LE BIEN
Le Bien va toujours d’un pas réglé et avec ordre.
Porphyre.
DESTRUCTION DES ANIMAUX MALFAISANTS
LES PIÈGES
Suite. — Voy. p. 135, 227, 295.
Les oiseaux de proie de nos campagnes doivent être divisés en deux grandes tribus , d’après leurs mœurs tout opposées : les uns chassent le jour-, les autres la nuit. De là naît une distinction d’autant plus facile qu’elle est typique, et qu’elle guidera notre conduite vis-à-vis d’eux. Effectivement, les diurnes sont nuisibles, les nocturnes sont utiles. Loin de nous cependant la pensée de dire que certains diurnes ne se nourrissent quelquefois, et faute de mieux, de rongeurs qui nuisent à nos récoltes; mais ce sont là jeux de princes, non... d’affamés! et semblable nourriture ne leur plaît que médiocrement.
Appelons faucons, pour abréger et pour déterminer d’un seul mot, tous les rapaces diurnes; appelons chouettes tous les nocturnes. Nous remarquerons que, depuis le moyen âge, le nombre des faucons, non-seulement en France, mais dans tous les pays du Nord, d’où l’on tirait ces animaux, a beaucoup diminué.
Pour détruire les oiseaux de proie, deux moyens principaux peuvent être employés, le filet et les pièges : ces derniers portent le nom de pièges à poteaux. Leur efficacité est grande, mais l’installation d’un filet est plus sûre encore. Elle est d’ailleurs si simple et sitôt faite, quand tout est préparé à l’avance, que nous préférons de beaucoup cet engin. On lui donne les noms de tombereau, nappe ou tirasse, selon les lieux et les pays.
Remarquons, avant tout, que le manège du filet en question est une véritable chasse à laquelle on prend un intérêt très-réel , et qu’un coup de filet bien réussi demande de la décision, du coup d’œil et de l’adresse autant qu’un coup de fusil des plus savants.
Occupons-nous donc de tout préparer d’avance :
1“ Il faut se faire deux nappes de filet A, A (fig. 14) en fil extrêmement fin et fort , dont la maille ait 0">.05 de côté. On peut donner à chaque nappe 2 mètres' de largeur sur 4 mètres de long ; ce n’est pas trop. On monte la tête CG du filet, et son pied RR, sur deux fortes ficelles terminées à chacune de leurs extrémités par une boucle T (fig. 15).
2° On prépare deux quenouilles CR, CR {fig. 14) par nappe. Ces quenouilles sont de robustes manches à balai de 2 mètres de longueur, dont le bas est garni d’une vi-
role V (fig. 16), et porte une pointe de fer X se terminant par une boucle ronde interrompue, et à l’autre extrémité une entaille circulaire simule une sorte de tête ü.
3“ Il faut quatre piquets de tournant Q (fig. 17). Ces piquets, de 0'".40 de longueur, sont garnis d’une virole de tête portant un crochet O, et, en face , dans le même axe, une broche recourbée en l’air, N. Le crochet O sert à recevoir la boucle T (fig. 17) de la ralingue RR du bas du filet, et à la tendre aussi fort que possible. La broche N reçoit la boucle interrompue N, soit X, du bas de la quenouille UV (fig. 16). La solution de continuité de la boucle X (fig. 16) doit être juste suffisante pour laisser passer la broche N (fig. 17) ; c’est autour de cette broche que nous verrons tout à l’heure tourner la quenouille UV sous l’appel des cordes de tension G, G.
4® On fera encore cinq fort piquets de bois de O”. 80 de longueur.
5® On aura confectionné le sautereau (fig. 18) qui doit être placé en B (fig. 14) entre les deux nappes. Cet instrument est très-simple. Il se compose d’une petite traverse K, sur laquelle une autre H, double de grandeur, O"». 30, est assemblée à angle droit. Un petit piquet L, L, tient à chaque extrémité de la traverse par une courte ficelle de 0"‘.025, de sorte que, quand les deux petits piquets L et L sont enfoncés en terre, la traverse étendue entre eux sur le sol peut cependant rouler sur elle-même, en raison de la flexibilité des petits bouts de ficelle qui la terminent.
Un troisième piquet J est fiché en terre , derrière le sautereau , et porte une corde I qui vient s’attacher au milieu de la barre verticale KH, en face du point d’attache de la ficelle TS (fig. 14). Si donc on tire sur celleci , la tige verticale se relèvera aussi loin de terre que la cordelette IJ le permettra (fig. 18).
Au haut de la tige verticale , une petite barrette H est fixée, soutenant deux fils de fer courbes sur lesquels on attache un pigeon vivant par le corps, laissant les ailes libres, de sorte qu’en tirant TS (fig. 14), le pigeon, qui reçoit une secousse quand la cordelette IJ (fig. 18) est à bout, agite les ailes et semble s’envoler. Pourvu qu’il soit blanc ou de couleur voyante, on l’aperçoit de très-loin, et un faucon le voit du haut de la nue.
Il est évident qu’un pareil engin ne peut être placé que dans un endroit découvert qui permette d’abord le maniement du filet, puis ensuite qui laisse à la vue du rapace toute sa portée pour l’attirer d’aussi loin que possible. Si l’on tend dans une prairie, il faudra teindre tout en vert, filets et instruments; si l’on préfère s’installer dans un champ , il faudra employer le brou de noix, qui donne une couleur très-analogue à celle de la terre.
