‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 260 sur 712 · LA PLANÈTE JUPITER EN · texte numérisé non relu

LA PLANÈTE JUPITER EN

isi bibliophile, publié chez Techener, années

" Les SIX premières éditions des Colloques d’Érasme »s étant épuisées a Paris en peu d'années, l’illustre Symon de Colines...

nouveau à 24 000 exemplaires; et «cette édmon elle-même, enlevée en quelques jours, fut bientôt si usée » a la lecture qu on ne la retrouve plus. »

U) La première édition de ce roman si amusant et si complètement anéanti doit porter la date de 1614 ou de 161.?; elle n’apparaît nulle M Ton fut imprimée en lfil6; un bibliophile passionné,

M. Leopoldo Rius, qui réside a Barcelone, est le seul à la posséder, ooii ^ Bibliothèque nationale ne remonte qu’à 1645;

celle de la Bibliothèque de l’Arsenal porte le millésime de 1 639. M. Rius

J dans toutes les lan-

^ aujourd’hui introuvable, par lequel Cer-

vantes fut connu pour la première fois en France ; Brunet ne le cite même pas ; «le Vaeureux D. Quixote de la Manche, ou l’Histoire de Icécf ^ fidèlement de l’espa^ol par

l c' ° com^ée. A Ppris, chez .Jean

riw!,o il’ ”• fi- ^ ^ pour G table, Le pri-

^cordé a Fouet est daté dp Paris, Ip 17 mars f6I4. Avis aiix amis des livres qui seraient en possession de cette rareté.

La planète Jupiter est le monde le plus considérable de tout le système solaire; c’est le personnage principal de la grande famille de l’astre radieux; c’est la province lapins vaste de cette immense république dont la Terre n’est qu’un modeste département; mais c’est encore un des,' globes les moins connus et l’un de ceux qui demandent à être étudiés au télescope avec le plus de soin et le plus d’assiduité.

L’année qui vient de s’écouler a été très-favorable à son observation, et les astronomes ont pu prendre un grand nombre de dessins de cette fameuse planète. Or, le caractère le plus curieux, et, si l’on ose dire, le plus original de cette planète est précisément la singulière variété qu’elle présente aux observateurs. Elle ne reste pas la même deux années de suite, ni même deux jours de suite. A l’exception du fait constant des bandes ou traînées sombres qui traversent toujours son disque de l’est à l’ouest, et qui sont certainement le résultat de son rapide mouvement de rotation, elle offre dans les détails de son aspect la jfius étonnante variabilité. Tantôt ses bandes caractéristiques sont étroites, tantôt elles sont larges; tantôt elles se touchent et tantôt elles sont séparées par des intervalles lumineux. Un jour elles sont parsemées de taches blanches; un autre jour elles paraissent unies et formées d’une teinte plate uniforme. Parfois les bords de ces bandes sont déchiquetés comme des nuages bouleversés et déchirés ; parfois ils se dessinent sous la forme d’une parfaite ligne droite. Quelquefois le disque de Jupiter est tout entier illuminé et coloré en jaune orangé comme par la lueur d’une immense aurore boréale ; quelquefois aussi il paraît plus terne et plus assombri. Il y a des taches, soit sombres, soit claires, qui ont persisté pendant plusieurs mois et même plusieurs années; il en est, au contraire, et c’est le cas le plus général, qui ne durent que quelques heures.

Pour donner à nos lecteurs une idée exacte des variations dont la surface de cette planète est susceptible, nous avons réuni ici douze dessins, faits très-scrupuleusement dans le courant de l’année 1874 (').

Jupiter est passé derrière la Terre, relativemer>t au Soleil, c’est-à-dire juste à l’opposé du Soleil, ou, selon le terme consacré, à son opposition, le 17 mars. Avant cette époque, il passait au méridien après minuit. A cette époque son passage avait lieu à minuit. Après cette date il avait lieu avant minuit, de sorte que les mois de mars avril et mai ont été les plus favorables pour les observations du soir. C’est par la comparaison de ces divers dessins que l’on peut le mieux juger de la variabilité singulière de ce monde immense.

Voici les détails consignés sur le registre 'd’observation à la date de chacun des aspects représentés ci-dessous.

On a choisi les meilleurs jours, ceux où l’atmosphère terrestre était la plus pure et la plus favorable pour l’examen de la planète. Les observations ont été faites à l’aide d’un télescope Foucault de 20 centimètres, et à l’aide d’oculaires grossissant 120, 200 et 300 fois, employés suivant l’état de l’air.

