UNE ESQUISSE PAR LE PARMESAN
Ce dessin du Parmesan a été recueilli dans le Musée de Vienne, qui possède trois tableaux du maître : l’Amour taillant son ai'c, que l’on attribue à tort au Corrége; un portrait de Malatesta; un portrait du peintre à vingt ans.
Musée de Vienne; Dessins. — Projet de tombeau par le Parmesan. — Dessin de Chevignard.
Ses œuvres sont répandues dans tous les grands musées de l’Europe.
Le dessin que nous reproduisons est dessiné <à l’encre et teinté à la sépia, comme les dessins du Parmesan au Musée du Louvre. Les artistes du seizième siècle usaient de ce procédé, et amenaient ainsi leurs figures à l’effet avant de les peindre. Dans ce croquis du Parmesan, l’effet est atteint. Une belle jeune femme est assise et abattue sous la douleur. Elle a perdu sans doute, dans quelque bataille italienne de ce guerroyant et sanglant seizième siècle , l’époux, le héros qu’elle aimait. Sa tête pleine de grâce, au col de cygne, couverte d’un voile, se présente de profil, semble fuir les regards du monde, à demi voilée sous l’ombre portée de son voile. Elle a caché ses beaux cheveux. Elle s’incline affaissée, les yeux clos; mais elle ne dort pas, elle veille, elle regarde en dedans, dans la nuit du passé, la ligure du bien-aimé mort. Ses bras sont
croisés. Son bras droit, à demi ombré, étend sa longue main lasse, une de ces belles mains que nous admirons dans les Vierges de Raphaël. Elle a la plénitude de la beauté; ses épaules ont l’ampleur de la vie, ses jambes s’étendent pleines de force et d’élégance. Elle est de grande race; elle a la morbidezza italienne. Une robe de deuil l’enveloppe de ses plis flottants et déchirés. La jeune veuve n’a plus les vêtements de fête qu’elle aimait à laisser flotter sur les dalles de marbre quand elle marchait appuyée sur le bras du bien-aimé. On croit voir qu’un bijou funèbre, un médaillon de la chère figure morte, repose sur son sein. Un jour discret et pâle glisse sur elle, avec douceur, comme un regard d’ami.
Elle se détache sur un tombeau ébauché dont le fronton apparaît seul. Une tête de mort se cache à demi derrière une coquille, et, sur les plans inclinés de la frise, s’étendent deux statues couchées, pareilles aux deux figures du
MAGASiW PITTÜRESUIJE.
Jour et de la Nuit du tombeau des Médicis de Michel- Ange. C’est tout. Ce beau dessin, fils du Corrége par la grâce, a la mélancolie des œuvres inachevées.
Le Parmesan mourut jeune. Né à Parme le 11 janvier 1503, il mourut à Casal-Maggiore le 24 août 1540. Il s’appelait Mazzola, Mazzuola (Girolamo-Franccsco-Maria). On lui donna le nom glorieux de Parmigiano ou le Parmesan. Initié à la peinture par une famille d’artistes, son talent précoce peignit à quatorze ans un beau Baptême de Jésus- Christ. Il apprit la grâce en copiant les fresques du Corrége à San-Giovanni de Parme. Il fut un peintre errant, fit son tour d’Italie, alla voir les œuvres de Jiiles Romain à Mantoue, et en 1523, à Rome, les œuvres de Michel- Ange et de Raphaël. Accueilli par Clément VII, il se hâta de fuir en 1527, après la prise de Rome par le connétable de Bourbon. Dépouillé de son argent par des lansquenets, de ses dessins par un graveur à Bologne, il revint à Parme, décora de fresques San-Giovanni, et comme il tardait à les achever, il fut emprisonné par les religieux. Il s’échappa de Parme, se réfugia à Casal-Maggiore, où il mourut à trente-sept ans, après une vie aventureuse et féconde en belles œuvres. Peintre de l’école aimable et charmante de Parme, il se recueillait longtemps, peignait ses tableaux dans sa tète, puis les exécutait sur la toile avec la fougue du premier jet, d’un pinceau hardi èt rapide. C’était un peintre improvisateur doué de la grâce, un talent féminin, à la couleur douce, harmonieuse, mais non chauffée du soleil des maîtres vénitiens. Il est, après le Corrége, le plus célèbre maître de l’école de Parme, et a bien mérité la gloire de son nom.
CHARLES DICKENS
Fin. — Voy. p. 75, 130, 171, 199, et les Tables du t. XLII, 187-i.