‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 276 sur 712 · MONNAIE GAULOISE · texte numérisé non relu

MONNAIE GAULOISE

Voy. les Tables.

Monnaie de Pixtilos, chef gaulois.

Légende : pixtilos. Tête de profil d’homme imberbe. Sous le cou, annelet.

Revers : cavalier au galop. Sous le cheval , symbole ressemblant à une S couchée, fréquent sur les monnaies gauloises.

On croit que Pixtilos fut un chef des Carnutes (pays de Chartres), qui battit monnaie entre les années 27 et 12 avant Jésus-Christ.

( ) Édouard Laboulaye, Discours populaires. — Voy. aussi l’histohe de la Dent d’or, t. !«'■, 1833, p. 166.

DE LA SOURCE A LA CHUTE DU TRIENT (suisse — valais).

Pont supérieur et chute du Trient. — Dessin de A. de Bar.

Des quatre cents glaciers des Alpes suisses qui occupent, suivant le calcul d’Ebel, une surface de cent trente lieues carrées, 1 un des moins importants, sinon des moins curieux à visiter, est le glacier du Trient, d’où s’échappe le torrent du même nom. Voisin du col de Balme, si connu es voyageurs qui se rendent, durant la saison favorable, de Martigny à Chamounix, et situé à la même altitude (environ 1 200 mètres), le glacier de Trient mérite, ainsi que ses supérieurs en volume et en étendue , d’être compté parmi les réservoirs des grands fleuves de l’Europe, Tome XLlIl. — Octobre 1875,

puisque son torrent, mêlé à ceux de l’Eau-Noire et de Bolberine, va grossir le courant du Rhône entre Martigny et Saint-Maurice.

Un de mes amis, qui, après avoir tenté l’ascension du mont Blanc et exploré la Mer de glace, s’est aventuré vers le glacier du Trient et a suivi le cours du torrent d’aussi près que le lui permettaient les obstacles du chemin, m’a conté ceci ;

Amateur imprudent du pittoresque, je m’attardai si longtemps à donner satisfaction au besoin de contempla-

tion qui m’arrêtait presque à chaque pas, que la nuit menaçait de me surprendre avant que j’eusse trouvé un gite si je continuais à marcher dans la même direction. Par bonheur, à peu de distance du point où l’inquiétude m’avait saisi, un sentier s’offrit ci ma gauche; je quittai aussitôt le bord du torrent et je m’engageai dans ce sentier. Grâce à mon expérience d’observateur, je reconnus sans, peine qu’il avait été récemment parcouru. En suivant les' traces de ceux qui m’y avaient précédé, j’arrivai à l’endroit nommé les Herbagères, et je trouvai asile pour la nuit dans un chalet attenant à une importante vacherie. Je reçus là le plus bienveillant accueil; l’hospitalité fut cordiale et complète. Après un souper que mon appétit de voyageur me fit juger excellent, le maître vacher dit à sa femme de faire préparer mon lit dans une chambre voisine de la leur, et il m’invita obligeamment à y dormir aussi tard que je le voudrais, afin de recouvrer les forces nécessaires pour continuer mon voyage pédestre. J’avais, comme on le pense bien, l’intention formelle de profiter amplement de la permission; mais, au point du jour, je fus soudainement réveillé par un bruit de pleurs et de supplications; je prêtai l’oreille : la jeune servante intercédait pour une certaine Clairette auprès du maître vacher, et la femme de celui-ci, venant en aide à la servante, élevait de temps en temps la voix pour lutter contre une sinistre résolution de son mari.

— Non, répondait-il impitoyablement, non, je ne vous accorde pas un jour de plus; puisqu'elle ne veut plus ni boire ni manger, et qu’elle dépérit d’heure en heure, u vaut mieux la tuer aujourd’hui que de la laisser souffrir plus longtemps.

Bien qu’il ne me fût pas possible de prêter une intention criminelle à l’homme qui s’était montré si bienveillant pour moi, que j’avais vu doux avec sa servante et franchement affectueux envers les siens, néanmoins ses paroles, qui renfermaient un arrêt de mort, inquiétaient mon esprit : aussi quand la fillette qui nous avait servis à table la veille vint apporter dans ma chambre la grande jatte de café à la crème et la rôtie au beurre du matin, je m’empressai de lui demander quelle était cette Clairette dont la condamnation avait été tout à l’heure prononcée par mon hôte.

— Clairette, me répondit la servante d’une voix larmoyante, c’est notre ancienne m.aîtresse.

