‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 214 sur 712 · DÉTAILS DE LA FABRICATION. — USAGES NOMBREUX · texte numérisé non relu

DÉTAILS DE LA FABRICATION. — USAGES NOMBREUX

L’invention des plumes métalliques date du siècle dernier, et est due à un mécanicien français nomme Arnoux ; mais leur usage n’est devenu général que vers 18-iO. A cette époque on cessa d’user des plumes d’oie pour écrire, non-seulement en France, mais dans le monde entier. Ce fut alors que, pour utiliser ces plumes, l’on songea à la fabrication cle ce qu’on appelle les «articles de plume», et que MM. Bardin et Soyez, les créateurs de cette industrie nouvelle, inventèrent les machines ingénieuses que nous allons voir fonctionner.

Si considérable que soit le nombre des oies sur les marchés de France, elles ne fournissent point à cette fabrication assez de plumes. C’est surtout à la Russie, à la Sibérie et à divers autres pays du Nord qu’on est obligé d’en demander pour suffire à la consommation.

Les plumes de l’aile de l’oie, les seules utiles, sont classées par numéros invariables, selon leur rang naturel. Chaque ballot du commerce est composé de plumes du même numéro, parce qu’en général elles ont chacune une destination spéciale. Citons comme exemple (llg. 1) la décomposition d’une des plumes les plus précieuses, la hout-d’aile (’), celle qui, autrefois, alors que l’on ne se servait des plumes que pour écrire, avait une valeur des plus médiocres.

Nous ferons remarquer que les plumes choisies, les plus belles et les plus grosses de tuyau, sont encore cotées à 200 francs au moins le raille, tandis que les communes valent de 20 à 30 francs; il est vrai qu’ elles ont jusqu’à dix centimètres et demi de tuyau.

On sait que les bonts-d’aile sont les plumes extérieures

(') I;A hcnt-d’ailc, rsprcssioii

de l’aile, celles qui permettent à l’oiseau de fendre l’air, et qu’elles sont formées d’une tige très-ferme, arquée et garnie d’un côté de barbes courtes, couchées et très-résistantes. Ces barbes étaient assez incommodes dans la

main pour écrire, parce que, l’autre côté étant pourvu de aarbes très-longaies, la plume tournait et se tenait mal en équilibre. Or, ce qui faisait autrefois le discrédit de la bout-d’aile est devenu son principal mérite, puisque, seule, elle fournit la barbe courte et couchée qu’on appelle maintenant le biot. On voit le biot au numéro 2 de la figure 1.

Tous les travaux opérés sur les plumes, pour les faire servir à l’industrie, n’ont lieu que quand elles sont imprégnées d’eau.

Une des premières opérations consiste à couper le tuyau (7, lig. 1) au moyen d’une cisaille qui agit sans relâche sur des paquets de plumes que présente une femme en les égalisant. Les tuyaux tombent d’un côté (nous en verrons l’emploi tout à l’heure) et les paquets de tiges barbues sont entassés pour l’opération suivante, l’enlé- \ement de la brillantine (1, fig. 1) On désigne sous ce dernier nom une pellicule cornée excessivement mince, transparente, qui couvre le dessus du racbis de la plume, mais seulement dans la bout-d’aile. C’est un produit sj)écial comme le biot, et il faut user d’une grande dextérité pour 1 enlever. On se sert, pour cela, d’un canif, avec lequel on entr’nuvre légèrement le dessus de la brillantine à 1 extrémité fine do la plume; après quoi, sous le pouce.

tout vient d’un coup. Cette brillantine, teinte de toutes les nuances, est employée par les modistes pour faire ces plumets bouffants, frisés, ondoyants, avec lesquels on orne les chapeaux de femme. On vend ordinairement les brillantines par poi(j7iées comprenant dix paquets de mille, et quand on voit une pile de ces poignées sous leurs couleurs ondoyantes, métalliques, si vives, rangées comme une bibliothèque , on demeure étonné du nombre d’oies qui ont dû vivre dans toutes les parties du monde pour que ces centaines de millions de pellicules industrielles soient venues se réunir en un si petit espace ! Les femmes qui enlèvent la brillantine reçoivent 80 centimes par mille, et y gagnent de bonnes journées. '

Une fois la brillantine enlevée, d’un coup de canif on saisit, également au petit bout, la grande barbe (3, fig. I), et on l’arracbe. Elle est mise à part; nous la verrons reparaître plus tard pour la confection des tapis inusables.

Là se terminent ce qu’on pourrait appeler les opérations manuelles de la plume; désormais elle appartient aux machines qui ne s’en dessaisiront plus.

