TÊTE ANTIQUE DU MUSÉE D’ARLES
Ce beau fragment fut trouvé, en 1823, sur l’emplacement du théâtre d’Arles, qu’il avait contribué à embellir. Depuis ce temps, un autel de la Bonne Déesse lui sert de base, et il a une place d’honneur au milieu de l’ancienne église Sainte-Anne, transformée en musée.
' Le gardien du lieu ne manque pas de vous signaler l’excellence de ce morceau grec, et, après avoir engagé le visiteur à le considérer de profil, il pose un petit morceau de carton devant la partie mutilée. Grâce à l’heureuse conservatton du reste du visage, cet expédient, pourtant assez
naïf et de peu d’agrément, permet d’en reconstituer l’ensemble par la pensée, et d’apprécier plus aisément le mérite de l’exécution.
Bien peu de statues antiques nous sont parvenues sans avoir subi de graves lésions, et c’est une rare fortune lorsqu’on les retrouve, comme le Germanicus du Louvre, privées seulement de quelques doigts. — Faut-il, les restaurer? — De quelle manière convient-il d’en opérer la restauration ? — Partiellement ou en totalité? — Ces questions ont soulevé, dans ces derniers temps, des controverses assez vives. Pour l’artiste, que ses études spéciales mettent à même de suppléer aux lacunes d’un objet d’art, — pour le savant , qui recherche avant tout les sources d’information d’une incontestable pureté, il est préférable de voir les monuments tels que le temps et la main des hommes les ont laissés. — Le public pense différemment. Aussi la plupart des statues de nos grandes collections européennes ont-elles été réparées en vue de ce désir général du complet et de l’achèvement. Mais on est allé souvent trop loin dans cette voie. Sous Louis XIV, par exemple, Girardon ne se contentait pas de remplacer les fragments perdus de la fameuse Vénus trouvée dans ce même théâtre d’Arles, il la grattait à fond et lui enlevait son épiderme antique. Nos lecteurs se rappelleront la gracieuse figure de Polymnie (voy. t.VIII, 1840, p. 337), due, on peut bien le dire, au ciseau d’Agostino Penna, sculpteur romain du seizième siècle. De la figure antique il ne restait que quelques parties des membres inférieurs et de la draperie ; ce fut donc moins une restauration qu’une restitution presque intégrale.
Tête antique, au Musée d’Arles. — Dessin de Chevignard.
Sur cette question comme sur tant d’autres, la vérité se trouve entre les opinions extrêmes, et le goût demeure le souverain arbitre. Sans doute il convient de ne pas toucher aux nobles débris d’un Parthénon ; mais il est telle , mutilation à laquelle on doit remédier par respect même pour le chef-d’œuvre qu’elle dénature. Où est le critique assez rigide pour blâmer la restauration du nez de la Vénus de Milo? Pas une parcelle de marbre n’a été enlevée dans cette opération exécutée avec du plâtre, et,‘du moins, si nous avons à déplorer la perte irréparable des bras de cette belle statue, nous pouvons admirer dans leur complète sérénité les traits augustes de la déesse. Nous croyons qu’on pourrait se permettre une semblable réparation de la tête antique du Musée d’Arles, sans s’exposer à trop soulever les protestations des archéologues, et même à trop faire regretter à l’honnête cicerone l’emploi de son singulier stratagème.