L’endroit étant choisi, on enfonce les deux piquets de tournant RR (fig. 14), tendant fortement entre eux la ralingue de bas d’une des nappes A. Cela fait, on passe les quenouilles dans les mailles de côté, et l’on attache à leurs têtes la ralingue CC supérieure. On attache, dans la gorge de ces mêmes têtes, les cordes que Ton appelle les bras, U (fig. 16) : ils ont quatre fois en longueur la largeur du filet A, A. Chacun des bras est tendu fortement et attaché à un piquet très-solide EE, enfoncé un peu en dedans de la ligne RR prolongée. Cela donne plus de rapidité et plus d’aisance au mouvement tournant de la nappe A autour de RR; car tel est le but qu’on poursuit.
Il s’agit de faire tourner les deux nappes A autour de leurs ralingues de base pour qu’elles se rabattent sur l’espace qui tes sépare, en se recouvrant un peu ; et il faut, pour que le filet soit bien monté, que ce mouvement s’exécute avec la rapidité d’un coup de fusil. On y arrive en attachant en C, et à l’autre point semblable de TautCC
■nappe en face, deux ficelles qui vont se réunir à moitié chemin du poste du chasseur, où la troisième est attachée à un solide piquet : le chasseur tient dans sa main une poignée de bois S, mise en travers de la corde, et en tirant brusquement dessus, en soulevant, il fait jouer les nappes qui se referment avec une prestesse inimaginable
pour qui n’a pas mis en jeu ce curieux et très-ingénieux appareil.
De temps en temps, une petite secousse sur la corde TS fait relever le sautereau, et le pigeon-appât bat de l’aile. Dès que l’oiseau de proie aperçoit le pigeon, il fond sur lui et le saisit dans ses serres ; à ce moment, le chas-
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seur fait marcher les filets en tirant sur la corde T : ceux-ci se referment sur l’oiseau, qui est pris. Le chasseur doit apporter le plus grand soin à confectionner la hutte qui le cache, car le faucon a les yeux perçants, et si la moindre chose lui paraît suspecte, il ne fond pas sur la proie qu’on lui offre.
La hutte se bâtit à cinquante ou soixante pas au moins du filet ; il est toujours prudent de la placer dans un bois ou sous une haie dans laquelle on parvient à la dissimuler aussi bien que possible. Dans tous les cas, on fera mieux encore de bâtir sa hutte plusieurs jours à l’avance^ le plus secrètement possible. Si l’on coupe des branches, on aura soin de ne laisser traîner aucun éclat de bois frais : moins l’herbe sera foulée, mieux cela vaudra.
Une fois un faucon pris , il est bon de quitter la place pendant quelque temps, et de ne pas retendre de suite un nouveau pigeon, car presque toujours le premier est blessé par les serres terribles du rapace. Il vaut mieux encore avoir une seconde hutte toute prête dans un bon endroit et y transporter rapidement son appareil.
Les oiseaux carnassiers diurnes recherchent les points élevés , d’où il leur est facile de dominer la plaine au loin et de découvrir les animaux dont ils veulent faire leur proie. En général , ils choisissent comme observatoires les branches mortes à la cime des arbres, les poteaux, les balises, et y demeurent en station des heures entières. D’autre part, presque toutes les espèces emportent leur capture pour la manger à loisir, et ne la déchirent jamais sur terre, à l’endroit où ils l’ont saisie : ils la portent au plus haut de leur observatoire habituel. C’est en constatant bien ces manœuvres que l’on est arrivé au piège à poteau.
Les endroits favorables sont souvent ceux qui se rapprochent le plus de la lisière des bois : aussi convient-il surtout de planter là des poteaux isolés; il vaut mieux, d’ailleurs, en planter plus que moins. On reconnaîtra bientôt ceux qui sont placés aux bons endroits ; ils seront fréquentés et les autres délaissés. On enlèvera les derniers pour les replanter ailleurs où l’on sera plus heureux. C’est parce que, les trois quarts du temps, ces simples précautions sont négligées, que les propriétaires tirent si peu de parti de ces ruses avec lesquelles un garde intelligent dépeuplera de rapaces tout un canton en une saison.
Le meilleur temps pour planter les poteaux est la fin de l’hiver, février ou mars. On les munira de petits échelons de fer aussi espacés et aussi peu visibles que possible. Il vaudrait mieux même n’y faire que des trous, et y monter avec des crampons aux pieds, ou deux échelons mobiles en fer que l’on tient à la main et que l’on enfonce à mesure en montant. On empêche ainsi que les poteaux ne servent de perchoirs à des oiseaux voleurs de viande , tels que la pie, le geai, le corbeau, etc. Le poteau n’étant fréquenté par personne est d’autant plus recherche par l’oiseau de proié, toujours farouche et défiant.
Les poteaux ayant ainsi séjourné pendant quelques mois sans piège, et le relaissé blanc des oiseaux indiquant facilement ceux qui servent souvent, on y pose le piège pendant la nuit. Il est inutile de dire qu’avant de dresser le poteau on a eu soin d’y faire les entailles utiles et les trous de vis destinés à recevoir les deux montants, qu’on a creusé la place du ressort , et que le piège , présenté et numéroté d’avance, y joue à merveille.
La suite à tthe prochaine livraison.