Le travail se continue sur le haut de la plume. Une femme présente, par le petit bout, cette partie A à une machine Soyez (fig. 2), sorte de laminoir BC en miniature qui presse la plume contre une lame de rabot ; cette lame lui enlève le copeau supérieur, c’est-à-dire la couche cornée qui existe entre les rangées de barbes sur le dos de la plume, sous la brillantine dans la bout-d’aile (4, fig. 'l). •

Immédiatement une autre ouvrière reprend la tige et la

Fig. 2. — Laminoir à copeaux.

fait passer, en la retournant, sous un semblable laminoir, qui enlève la lame cornée fendue d’un sillon qu’on voit en dessus et qu on appelle le copeau mférieur. Cette seconde opération est plus difficile que la précédente, parce que la plume n’a presque plus de consistance : aussi la femme qui en est chargée a un salaire plus élevé. Un kilo de ces copeaux en contient au moins six mille, mais une bonne ouvrière peut en faire dix-huit mille par jour dans son laminoir, en ne les passant toujours cependant qu’un à un.

Les copeaux sont repris, aussi un à un, par des femmes et des enfants, et présentés. A, à la machine (fig. 3) qui les divise, au moyen de cylindres filetés B, C, en un certain nombre de fils arrondis lesquels constituent le crin de plume, que l’on teint à volonté. Avec ce crin on fait des brosses excellentes, que l’on ne rencontre guère ordinairement, parce quelles sont employées par la marine et en Allemagne. Elles servent également aux fleuristes pour

faire toutes les parties barbues des fleurs, des fruits, des épis; mais on destine surtout les rebuts à cet usage.

Nous avons laissé de côté un instant la moelle de la tige (6, fig. 1). Elle est portée, mêlée à tous les détritus

uements que i on von, en c ei au-ucBouo a laisser passer les deux doigts qui tiennent

^iUUlV .

Fig. 3. — Fabrication du crin de plume.

de la fabrique, dans un atelier spécial où, après avoir été soumise à une nouvelle série de transformations inventées par M. Bardin, elle sort a 1 état de tontisse admirable .

Ici une explication paraît nécessaire ; pour faire les papiers veloutés qui servent à la tenture de nos appartements, on colle à leur surface les déchets que donne la tondeuse sur les tissus de drap, c’ est-à-dire de la laine coupée en parties extrêmement fines et courtes, que la colle retiendra contre le papier. Telle est la tontisse de drap. Aujourd’hui, la plume fournit une tontisse aussi belle, plus belle même, parce quelle se teint mieux et plus solidement que la laine, et quelle est en outre plus i:ase et plus solide. Elle a été, dès son invention, substituée a l’autre pour tous les dessous de toiles cirées, et on n emploie plus quelle ; elle donne des papiers magnifiques dont elle ne se détache jamais.

Nous avons à revenir sur les grandes barbes. Elles sont emportées à la teinturerie, où elles prennent les tons les plus divers, car la plume est un des corps qui se teignent le mieux et le plus solidement. On a même le moyen, par la teinture, de rendre ces barbes absolument inattaquables aux mites. Portées à l’atelier du tissage, elles y sont saisies entre les fils d’un tissu, et se transforment en tapis dont les barbes, retenues par leur lien naturel, ne s arrachent jamais. Cette matière cornée offre une telle résistance naturelle que, pour friser ces barbes et donner un aspect moiré à ces tapis, il faut les soumettre plusieurs heures à l’action de brosses en crin de plume, dures, menées par une machine à vapeur. L’aspect final est celui d’une peluche épaisse, sur laquelle n’ont prise ni la boue ni la poussiêire.

Parmi les tuyaux, séparés, depuis les premières operations, du reste de la plume, ceux qui n’ont que peu de valeur (et Ton emploie quelquefois aussi pour cela les plumes de canard) passent à la machine à cure-dents. Ce que Tou consomme de ces petits instruments est à peine croyable. Cette machine (fig. 4), construite et inventée par M. Soyez, coupe le cure-dents d un seul coup et le compte. On peut voir en D (fig. 5) comment la main tient et retire le cure-dents que la machine vient de couper par l’abaissement de la pièce A sur BC. Les deux évi

4,. Machine Soyez à cure-dents, avec son compteur.

figure 6 montre la manière dont cette machine découpe la plume de côté, en E.et F. Sur la figure 4, qui repré-

Fig. 5. — Détail ; cure-dents fait.

Fig. 6. — Coupe de la plume.

sente la machine complète, on voit que le mouvement agit, en E, au moyen d’un excentrique D, mene par le moteui.

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sur le levier qui se soulève, baissant par devant et enfonçant le découpoir qui coupe, en A, le cure-dents. Mais, en même temps, le mouvement du levier E fait marcher Tune des aiguUles du compteur automatique G , qui peut enregistrer un million de cure-dents par quinzaine, La fin à une autre livraison.

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