‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 200 sur 712 · PHILIPPE DESPORTES · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES

Ce Desportes, beaucoup plus connu comme poète que comme abbé, était né à Chartres, et, après avoir voyagé quelque temps en Italie, où il puisa des inspirations que l’on retrouve dans ses poésies, il accompagna en Pologne le duc d’Anjou, qui fut plus tard Henri III. Ce dernier, de retour en France, et en possession de la couronne, dota son favori d’abbayes dont les revenus formaient la somme, énorme pour le temps, de 10000 écus. « Quand on regarde le ciel par une belle nuit, dit M. Sainte-Beuve, on y découvre étoiles sur étoiles ; plus on regarde dans la vie de Desportes, plus on y découvre d’abbayes. » Il faut reconnaître, du reste, que Desportes fit un noble usage de sa fortune : il mit sa bibliothèque, qui était fort riche, à la disposition des gens de lettres; et, comme abbé, il se conduisit généreusement : ainsi, il améliora le sort des moines des Vaux, pour ne citer que ceux-là, et augmenta la part de revenu qui devait être attribuée à chacun d’eux.

A la mort de Henri III , Desportes suivit le parti de la Ligue , et fut dépossédé par Henri IV de ses nombreux bénéfices. Le poète-abbé adressa des suppliques au roi, et essaya de justifier sa conduite, en prétendant qu’il avait fait semblant de suivre le parti de la Ligue afin de pouvoir plus commodément servir le roi. Henri IV ne crut pas à la sincérité de ces protestations, mais il jugea à propos de ne pas mécontenter le poète , et lui rendit ses abbayes de Josaphat (commune de Lèves, près de Chartres), de Thiron (diocèse de Chartres, arrondissement de Nogent-le- Rotrou), de Bonport (près de Pont-de-l’Arche, diocèse d’Évreux), et des Vaux de Cernay.

Desportes, dans, la dernière partie de sa vie, renonça à la poésie légère, qu’il avait jusque-là cultivée, et qui lui avait surtout mérité les faveurs royales, et, se retirant dans l’abbaye de Bonport, où il mena une vie opulente et paisible, il composa des poésies religieuses, dont les plus connues sont la traduction des psaupies.

Desportes fut violemment attaqué, comme on le sait, par Malherbe,* et certes ses poésies ne sont pas toujours à l’abri de la critique ; toutefois, nous ne pouvons résister au désir de citer un de ses sonnets, qui est d’une belle inspiration et d’une langue énergique :

Icare clieut icy, le jeune audacieux

Qui pour voiler au ciel eust assez de courage :

Icy tomba son corps desgarny de plumage.

Laissant tout brave cœur de sa chute envieux.

0 bienheureux travail d’un esprit glorieux Qui tire un si grand gain d’un si petit dommage !

Ô bienheureux malheur plein do tant d’avantage Qu’il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau estonna sa jeunesse.

Le pouvoir lui faillit, et non la hardiesse :

Il eut pour le brusler des astres le plus beau.

11 mourut poursuivant une haute adventure ;

Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture ;

Est-il plus beau dessein ou plus riche tombeau?

i La nomination de Desportes comme abbé, bien qu’elle

paraisse bizarre aujourd’hui, avait été, jusqu’à un certain point, dans les habitudes du temps.

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