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MÉTIER A FABRIQUER LES ÉTOFFES DE SOIE UNIES

Voy. les Tables, et notamment le t. XXIII, 1855, p. 60, 15, 203.

Atelier de tissage, à Lyon. — Dessin de .îahandier, d après Victor Grilat.

Ce métier est au pas ouvert, c'est-à-dire représenté au moment où l’ouvrier, ayant enfoncé la marche et par ce fait produit l’écartement des fils de la chaîne, va lancer la navette et ainsi passer un coup de trame.

La chaîne est cette partie de l’étoffe qui avant d’être tissée se trouve tendue suivant toute la longueur du métier.

La trame s’enroule sur de petits tuyaux en bois ou en carton, de manière à former une sorte de petites bobines appelées canettes, que l’on place, au fur et à mesure, dans un instrument, le plus ordinairement en buis, long d’une trentaine de centimètres, large de trois, et spécialement creusé au centre; c’est la navette. Il est construit de façon à pouvoir glisser entre l’écartement des fils de la chaîne, et, dans ce trajet, laisser se dérouler derrière lui un fil qui, après l’abaissement du battant, constitue le coup de trame.

La chaîne, en sortant de chez Yourdisseuse, est donnée à l’ouvrier sur une cheville en bois. Dans cet état, il la porte chez le plieur, qui, au moyen de l’appareil dont nous avons donné le dessin (*), la plie ou l’enroule sur le rouleau que l’on voit à l’arrière du métier!

(») Voy. t. XXllI, 1855, p. G).

Tüme XLlll. — Janvier 1875.

Cette opération faite, il en vient une autre qui paraît de prime abord extrêmement difficile et compliquée, mais qui, exécutée par des femmes dont c est la spécialité, appelées remetteuses, semble plutôt un jeu d’enfant. Cette opération se nomme le remettage. 11 s agit de prendre les fils dont se compose la chaîne, et de les passer un à un, en commençant par la gauche du métier, dans les mailles correspondantes des lisses, sans qu’il échappe la moindre erreur, sous peine de recommencer.

Les lisses, qu’on aperçoit vers le milieu du métier, contre le battant, sont plus ou moins nombreuses suivant la quantité de fils qui entre dans la chaîne pour une largeur donnée. On emploie quelquefois quatre lisses, le plus souvent six, huit, dix, et même très-fréquemment plus encore, mais toujours en nombre pair, comme on s’en rendra compte par la suite. La réunion du nombre voulu de lisses pour tel compte de chaîne se nomme remisse..

En parlant du remettage, nous avons dit que chaque fil de chaîne est passé dans la maille correspondante du remisse, en commençant par la gauche; nous allons expliquer comment. On fait pour cela usage de deux méthodes : la méthode du remettage suivi et la méthode du remettage

amalgamé. Le remettage suivi étant de beaucoup le plus usité, nous l’exposerons seul.

Le remettage suivi s’exécute en passant le premier lil de la chaîne dans la première maille de la première lisse (celle qui regarde le rouleau de derrière), le second fil dans la première maille de la seconde lisse, et ainsi jusqu’à la dernière lisse ; après quoi l’on revient à la seconde maille de la première lisse , puis à la seconde de la deuxième , et de même par rangs de mailles jusqu’au dernier fil, chaque lisse fournissant de la sorte successivement sa maille.

Les fils de la chaîne passés dans le remisse, il s’agit ensuite de les passer dans le peigne.

Le peigne est un instrument que l’on s’imaginera aisément, bien que difficile à distinguer dans le dessin. 11 se trouve enchâssé dans une rainure pratiquée dans la largeur du battant, à l’endroit où l’on voit les fils de la chaîne traverser ce dernier. La poignée du battant le maintient à sa partie supérieure, en sorte qu’il est comme dans une espèce de cadre. Le peigne se compose de petites lames d’acier poli placées verticalement et extrêmement minces, ce qui permet d’en disposer un grand nombre sur la largeur de l’étoffe. Cependant il n’est pas utile qu’il y en ait dans cette largeur autant que de fils, attendu que, la doie étant très-fine, et conséquemment les fils de la chaîne trèsnombreux, on passe au moins deux fils, souvent trois, quatre, cinq et même plus, dans chaque dent.

Le passage des fils de la chaîne dans le peigne, ou piquage en peigne, quoique beaucoup plus facile que l’opération du remettage, exige deux ouvrières : l’une se place entre le remisse et le peigne, et choisit les fils; l’autre se place derrière le peigne et, au moyen d’un crochet plat et très-mince, appelé passe-fds, qu’elle introduit successivement dans chaque dent, attire à elle les fils que la première ouvrière lui présente.

Après avoir passé la chaîne au remisse et au peigne, on la noue. Cette opération consiste à nouer les fils devant le peigne par petites parties, afin qu’ils ne puissent plus s’échapper. Chaque nœud doit être bien rigoureusement sur la même ligne transversale que les autres, afin qu’en les fixant au rouleau de devant il ne se forme pas dans la chaîne des parties plus lâches ou plus tirantes que d’autres.