Cette réponse, je l’avoue, me causa un frémissement d’horreur, et mon visage prit alors une telle expression que la servante ne put s’empêcher de me dire ;

— Ah çà! est-ce que vous croyez que c’est d’une personne que je parle?

— On pourrait le supposer, repris-je; ne m’avez-vous pas dit qu’il s’agissait d’une ancienne maîtresse de cette maison ?

A ces mots, la fillette, sans cesser de gémir sur le sort de Clairette, mais mêlant le rire aux larmes, m’apprit, à ma honte, que je venais de commettre la plus impertinente méprise.

— On voit bien que vous n’êtes pas du pays, me ditelle; autrement vous sauriez que dans nos vacheries on appelle la maîtresse celle qu’on a reconnue pour la mieux avisée de nos bêtes. Dès qu’on la juge capable de diriger les autres au pâturage, on attache à son cou la cloche qui donne au troupeau le signal de la marche. Elle est si glorieuse du bruit qu’elle fait en cheminant, que si le maître s'avise plus tard de lui enlever sa cloche et de choisir dans ses étables une autre vache maîtresse, l’ancienne en prend tant de chagrin qu’elle est capable de se laisser mourir de faim plutôt que de se résigner à marcher au second rang. C’est justement ce qui arrive à notre pauvre Clairette ;

elle se sent déshonorée depuis huit jours que Martine fait sonner sa cloche à la tête du troupeau.

Au moment où la servante achevait de me donner cette explication, j’entendis le tintem.ent argentin d’une cloche; je m approchai de la fenêtre et je vis une belle vache noire sortir de l’étable. Elle portait haut la tête. Après qu’elle eut fait deux ou trois pas au dehors, elle s’arrêta pour s assurer qu’elle était suivie; puis, quand elle vit apparaître les cornes luisantes et le museau fumant de celles de ses compagnes qui venaient les premières après elle, la vache maîtresse se remit en marche, fléchissant et relevant avec gravité son cou puissant, comme pour mesurer la cadence de son pas au va-et-vient sonore du battant de la cloche.

C est Martine, me dit la servante, qui va mener nos bêtes à 1 abreuvoir. Mais, poursuivit-elle avec inquiétude, je ne vois pas Clairette; faut croire qu’elle ne peut pas ou qu’elle ne veut plus quitter sa litière... Eh bien, non, je me trompais; la voici!

En effet, Clairette sortit de l’étable, non pas volontairement, mais poussée dehors par les forces réunies de mon hôte et de sa femme. Parvenue un peu au delà du seuil qu’elle avait été forcée de franchir, Clairette, mal assurée sur ses jambes, mugit tristement et promena autour d’elle un regard mélancolique. A ce moment, elle entendit retentir à distance la cloche que balançait orgueilleusement sa fière rivale ; alors elle recommença à mugir, son front se courba, ses genoux fléchirent, et elle se coucha sur la poussière du chemin. Vainement le maître vacher la toucha de l’aiguillon. Clairette, que l’excès de la jalousie venait de terrasser, ne fit aucun effort pour se relever.

— Décidément, il faut en finir avec elle, dit mon hôte comme s’il eût pris la résolution d’accomplir lui-même, à l’instant, le sanglant sacrifice. Sa femme le crut du moins, car elle se jeta entre lui et la condamnée afin de la protéger. La servante, saisie de la même appréhension, poussa un cri de terreur, et, d’une voix sufl'oquée par lé sanglot, elle me dit, les mains jointes :

— Demandez grâce pour elle !

Touché de sa prière, mais fort incertain du succès de mon intervention, je quittai cependant ma chambre.

« Quelle bonne raison puis-je faire valoir en faveur de Clairette? » me demandais-je en descendant l’escalier extérieur du chalet. Au moment où j’atteignais la dernière marche, une idée me vint qui pouvait me permettre d’entrer en pourparlers avec mon hôte au sujet de Clairette.

— Il se peut, dis-je en abordant le maître vacher, que l’état de cette pauvre bête ne soit pas aussi désespéré que vous le croyez. Si vous le voulez bien, je vais tenter une épreuve qui vous prouvera, je l’espère, que vous l’avez condamnée à tort.

— Ce n’est pas moi, c’est le vétérinaire qui l’a condamnée, me répondit mon hôte.

— Qu’est-ce que cela prouve? répliquai-je ; le vétérinaire ne s’occupe que des maladies du corps; mais les bêtes ont, ainsi que les gens, leurs souffrances morales : c’est d’une de ces souffrances-là que votre Clairette est atteinte, et je prétends l’en guérir; mais, dites-moi, d’abord, votre troupeau de vaches est-il tout entier allé à l’abreuvoir?

