‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 262 sur 712 · SE DOIT A LUI-MÊME · texte numérisé non relu

SE DOIT A LUI-MÊME

« Le signe distinctif de toute existence et de toute activité conformes à la dignité humaine consiste en ceci :

» S’appliquer à reconnaître le bon et le beau, le vrai et le juste, et après les avoir reconnus, autant qu’on le peut, employer toutes les forces de son âme, toute sa volonté,' toute son intelligence, à les réaliser dans la vie pra-^ tique. » (^)

C est ce qu on peut faire dans la plus humble position sociale. Il est même vrai qu’une personne qui a été malheureusement privée de toute instruction a^ dans une certaine mesure, la possibilité de concevoir et d’appliquer les notions élevées du bon et du beau, du vrai et du juste. Mais il est évident que plus on a de saine histruction, plus l’œuvre est facile à accomplir. C’est aussi simple que de dire : Plus le chemin où l’on marche est éclairé, plus il est facile d’y éviter les faux pas et les chutes. L’ignorance est comme un lieu sombre qui semble peuplé de fantômes : la vue y est courte et troublée parles préjugés souvent les plus ridicules, par des traditions absurdes auxquelles l’esprit s’attache faute de rien connaître au delà. C’est ce que les voyageurs observent dans les pays où n’a pénétré aucune des lumières de la civilisation : des individus qui, jusqu’à l’arrivée d’Européens honnêtes et éclairés, s’abandonnaient sans scrupule à d’odieuses pratiques, même à l’anthropophagie , écoutent volontiers les remontrances qu’on leur fait, et arrivent bientôt à reconnaître ce que leurs anciennes coutumes avaient de hideux et d’injuste; ils en ont honte et se corrigent.

Mais il n’est pas besoin d’aller chercher des exemples si loin. Quel est le vieillard qui n’a pas connu dans sa jeunesse des villages où s’étaient perpétuées en hygiène, en

0) Extrait d’un Rapfiort de M. le marquis de Danipierre à TAssemblce nationale (1875).

(-) Scbulze-Delitzsch, trad. par Benjamin Rampai.

agriculture, en certains usages se rapportant aux mœurs ou aux relations de voisinage, les erreurs les plus funestes? Un peu d instruction a suffi pour les dissiper. La vérité, dés qu’elle se dévoile, a une puissance irrésistible sur la direction morale des hommes de bonne volonté.

LE CHEVROTAIN.

^ Le cbevrotain est le plus petit de tous les mammifères ; c est un cerf sans bois vu par le petit bout de la loi’gnette. Le pelage est brun-roux foncé sur le dos, plus clair sur es membres; la gorge est marquée de trois larges raies blanches qui se confondent; le ventre est blanchâtre.

len n égale la grâce et l’élégance de ces animaux. Leurs membres ténus terminés par deux sabots microscopiques, leur grand œ.il doux et inquiet, leurs petites oreilles actives et incessamment remuées, leur petit mufle humide et mouvant au bout d’une petite tête pointue, leur petite

queue agitée qui se relève et s’abaisse suivant les émotions du moment, tout cela forme un ensemble que l’observateur ne peut se lasser d’admirer.

Les mouvements, les formes, rappellent ceux des grands ruminants, dont ils ont aussi le régime. Les chevrotains sont gf-os comme des agoutis et mangent le foin à des râteliers de poupées, et leur picotin d’avoine et de son dans des. auges, véritables jouets d’enfants.

La rapidité de la course chez les chevrotains tient du prodige. Ces petites pattes, ces membres si fins qui semblent devoir se briser à chaque pas, sont de fer, et pour en apprécier toute la puissance il faut avoir vu les honds énormes que peut faire un chevrotain effrayé.

Comme les chameaux, mais surtout comme les petits cerfs connus sous le nom de cervules, les chevrotains portent aux maxillaires supérieurs deux dents, deux canines assez développées pour être apparentes. On prétend à Java que ces dents sont non-seulement une arme dont les chevrotains font usage pour se combattre les uns

Jardin d’ÂccIimatation de Paris.

— Chevrotains pygmées. — Dessin de Mesnel.

les autres et pour lutter contre leurs ennemis, mais qu elles servent également à ces animaux pour se soustraire aux poursuites des carnassiers qui les chassent pour les dévorer, feerré de trop prés, le chevrotain s’élancerait d un bond dans les branches des broussailles dans lesquelles il vit d’ordinaire, et resterait accroché par ses deux dents au premier rameau venu. Naturellement le poursuivant perdrait ainsi la trace de son gibier, et le chevrotain serait sauvé.

Le chevrotain kanchil est abondant à Java; le chevrotain meminna se rencontre dans l’Inde et à Ceylan; le chevrotain d’eau, ou hyémosque, vit dans les marécages des régions occidentales de l’Afrique.

Ces tiois especes ont pour habitation les régions les plus chaudes du globe. Par contre, le chevrotain porte-musc, celui qui fournit à l’industrie la poche ou glande odorante connue sous le nom de musc, occupe les régions froides et élevées de la Sibérie, du Népaul, du Thibet chinois.

L hydropote, que les Chinois appellent ke ou chang, est un des gibiers abondants de la Mongolie.

L’étude des chevrotains est pour les naturalistes pleine d’intérêt, car les animaux de ce petit groupe ont des caractères complexes qui établissent leur parenté avec la plupart des groupes des ruminants, et même avec quelques pachydermes (les cochons).

Au point de vue pratique, les chevrotains ne présentent aucun intérêt. Ils ont cependant fréquemment reproduit en Europe.

M"''= la duchesse de Berry possédait, sous la restauration, plusieurs couples de kanchils vivant en liberté dans le parc de Rosny. Ils avaient pour étable une boîte placée dans une serre, asile qu’ils savaient très-bien retrouver. Chaque jour, même par les temps de neige, ils prenaient leurs ébats dans le parc , et rentraient ensuite dans leur retraite chauffée.

Le chevrotain meminna, beaucoup plus rustique que le kanchil , a plusieurs fois reproduit au jardin zoologique d’Acclimatation du bois de Boulogne, et les jeunes ont été élevés avec succès. Quoiqu’il en soit, les chevrotains ne sont pas du nombre des animaux à recommander à ceux qui se préoccupent de doter notre pays d’espèces nouvelles, utiles ou agréables.

Le ke ou chang (hydropote) méritera cependant d’être l’objet d’essais sérieux. Il vit, assure-t-on, de plantes de marais, et sa chair jouit en Chine de la meilleure renommée. Cet animal a été importé, il y a quelques mois, en Angleterre où des multiplications seront tentées. Habitant des parties septentrionales de la Chine, il pourrait sans aucun doute braver la rigueur de nos hivers.

Paris. Typograjiliie de J. Best, rue des Missions, 15.

Le Gérant, J. BEST.

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