‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 233 sur 712 · UN GENTILHOMME ORFÈVRE · texte numérisé non relu

UN GENTILHOMME ORFÈVRE

Jean-Michel de Sailer, d’abord professeur à Ingolstadt à Dillingen , et plus tard évêque de Ratisbonne , a laisst une grande réputation de bonté. Le chanoine Schmidt £ écrit sa biographie , où nous rencontrons l’anecdote suivante :

Sailer passait un jour, à Lucerne, devant un atelier d’orfévrerie, quand l’orfévre, au visage noir de suie, aux manches retroussées , sortit en toute hâte , le salua gracieusement, et voulut même lui sauter au cou. Sailer, surpris de tous ces saluts, lui demanda qui il était?

— Ah! s’écria l’ouvrier tout hors de lui-même, ne me reconnaissez-vous donc plus? Je suis ce jeune gentilhomme , Louis de Mayer, qui a été votre élève.

Et voyant que son accoutrement étonnait Sailer, il ajouta : Je compris bien qu’au milieu des événements que nous venons de traverser, ma noblesse ne me servirait pas a grand chose en Suisse. Comme vous le savez, j’eus toujours plus de goût et plus d’ardeur pour les arts que pour 1 etude. Je me décidai donc à me faire orfèvre, et je parvins, sans grande peine, à bien réussir dans ce g nre ouvrage. Je suis maintenant à mon aise, et je JOUIS d un très-beau revenu.

f) M. Ravaisson, conservateur des antiques au Musée du Louvre.

Le lendemain , l’orfévre à blason , vêtu très-élégamment, vint rendre visite à Sailer et l’inviter à dîner.

Sailer accepta.

Mayer, avec toute sa famille, reçut le vénérable professeur sur le seuil même de sa porte. La mère et les enfants étaient ravis de voir enhn celui dont leur père leur avait dit de si belles choses. Puis le gentilhomme lui montra ses travaux sur l’or et sur l’argent, et beaucoup de gemmes précieuses artistement taillées. Ensuite vint le tour de sa maison, que Sailer trouva grande, bien bâtie, propre, et très-convenablement décorée.

La table, à dîner, fut couverte de mets exquis. Mayer, animé de la joie la plus franche, dit à Sailer :

Si j avais eu l’idée que mes privilèges de noblesse devaient m interdire d’être artiste ou artisan, j’eusse éprouvé la douleur et la faim , tandis qu’avec mon honorable métier, je vis très-heureux, moi et les miens, et je crois n’en être pas moins estimé de mes concitoyens.

Sailer répliqua ;

— Vous avez pris le meilleur des partis, vu l’incertitude de nos temps ; aujourd’hui se réalise encore ce vieux proverbe : « Métier a un fond d’or. »

BIENFAITS DE l’ INSTRUCTION ET DE LA SCIENCE.

L’instruction rend le travail plus productif; si tout le blé aujourd’hui récolté aux États-Unis devait être battu et converti en farine par les procédés des temps primitifs, la population entière y suffirait à peine. Grâce aux machines, un petit nombre de travailleurs exécutent cette besogne : c est le travail dirigé par l’intelligence qui construit nos

maisons, nos ponts, nos routes en fer, nos vaisseaux, qui fabrique nos montres, nos pianos, nos presses, en un mot, qui crée la circulation.

L’éducation élève le travailleur. Quand il sera aussi instruit et aussi bien élevé que les classes qui ne travaillent plus des mains, il jouira de la même considération. Cincinnatus labourant son champ. Franklin composant dans une imprimerie ; Hiigli Miller taillant des pierres dans une carrière, n’étaient inférieurs à personne, du moins aux yeux de ceux dont l’estime a quelque valeur.

WiCKERSHAM.

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