‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 199 sur 712 · ABBÉS DES VAUX DE CERN.AY · texte numérisé non relu

ABBÉS DES VAUX DE CERN.AY

Jean Y de Rully de Saint-Gengoul eut la précaution, en 1475, de se réfugier à l’abbaye du Trésor de Yernon, pendant que la peste ravageait le couvent des Yaux. Son successeur, Jean YI, moine de Belle-Branche en Anjou,

ne gouverna pas l'abbaye. 11 se retira, en 1480, avec une pension.

L’abbé suivant, Jean Vil le Chevrier échangea avec Micliel BufFereau l’abhaye des Vaux de Cernay contre celle de l’Oratoire , au diocèse d’Angers , moyennant une pen- «on annuelle. Comme cette pension, pour une raison ou

pour une autre, ne lui était pas payée, il rentra à la tête de gens armés dans le monastère des Vaux, et ne l’évacua qu’après avoir reçu son argent.

Michel Buffereau administra ensuite trarfquillement l’abhaye jusqu’en 1503, date de sa mort. Avec son successeur, Pierre III Tessé, revinrent les difficultés. Le

Ruines de 1 abbaye des Vaux de Cernay. — Puits. — Dessin de A. de Bar, d’après une photographie de Diot et Taupin.

nouvel abbé avait été élu par les religieux. Mais Louis de Bourbon, évêque dAvranches, et abbé commendataire de Savigny, considéra l’élection comme nulle, parce qu’il n y avait point été appelé, et nomma abbé des Vaux Richard-le-Comte, prieur de Savigny, et, à la mort de celui-ci , Michel du Bois-Bunel. Au commencement de 1506, cette compétition cessa, et Pierre Tessé fut seul abbé. Il obtint en 1510, du roi Louis XII, la création d’un marché a Cernay, tous les mercredis, disent les uns, tous les mardis, disent les autres, plus une foire franche à la Saint-Thibaut.

Jean VlII des Monceaux ou de Bazemont, natif de Dàmpierre, successeur de Pierre Tessé, eut également de la peine à prendre possession définitive de son abbaye. Il avait été élu par les religieux (1516). Mais Louis d’Éstouteville, abbé commendataire de Savigny, lui opposa Ambroise Perret, prieur de Savigny.

Il est vrai que cet Ambroise Perret se désista de ses prétentions l’année suivante. Louis P'’ de Baisne ou de Bajoue, né à Montfort, gouverna le couvent de 1522 à 1542. Nous l’avons nommé uniquement parce qu’il fut le dernier des abbés réguliers de l’abbave des Vaux. Avec

son successeur, Antoine Sanguin ou Seguin, évêque d’Orléans et ensuite de Toulouse, grand aumônier de France, cardinal du titre de Saint-Chrysogone , et connu surtout sous le nom de cardinal de Meudon, commence la série des abbés commendalaires. Nous avons déjà employé ce terme à propos de Louis d’Estouteville et de Louis de Bourbon; il ne sera pas inutile de l’expliquer, maintenant qu’il se rapporte spécialement aux abbés du monastère dont nous esquissons l’histoire.

A l’origine , le commendataire ou commandataire était purement et simplement un économe, qui administrait un bénéfice vacant jusqu’à la nomination d’un nouveau titulaire. Ainsi, quand un évêché devenait vacant, l’administration en était confiée à l’évêque le plus proche, qui , de ce fait, prenait le nom d’évêque commendataire. On agissait de même pour des vacances d’abbaye; seulement, les abus se glissèrent bien vite , et il arriva un moment où on laissa des abbés eommendaiaires jouir pendant toute leur vie des revenus d’une abbaye. 11 y a plus; quoique supérieurs de religieux régulkn, les abbés commendataires étaient ecclésiastiques séculiers, comme on l’a déjà dit plus haut.

On sait qu’au moyen âge il y eut une longue et terrible lutte engagée au sujet du trafic des biens ecclésiastiques : c’est la lutte des Investitures. Ce trafic, supprimé d’une façon, recommence d’une autre au moyen des commendes. On nomme abbés oommendataires des évêques, des archevêques, que l’on voulait récompenser de tels ou tels services. Leur rôle consistait à jouir de l’usufruit des biens d’un couvent et des honneurs attachés au titre d’abbé, mais sans remplir aucune des conditions et obligations imposées aux chefs des communautés religieuses. Ces abbés ne résidaient pas. Bien souvent c’étaient des favoris que le roi voulait enrichir : ils n’avaient, du reste, rien à voir à la discipline intérieure du couvent; et cette clause de leur nomination était fort sage, attendu que l’on en arriva à nommer non plus des évêques, mais des courtisans qui n’étaient même pas dans les ordres, et dont la conduite n’était souvent rien moins qu’édifiante.

Le premier abbé commendataire des Vaux de Cernay fut Antoine Sanguin , cardinal de Meudon ; il fut nommé à ce bénéfice par François F‘’, à la demande d’Anne de Pisseleu, duchesse d’Étampes, sa parente. Il avait cinq autres bénéfices. 11 semble avoir été plus que parcimonieux pour les vingt-deux moines qui habitaient alors l’abbaye, « à qui il donnait tout juste de quoi manger et de quoi se vêtir. » On lui doit pourtant d’avoir fait composer un cartulaire de l’abbaye.

Louis II Guillard, évêque de Châlon et abbé de Sainte- Marie de Cîteaux, lui succéda en 1559, et, deux ans plus tard , résigna en faveur de son neveu Charles Guillard , évêque de Chartres.

L’année suivante, en 1562, l’abbaye fut ravagée par les huguenots. L’ouvrage connu sous le nom de Gallia christiana raconte cette dévastation et ajoute , en parlant de Charles Guillard : « Il aurait dû compatir à ce désastre, mais il l’augmenta plutôt , en aliénant un grand nombre de biens de l’abbaye ; ce qui ne doit pas paraître étonnant, attendu qu’il fut lui-même accusé d’hérésie. » L’aliénation des biens de l’abbaye est un fait certain ; quant au reproche d’hérésie, il est également certain que l’évêque Guillard fît venir à Chartres un moine des Vaux de Cernay, qui prêcha publiquement la doctrine de Luther. Il fut même mandé à Rome pour se justifier, et avec lui furent mandés aussi Odet de Coligny, évêque de Beauvais, et Jean de Montluc, évêque de 'Valence. Il revint avec l’absolution du pape; mais les Chartrains se montrèrent plus scrupuleux et plus exigeants que la cour de Rome, et ne vou-

lurent jamais permettre à leur évêque de résider dans leur ville.

Mathurin Vincent, chapelain du roi, qui lui succéda, échangea l’abbaye des Vaux de Cernay avec François de Joyeuse, cardinal-archevêque de Narbonne, pour celle de Saint-Savin, à Poitiers. Le nombre des moines avait été réduit à quinze. François de Joyeuse, qui aimait le changement, n’eut pas plutôt l’abbaye des Vaux, qu’il l’échangea pour celle d’Aurillac avec Philippe Desportes.

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