N" 1 (8 mars). — La bande la plus marquée du disque est celle qui est désignée par la lettre a. Sa nuance est entre le marron et le oAo-

(') Par M. Camille Flammarion.

cokit Elle n’occupe pas juste Féquateur, mais se trouve au-dessous, c’est-à-dire au sud. Dans "tous ces dessins, les images sont droites, telles que le télescope (qui ne renverse pas les objets comme les lunettes) les offre à l’observateur ; l’est est à gauche et l’ouest à droite. Cette bande foncée disparaissait en se fondant près des bords.

On remarquait en même temps une bande jaune marquant l’équateur et située au-dessus de la précédente. Elle était un peu moins large que la bande foncée précédente, et parsemée de taches de nuance orange. Cette zone équatoriale est marquée b sur la figure.

Au-dessus de cette zone s’étendait une région blanche; puis, en c, une légère tramée grise. Après une nouvelle région vide, on distinguait la calotte polaire boréale nuancée d’une teinte violacée.

D’autre part, au-dessous, au sud de la bande foncée, s’étendait une vaste région blanche , au delà de laquelle on distinguait la calotte polaire australe nuancée d’une teinte gris-jaune.

N° 2 (30 mars, 8 h. 30 ra.). — La bande qui se fait remarquer la première est également la bande foncée a, colorée d’une nuta\ce jaunechocolat qui s’allonge au-dessous de l’équateur. On remarque ensuite la bande b, jaune clair, bordée au nord par une bordure un peu plus foncée. On aperçoit vers le milieu de b une tache blanche , de forme

ovale, qui croise obliquement la bande jaune. « En arrière de cette tache blanche, relativement au mouvement de rotation de la planète qui s’effectue de gauche à droite, on distingue très-facilement une tache foncée, presque noire , que je prends d’abord pour un satellite ou son ombre (ces notes sont copiées textuellement sur le registre de l’astronome) ; mais les quatre satellites sont visibles hors du disque, trois à droite et un à gauche : cette tache n’est donc pas due au passage d’un satellite. En l’examinant attentivement, on voit, du reste, qu’elle n’est pas ronde. Cette ombre, qui tient à la tache blanche et qui la suit dans son mouvement de rotation, est-elle produite par elle? Je n’ose le décider, car treize jours seulement après l’opposition, le Soleil se trouve presque juste derrière nous et ne semble pas pouvoir produire un pareil angle, à moins que cette tache blanche ne flotte à une grande hauteur audessus de la surface de Jupiter. Serait-ce un phénomène analogue à la pluie suivant un nuage ? Mais cette tache blanche occupe une surface énorme, et son diamètre surpasse de beaucoup celui de la Terre. »

Une zone blanche succède à la bande jaune , et insensiblement se laisse occuper par la calotte polaire boréale d, nuancée d’un léger grisbleu violacé.

Au sud de la bande foncée s’étend aussi une zone blanche, très-bien

définie, au delà de laquelle on distingue fort bien une bande gris-jaune foncé c, bordée comme b, au nord, d’un bord plus foncé. Vient enfin, en e, la calotte polaire australe, nuancée d’un léger gris-bleu violacé.

Des nuages passent de temps en temps sur Jupiter ; la tache blanche c est la marque qui disparaît la dernière.

N» 3 (30 mars , 9 h. 30 m.). — Cette observation a été faite une heure environ après la précédente , le même soir, pour constater la marche de la tache blanche dans le sens du mouvement de rotation de la planète. Ce déplacement était très-sensible , comme on le voit. L’ombre suivait toujours la tache. Une heure plus tard, cette curieuse tache arriva vers le bord occidental de la planète et disparut. L’aspect général de Jupiter n’avait pas beaucoup changé.

Malheureusement le temps s’opposa le lendemain et les jours suivants aux observations qui auraient pu permettre de suivre cette tache. Toutefois, c’est probablement elle qui est encore visible dans les observations suivantes.