Le rouleau de devant, celui sur lequel s’enroule l’étoffe fabriquée, s’appuie à gauche du métier sur un support en fer ou en fonte que l’on appelle la patte du régulateur, et, de l’autre côté, le tourillon vient reposer dans un support d’un autre genre qui porte le nom de régulateur et qui mérite quelques explications. C’est un cadre en fonte, à la partie inférieure duquel est pratiquée l’ouverture propre â supporter le tourillon du rouleau. La partie supérieure porte deux roues. Celle d’en haut est une roue en cuivre à rochet, munie d’une manivelle invisible dans le dessin, et de deux cliquets qui la laissent tourner librement de gauche à droite, mais non pas dans l’autre sens. Cette première roue communique à la seconde par un pignon ; enfin celle-ci à une troisième plus grande, fixée solidement au rouleau. De cette façon, en tournant la manivelle de la roue à rochet dans le sens naturellement où elle peut tourner, le rouleau est entraîné de gauche à droite et tend à enrouler la chaîne en l’attirant à lui. On comprend que la partie enroulée ne puisse plus retourner en arriére.

Nous allons montrer maintenant comment la chaîne peut rester tendue et comment on peut régler cette tension.

On voit à l’arrière du métier une caisse en bois suspendue à deux cordes. Ces deux cordes sont enroulées chacune trois fois sur le rouleau de derrière, dans une gorge pratiquée à cet effet, et viennent se terminer à leur seconde extrémité par un contre -poids en pierre ou en fonte. En mettant dans la caisse des pierres ou tout autre

objet pesant, on arrive à contre-balancer les contre-poids, et bientôt tout ce qu’on ajoute dans la caisse est supporté par la chaîne et contribue à lui donner une certaine tension qu’il importe de savoir approprier au genre d’étoffe que l’on veut obtenir. Dans cette opération, les contrepoids s’étant soulevés, si l’on tourne la manivelle du régulateur, la chaîne s’enroule sur le rouleau de devant, la caisse est alors entraînée avec elle; mais, les contre-poids venant à reposer à terre, les cordes auxquelles ils sont fixés se détendant et diminuant ainsi le frottement qu’elles exerçaient sur le rouleau, la caisse retombe en arrière de la quantité de chaîne enroulée. Ainsi, la caisse donne une tension sensiblement uniforme, et, quoique le rouleau tourne, reste toujours à la même hauteur.

Les lisses correspondent aux marches par leur partie inférieure au moyen d’un système bien compréhensible dans le dessin : toutes celles qui portent un numéro impair correspondent à une marche ; celles qui portent un numéro pair, à l’autre. En appuyant le pied sur l’une des marches, les lisses qui lui correspondent s’abaissent, et avec elles les fils de la chaîne passés dans leurs mailles, tandis que les autres lisses s’élèvent d’une quantité égale à l’abaissement des premières, et avec elles également les fils qui passent par leurs mailles. A leur partie supérieure, les lisses communiquent, au moyen de tiges métalliques, ’>â un appareil placé sur le métier qui porte le nom de carrette, lequel, au moyen d’un mouvement d’oscillation trèssimple, soulève les lisses que la marche n’abaisse pas.

Dans le dessin, le remisse ayant siÿ lisses, tous les fils impairs de la chaîne passent dans les mailles des lisses portant les numéros 1, 3, 5; tous les fils portant un numéro pair passent dans les mailles des lisses portant les numéros 2, 4, 6. Cela posé, si l’on enfonce l’une des deux marches, la chaîne se partage en deux parts égales, dont l’une s’abaisse et l’autre s’élève, de telle façon qu’un fil qui s’abaisse se trouve entre deux fils qui s’élèvent, et réciproquement. Quand on viendra â lâcher cette marche pour enfoncer l’autre, tous les fils qui s’élevaient premièrement se trouveront abaissés, et ceux qui s’abaissaient élevés, ainsi de suite. On comprend dés lors qu’à chaque enfoncement de marche, passant la navette, le coup de trame qui en résulte lie le précédent par un entre-croisement des fils de la chaîne invisible à l’œil, qui constitue l’étoffe, et de ce qui n’était que des fils isolés dans le principe fait un tout parfaitement homogène. '

Au-dessous du rouleau de devant, on voit une barre de bois transversale au métier, fixée à l’une de ses extrémités, commandée à son centre par les marches, et correspondant à l’autre extrémité, par une corde, à un levier muni d’un cliquet ayant action sur la roue à rochet du régulateur. A chaque coup de trame passé, c’est-à-dire chaque fois qu’une marche est enfoncée, ce levier est soulevé et fait tourner la roue à rochet d’une quantité déterminée qui correspond à la hauteur d’un coup de trame dans l’étoffe. Ainsi, l’étoffe s’enroule d’elle-même sur le rouleau au fur et à mesure du tissage, sans que l’ouvrier ait besoin de s’en occuper.