— Toutes nos vaches à la fois, ce serait trop, repartit

vachère avec un sourire d’orgueil; Martine n’en a emmené que la moitié; à son retour, elle fera un second voyage pour conduire le reste. •

— Voilà qui est déjà bien pour mon épreuve; maintenant, veuillez me dire si vous n’auriez pas une seconde cloche semblable à celle que Martine fait sonner avec tant de bonne grâce.

— Il doit s’en trouver une à l’entrée de l’étable, me fut-il répondu.

Avant que j’eusse prié qu’on me l’apportât, la jeune servante, qui m’avait suivi, devina mon intention et courut â l’étable d’où elle revint aussitôt avec la cloche demandée.

Pendant ce temps, le vacher et sa femme me regardaient de cet air incrédule qui semblait dire : « Nous te laissons faire ce que tu veux ; mais ce sera comme si tu ne faisais rien. »

Cependant je passai au cou de Clairette le collier où la cloche était suspendue; puis je la fis tinter. A ce bruit, l’œil atone de la malade se ranima; son regard exprimait l’incertitude. Pour la convaincre que l’insigne de sa dignité lui était rendu, je fis de nouveau sonner la cloche; je vis bien qu’elle m’avait compris, car, pour s’assurer du fait par elle-même. Clairette se souleva, appuyée sur ses genoux pliés. Le mouvement qu’elle fit pour redresser son large poitrail mit la cloche en branle ; alors une émotion de joie fit visiblement frissonner son corps : elle tourna vers nous ses bons gros yeux caressants; j’affirme que j’y vis des larmes. Un moment après, sans qu’on l’y eût sollicitée, elle était debout sur ses jambes.

— A présent, dis-je à mes hôtes émerveillés du succès de l’épreuve, faites sortir le reste du troupeau.

La servante, qui pleurait d’attendrissement, n’attendit pas que le maître lui répétât l’ordre que je venais de donner. Mes prévisions se réalisèrent. Aussitôt que les vaches eurent été rassemblées hors de l’étable. Clairette se mit à leur tête, et, bien qu’elle fût très-affaible par un long jeûne, elle prit bravement le chemin de l’abreuvoir.

La nuit et la matinée passées au chalet du maître vacher devaient retarder de beaucoup mon arrivée à Martigny, où j’étais attendu à heure fixe. Aussi, après avoir reçu les félicitations de mon hôte sur l’heureux résultat de la cure que j’avais entreprise, m’empressai-je de prendre congé de lui.

— Vous ne pouvez pas, me dit-il, être venu aussi près de la chute du Trient et partir sans lui rendre visite.

J’objectai le temps perdu déjà qui ne me permettait pas de me détourner du chemin direct de ma destination.

— Il n’existe pas de chemin direct, me dit le maître vacher; quant au temps perdu, notre petit cheval que ma femme va atteler au char-à-bancs vous le fera regagner.

— Mais qui conduira? lui demandai-je.

— Moi, me répondit-il ; ce sera un moyen de vous payer la guérison de Clairette.

— Surtout ne l’exposez pas à une rechute.

Soyez tranquille ; pour l’éviter, â compter d’aujourd hui, il y aura deux vaches maîtresses à la maison.

Le char-à-hancs était prêt; nous y prîmes place. Excité par la voix de mon hôte, son excellent petit cheval nous mena lapidement au bas de la montée des Herbagères, et ce fut en suivant parallèlement le cours du torrent que nous arrivâmes à l’entrée de la gorge du Trient , où il fallut mettre pied à terre. Nous pénétrâmes dans ce défilé qui côtoie un abîme. Des murs de rochers, resserrés à leur partie inférieure et impraticables même pour les chèvres, s élèvent à une hauteur de plus de trois cents pieds. Ils sont reliés au sommet par un pont de pierre, d’où le regard épouvanté plonge sur la nappe d’eau qui'se précipite. Presque à fleur d’eau, la spéculation a construit une étroite galerie de bois latérale, soutenue par d’énormes madriers. Cette galerie, que l’on parcourt moyennant un franc par personne, s’avance jusqu’à la cascade, au delà de laquelle le passage est impossible. Je me serais arrêté bien longtemps devant le spectacle grandiose et terrifiant que m offrait la chute du Trient, si mon hôte ne m’eût ar-

raché à mon extase vertigineuse en me rappelant que j’étais attendu à Martigny,

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