. Or l’exemple de son père, Gian Galeazzo, prouve que ces ducs milanais étaient de grands bâtisseurs, comme la plupart des despotes, et croyaient racheter leurs crimes en comblant de leurs dons les établissements monastiques. Le règne du dernier des Visconti coïncide parfaitement avec le caractère des sculptures de cette partie de la Chartreuse, et en rapprochant la médaille de Pisano du buste dont il s agit, il semble naturel de croire que la fontaine des Moines , construite aux frais de Filippo-Maria, porte en effet le buste du donateur. »