Entre le battant et le rouleau de devant est un petit rouleau qu’on peut, à l’aide de support à vis, hausser ou baisser suivant le besoin. Il n’a pour but que de maintenir l’étoffe à une hauteur constante. Il constitue une amélioration importante; car, avant cela, le rouleau de devant grossissant, il fallait trop souvent élever le battant et le remisse à mesure que l’étoffe s’élevait elle -même. Cela était cause de beaucoup d’imperfections.

Il est vrai de dire que , pour la fabrication des étoffes de soie^ la moindre irrégularité dans l’arrangement des pièces d’un métier peut l’empêcher de fonctionner; un

rien occasionne à l’étoffe des défauts très-apparents. L’observateur étranger, comprenant aisément la marche d’un mécanisme aussi simple , a peine à croire qu’il faille être né tisseur pour en tirer parti avec quelque avantage. Et, chose plus extraordinaire encore, quand vous voyez des machines d’une grande complication donner de magnifiques résultats au moyen des moteurs hydrauliques ou à vapeur, le métier à tisser les étoffes de soie (et notez que nous ne parlons que de l’uni), malgré d’ingénieux appareils, n’a encore pu donner que des résultats inférieurs à ceux obtenus à la main par la grande moyenne des ouvriers lyonnais. Le système de métier que reproduit le dessin n’est que le résultat d’améliorations incessantes obtenues avec peine, mais dont il est vrai de dire que les principaux perfectionnements datent d’une époque peu éloignée.

Le hatlant à bouton et au marcheur peut compter parmi les plus importants de ces perfectionnements. Le battant est cette pièce que l’on remarque entre le remisse et l’ouvrier. Il se compose essentiellement d’une espèce de cadre à deux montants, d’une traverse inférieure au-dessous de l’étoffe appelée masse, et d’une traverse supérieure servant uniquement à maintenir l’écartement des deux montants. Le peigne est placé dans une rainure pratiquée sur la masse, et maintenu par une troisième traverse mobile, qui est la poignée du battant. On donne aux montants et à 1a masse plus ou moins d’épaisseur, suivant le poids que doit avoir le battant pour telle étoffe à fabriquer. La masse, étant plus longue que l’étoffe n’est large, porte à ses extrémités les deux boîtes où vient se réfugier la navette après chaque passée de trame. Une petite pièce, munie d’un anneau de buffle , reçoit la navette ; elle glisse dans une rainure et commande cette dernière en lui communiquant son mouvement de va et vient. Pour cela, des cordes, venant passer dans une poulie fixée à la traverse supérieure et aboutir à un bouton que l’ouvrier tient à la main, sont fixées à ces petites pièces mobiles qui lancent la navette chaque fois que l’ouvrier tire à lui le bouton. Audessous du battant est adaptée une petite planchette contre laquelle s’appuie une poulie pouvant osciller à l’extrémité d’un levier que les marches font agir. Chaque fois que l’ouvrier enfonce une marche, le battant se recule automatiquement d’une quantité déterminée, puis retombe sur l’étoffe pour battre le coup de trame de tout son poids quand on lâche la marche. Comme il est important que le battant pèse un poids déterminé pour une tension donnée à la chaîne, on y arrive soit en ajoutant au-dessous de sa masse, à l’aide de boulons à oreilles, de petites barres de fer plus ou moins lourdes, soit en sortant un peu de tension à la chaîne, suivant le cas. Ces battants donnent de très-bons résultats : d’abord, la navette, n’étant plus lancée à la main, donne au fil de trame une tension beaucoup plus régulière; ensuite, le battant, se reculant et retombant automatiquement, frappe l’étoffe d’un poids constant qui contribue à lui donner plus de régularité et, partant, plus de lustre.

Le battant oscille à sa partie supérieure au moyen d’une traverse en bois indépendante, qui vient s’appuyer au métier, et à laquelle le battant est accroché.

Le métier proprement dit est la carcasse en bois , qui se compose des quatre pieds (les deux de devant en forme de banque ou de table), des deux traverses longitudinales, et des deux traverses transversales, appelées clefs, parce qu’elles règlent le plus ou moins d’ouverture du métier. Ces pièces de bois doivent être solidement ajustées, bien d’équerre, de façon que les rouleaux soient rigoureusement horizontaux et parallèles l’un à l’autre. Le métier est, en outre, fortement immobilisé, en vue de lui procurer la plus grande rigidité , par des pièces de bois nommées

ponteaux, qui viennent s’appuyer aux murs et au plafond.

Quant à l’opération du polissage, elle consiste uniquement à frotter l’étoffe sur son envers, à l’aide d’un instrument appelé poUssoir, dans le but de l’assouplir et d’ajouter encore h sa régularité.

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