DE BROGLIE
Charles-Maurice de Broglie, fils du maréchal de Broglie, fut nommé abbé commendataire en 1712. Il était aussi abbé du mont Saint-Michel. Il était de plus docteur en théologie et administrateur général du clergé de France.
On ne connaît pas le nom de son successeur immédiat. Celui qui vient ensuite, et qui fut le dernier abbé conimendataire des Vaux de Cernay, est Louis-Charles Duplessis d’Argentré, évêque de Limoges.
FIN DE l’histoire DE l’ ABBAYE.
L’Assemblée nationale, par un décret de 1790, avait accordé aux religieux la faculté de continuer la vie monastique : ceux qui l’abandonneraient pour rentrer dans le monde devaient recevoir une pension. En 1791, on dressa un tableau des moines de l’abbaye des Vaux de Cernay : il en restait onze. Ils quittèrent l’abbaye, et l’Étal en prit possession ainsi que des domaines qui y étaient atfachés. En 1792 (18 octobre), les bâtiments et le jardin furent vendus comme bien national, et depuis ils ont eu plusieurs propriétaires.
Que reste-t-il aujourd’hui de cette abbaye qui avait sur le pays d’alentour « tout droict de justice haute, moyenne et basse », comme l’attestent les quatre piliers de la justice monacale, dont les débris existent encore sur la côte entre l’abbaye et le village de Cernay? On conçoit combien il était désirable d’en être l’abbé quand on songe à ses nombreuses redevances de toute espèce, tant aux Vaux mêmes qu’en bien d’autres endroits ; quand on parcourt la longue liste de ses possessions et revenus en prés, bois, vignes, terres, maisons, masures, manoirs et hôtels en divers lieux et jusque dans Paris, fermes et métairies avec colombiers, granges, étables, jardins, rentes de grains et argent, poules, chapons, vin sur plusieurs terres, cire, toile, etc. De cette puissance et de cette richesse, que reste-t-il? Des souvenirs et des ruines. En fait de souvenirs, il en est un que l’on est heureux de rapporter en passant, c’est que les piliers de la justice monacale no servirent jamais, selon une tradition du pays, à aucune exécution. Quant aux ruines, on a pu, grâce à elles, retrouver et reconstituer une partie de cette existence des monastères, si intéressante à étudier. Ces murs, ces voûtes ogivales sans nervures du commencement du douzième siècle, d’un dessin et d’une architecture austères, ce grand escalier à grosse rampe de bois, ce vaste grenier à la charpente
de chêne si bien conservée, ce grand portail de l’église avec ses roses , ces restes de chapelles d’un style sévère comme celui de quelques-uns des bâtiments primitifs, ce pont, ces portes où l’on voit des traces de construction militaire remontant au moyen âge, ces fragments de sculptures où la renaissance a mis sa grâce, ces bâtiments d’époque encore plus moderne, et ces nombreuses pierres tombales, avec leurs dessins et leurs inscriptions; tous ces vestiges ont leur physionomie, leur caractère, leur intérêt; et maintenant, bien que la solitude se soit faite là où pendant de longues années a vécu une nombreuse famille d’hommes réunis par une pensée commune, l’historien et l’artiste ne trouvait pas que ce soit la mort et le désert, car les images du passé habitent et peuplent, pour qui sait les y voir, ces ruines où chaque siècle a inscrit sa date en caractères mémorables.