N“ 4 (8 avril, 9 h. 30 m.). — Le trait caractéristique de la planète est toujours la bande chocolat a. Au-dessus d’elle , la bande b paraît jaune foncé ; on distingue à première vue une tache noire , et devant elle une tache blanche , pâle , beaucoup plus vaste , à peu près ovale. Cet aspect rappelle beaucoup celui qui vient d’être signalé dans les deux précédentes figures, avec ces différences que l’ombre est plus noire , la tache moins lumineuse , et non oblique , mais allongée à peu près de l’est à l’ouest. Serail-ce la même tache vue le 30 mars? En adoptant la rotation de la planète de 9 h. 55 m., le méridien de cette

tache serait revenu au milieu du disque ( au point observé le 30 mars à 8 h. 30 m.) à 2 h. 50 m., et à minuit 45 m. le 8 avril. Mais -la tache observée était à l’ouest du méridien central de 1 heure environ ; elle était passée en cette position vers 8 h. 30 m. Si c’est la même tache, elle avait un mouvement propre, différent du mouvement moyen de rotation de la planète. Cette hypothèse est d’autant plus probable que le 5, à 8 heures du soir, il y avait sur le disque de Jupiter une tache blanche placée comme celle du 30 mars , et qu’à raison de 9 h. 55 rn., cette tache-ci aurait dû revenir à 5 h. 25 m. et être invisible à 8 heures. Combien a-t-elle fait de rotations du 30 mars au 8 avril? C’est ce que Ton ne peut deviner. A-t-elle été plus vite ou moins vite que le corps de la planète? C’est ce que des observations quotidiennes seules auraient pu constater si le ciel n’avait pas été couvert.

Le 8 avril , on remarquait aussi sur la zone blanche c une région plus lumineuse à l’endroit marqué du signe -t-. La calotte polaire d, qui vient après cette zone, est d’un gris jaunâtre. Il en est de même de la boréale. En d, on distingue fort bien une bande grise plus foncée que le fond blanchâtre sur lequel elle se détache.

N“ 5 (17 avril, 9 h. 15 m.). — On voit encore une tache blanche sur la bande jaunâtre b ; elle avance vers le milieu du disque, où elle arrive vers 10 heures; elle est également suivie , comme dans les observations précédentes , d’une ombre foncée. Elle est plus ronde que celle du 8 avril, et sans obliquité aussi. Son passage au méridien central ayant ou lieu, le 17, à 10 heures, aurait eu lieu, le 8, à 9 h. 2.5 m. du soir. Or, le 8 , la tache était au centre vers 8 h. 30 m. Si c’est la

même tache, la conclusion relative à l’indépendance du mouvement est la même que dans le cas précédent.

La bande foncée a est très-nettement définie ; sa nuance est marron. Aux latitudes désignées par c , une traînée brune limite nettement les régions boréales circompolaires. On voit une autre bande en d, à l’ouest de laquelle arrive le premier satellite , qui va disparaître derrière le disque de la planète.

N» 6 (19 avril, 8 heures). — Ciel admirable.- Jupiter singulièrement curieux à étudier ce soir. L’œil émerveillé y distingue entre autres curiosités les détails suivants :

1“ Sur l’équateur même , on remarque une tache blanche en forme de traînée, suivie par une longue ligne foncée, droite et mince;

2» Une autre traînée blanche paraît au-dessus , plus rapprochée du bord occidental , et suivie aussi d’une ligne foncée analogue à la première et s’allongeant également jusqu’à l’autre bord ;

3» Entre ces deux lignes foncées , la bande est parsemée de petites lignes sombres et comme déchiquetées ;

4“ Au-dessous de la ligne noire n“ 1 , une zone foncée arrive obliquement et la croise au point indiqué ;

5“ La région qui s’étend au-dessous de cette zone est très-blanche ;

6" Sur les premières latitudes circompolaires australes, on remarque des points plus foncés et trois petites taches' blanches;

7» Au-dessus de la traînée n° 2 s’étend une région blanche ;

8» La calotte polaire supérieure paraît d’un gris homogène.

Le détail qui frappe le plus dans cette étrange métamorphose de la planète c’est la ligne foncée , presque noire , signalée au n« 1 , toute droite, à laquelle vient se greffer la ligne courbe dessinée au-dessous.

On remarque aussi que lés taches blanches ont incontestablement des ombres derrière elles.

^ Ayant suivi la rotation de la planète jusqu’à 9 heures , la tache n° 2 disparut en passant de l’autre côté, et la tache n° 1 arriva près du bord ; sa traînée noire ne parut plus aussi droite , mais contournée au point de jonction de la courbe qui la rencontre , comme sous l’influence de celle-ci. Après 9 heures, l’observation fut empêchée par des nuages, lesquels étaient lumineux , fait que l’auteur a assez fréquemment observé au mois d’avril.

N° 7 (21 avril, 9 heures). — L’aspect de la planète est de nouveau fortement changé. On remarque en a la bande chocolat ; elle n’est pas homogène, mais traversée par un fdet blanc, et elle se termine à l’est par un angle aigu. La bande jaune b est parsemée de noyaux blancs.

Variations d’aspect de la planète Jupiter en 1874.

Vient ensuite au-dessus une bande brune c, traversée -aussi par un filet blanc peu étendu. Après une zone blanche , on arrive aux latitudes boréales; la calotte polaire est bleuâtre. Sur l’hémisphère inférieur ou austral, on remarque d’abord une zone blanche d, sur laquelle on distingue un filet gris , et, au-dessous , deux traces filiformes brunes. La calotte polaire australe ai jaunâtre. On voit quelle différence d’aspect Jupiter offre avec l’avant-veille.

N» 8 (22 avril, 10 heures). — C’est toujours la bande foncée chocolat qui se fait remarquer la première. Elle présente à l’endroit indiqué une traînée grise recourbée , presque à angle droit , qui traverse la région h, blanche, formée de noyaux séparés, et s’étend jusqu’à la région e, nuancée d’une teinte jaune foncé : d est une zone blanche; il en est de même de e. On remarque en fune ligne grise.

^ N« 9 (25 avril, 9 h. 15 m.). — La lumière de là Lune gêne un peu l’observation, car Jupiter n’en est qu’à 20 degrés. Néanmoins, on distingue fort bien les marques suivantes, inscrites par ordre de visibilité :

a, bande foncée, nuance chocolat ;

b, bande équatoriale, blanche, mince, diversifiée ;

c, ha.nie jaunâtre, entraînées;

d, bande blanche ;

e, ligne foncée ;

f, calotte polaire teintée de bleu violacé ;

{J, bande blanchâtre ;

h, catotte polaire ./«Mnâ(re, plus foncée que la bande c.

Le premier satellite vient de passer sur la planète et y produit une ombre ab.sohiment noire. Le 25 mars précédent , deux satellites , le 2« et le ci* , passaient sur la planète ; l’ombre du 3* était noire , mais

l’ombre du 2* était grise. M. Flammarion en a fait l’objet d’une communication à l’Institut concluant en faveur de l’existence d’une atmosphère autour de ce satellite. Le 25 avril, l’ombre était tout à fait noire, c’est-à-dire normale.

N» 10 (19 mai, 8 h. 45 m.). — Après une longue série de mauvais temps, voici le premier beau jour du « joli « mois de mai. Le télescope tourné vers Jupiter permet d’y découvrir de curieux détails, et en particulier l’ombre d’un satellite juste sur le pôle de la planète. C’est une tache ronde , noire comme de l’encre , qui tout d’abord ne semble pas pouvoir être rapportée au passage d’un satellite entre le Soleil et Jupiter, car aucun d’eux n’est sur le disque. Le 3* est à sa plus grande élongation, et ne saurait par conséquent causer cette ombre. Le 2* est derrière la planète et caché par elle. Le l** est à l’est de Jupiter, et marche de l’ouest à l’est ; comme la tache marche de l’est à l’ouest , c’est-à-dire en sens contraire, elle ne peut être produite par lui ; d’ailleurs ce satellite, se trouvant alors dans la moitié de son orbite la plus éloignée de la Terre, ne pouvait projeter d’ombre sur la planète. Reste donc le 4* satellite, qui se trouvait alors à l’ouest de Jupiter et éloigné de 3 fois le diamètre de la planète, c’est-à-dire à 120 secondes de dis-' tance. C’est à lui, à lui seul, qu’on puisse rapporter cette ombre, car il se trouvait alors dans la moitié de son orbite la plus rapprochée de la Terre, et marchait de Test à l’ouest. Mais, à coup sfir, c’est la limite extrême à laquelle on puisse observer Tombre d’un satellite , et c’est aussi la distance extrême à laquelle cette ombre puisse se produire. 11 ne semble pas qu’aucune observation semblable àcelle-là ait jamais été faite.

Cette tache noire glissait lentement le long du bord de la planète. A 9 h. 30 m., elle arriva en contact avec le limbe, longea le bord sans

MAGASÜN PITTORESQUK.

sortir, et n’arriva à l’échanorer qu’à 9 h. 45 ni. Elli' employa près d’une demi-heure (26 minutes) à sortir.

Le disque de Jupiter offrait à peu près l’aspect du n® 9. La bande foncée, nuance chocolat, était la plus apparente; elle diminuait de largeur depuis le milieu jusqu’au bord oriental. L’équateur était marqué par une traînée blanche c. La bande jaune b était très-large. Au-dessus s’étendait une zone blanche d. La calotte polaire supérieure était nâtre , et l’inférieure violacée. Dans les latitudes circompolaires boréales , on remarquait une ligne plus foncée que la région. L’ombre noire suivit près du pôle une ligne parallèle, j N“ 11 (4 juin, 9 h. 15 m.). — Ce qui frappe à première vue ce soir, c’est la teinte sombre de la calotte polaire supérieure , presque aussi foncée que la bande chocolat. Elle paraît d’un gris ardoise. La calotte polaire inférieure est au contraire nuancée d’une teinte claire , jaunâtre. Quant aux détails du disque, on peut signaler la bande b, large, et d’un jaune clair; la ligne blanche c, marquant l’équateur; la zone d, très-lumineuse, et la traînée grise e , se continuant certainement sur l’autre hémisphère. A 10 h. 15 m., le 2“ satellite sortit de la planète au point indiqué à droite de la figure. 11 n’était guère brillant sur le disque , et son ombre n’était guère noire , car rien n’avait été aperçu, quoique l’observation ait été très-longue et très-attentive.

N" 12 (10 juin, 9 h. 30 m.). — Ce dessin a été fait, non au télescope de 20 centimètres , mais à l’aide d’une excellente lunette achromatique de 25 centimètres de diamètre , construite par notre regretté Secrétan , et alors dans scs ateliers ; il confirme l’exactitude des précédents sur le seul point qui pouvait paraître douteux à l’observateur : les couleurs indiquées précédemment. En effet, dans cette dernière observation, la bande a parut teintée de nuance chocolat; la bande b parut et parsemée de tramées grises; la calotte polaire australe était nuancée d’un gris jaunâtre faible , et la calotte polaire boréale d’un léger gris bleuâtre. Entre la bande foncée et la bande jaune, on remarquait la ligne blanche déjà signalée. Au-dessous de la zone blanche et aux premières latitudes australes nuageuses , des cirrhus blancs parsemaient la bande désignée par la lettre e. Enfin, une ligne grise était dessinée en d. Le 1®"' satellite venait de passer dev.antla planète , sur laquelle se projetait son ombre noire. — Dans ce dessin , la figure est retournée , afin d’être dans la même position que les autres , c’est-à-dire que l’image est droite.

Telles sont les principales observations faites sur la planète Jupiter pendant les mois de 1874 où elle s’est présentée dans les meilleures conditions d’étude. Ce choix de dessins donne à nos lecteurs une idée plus exacte que toute description sur les transformations si diverses qui se montrent incessamment dans l’aspect de ce monde lointain; Ces variations s’accomplissent-elles à la surface de ce globe immonse, ou n’ont-elles pas plutôt leur siège dans l'atmosphère seulement? Cette dernière hypothèse est la plus probable, car à moins d’admettre que le globe de Jupiter soit encore liquide actuellement, il ne semble pas possible d’attribuer d’aussi rapides changements tà sa surface même. Au contraire, il n’y a rien de surprenant à ce que son atmosphère varie comme la nôtre, qui ne reste pas deux jours de suite semblable à elle-même.

L’auteur des lignes qui précèdent a voulu consacrer une saison entière à l’observation assidue de cette planète, afin de voir si cette étude confirmerait ses vues. La conclusion n’est pas évidente comme celle qui résulte de l’observation de la planète Mars, dont nous avons parlé l’année dernière, planète qui paraît habitée tout aussi bien que la Terre ; mais elle n’est pas défavorable. Jupiter est le monde le plus considérable du système ; il est J 400 fois plus gros que la Terre; il est gratifié d’un printemps perpétuel; il est environné d’une atmosphère immense que l’analyse spectrale a montré être différente de la nôtre comme composition chimique. Sans doute, nous ne voyons jamais la surface même de ce monde, mais seulement l’aspect extérieur de son atmosphère, très-dense et constamment chargée de nuages. Nous attendrons peut-être bien des années encore avant de rien savoir de bien positif sur les conditions de sa surface, à cause de l’énorme distance qui nous en sépare ; 155 millions de lieues ait minimum. Un télescope grossissant 300 fois ne le rapproche qp’à 500 000 lieues à peine, et le grossisspinent de 500, très-rarement et très-difficilement employé, ne le ramène encore qu’à 300 000. On doit s’estimer heureux d'avoir

déjà pu, malgré cette effroyable distance, mesurer et peser ce globe, constater son rapide mouvement de rotation (qui s’opère en 9 heures 55 minutes), analyser son atmosphère et noter en détail les variations qui s’y accomplissent.

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