RAILS EN ACIER
L art de construire les chemins de fer a fait un progrès notable en procédant au remplacement des rails en fer par les rails en acier. Nous en avons fait l’objet d’un article il y a six ans ( 1869, p. 238) ; mais la substitution était encore trop récen te et sur trop petite échelle pour que l’on pût avoir des données certaines sur les avantages de Tacier sous le rapport delà durée. On est plus avancé maintenant, et nous trouvons, à ce sujet, des détails intéressants dans la description officielle des modèles que le ministre des travaux publics a envoyés à l’Exposition autrichienne en 1873.
Dés le mois de mars 1866, la compagnie de l’Est avait posé sur une partie extrêmement fatiguée de la voie principale, dans la traversée de la gare de la Villette, soixante rails en acier Ressemer et soixante rails en fer de trèsbonne qualité. Pour égaliser les conditions, elle avait fait alterner le fer et 1 acier par groupes de six rails. Six ans
£) Illustre poëte italien , né à Milan le 8 mars 1785 , mort à Milan le 22 mai 1873. — Voy. la Table de quarante années.
après, l’altératio des rails en fer , qui avaient d’ailleurs inégalement résisté , ne permettait pas de leur assigner, en moyenne, une résistance supérieure au passage de si millions de tonnes brutes. L’usure des rails en acier a été, au contraire, fort régulière et d’un millimètre seulement pour 26 millions de tonnes brutes.
La compagnie du chemin de fer du Nord a pu donner un résultat plus instructif. Ses expériences comparatives faites avec des rails en fer de toute provenance ont démontré que, sur son réseau, on ne pourrait dépasser une circulation de 20 000 tonnes de marchandises pour les meilleurs fers, ni de plus de 14000 tonnes pour les qualités ordinaires; mais pour les rails en acier l’usure uniforma avait été régulièrement d’un millimètre seulement pour une circulation de vingt millions de tonnes. Or, les rails d acier étant étudiés en vue d’une usure de dix millimètres, on peut estimer que leur durée devra répondre à une circulation d’au moins 200 millions delonnes, dépassant dix fois celle des meilleurs rails enfer. On a reconnu, déplus, par des essais de compression et de rupture, que la résistance de l’acier était au moins le double de celle des matières composant les rails en fer.
Ainsi, pour la régularité de 1 usure, pour la déformation sous le poids du vagon et pour le brisement sous les chocs, on voit que les rails en acier ont une énorme supériorité sur les autres. Cette supériorité assure, dans une forte proportion, non-seulement une économie, mais encore un plus haut degré de sécurité dans l’exploitation.
La compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée était, d avance, tellement convaincue des avantages de l’acier, qu’elle s’était décidée, dés 1867, à ne plus employer que des rails de cette matière au renouvellement de sa voie, sur 860 kilomètres delà ligne de Paris à Marseille. Or, le mouvement dépasse 10 000 trains par année sur chaque voie. Les espérances de la compagnie ont été complètement justifiées par les résultats. Après cinq ans, on n’avait encore observé aucune déformation sur les rails, et l’usure avait été reconnue uniforme. On a constaté sur la section d’essai, après le passage de 40 000 trains, que cette usure dans le sens vertical n’était que de 8/lOes de millimètre; et comme le champignon des rails peut s’user uniformément de dix millimètres et plus, on est en droit de supposer que les rails pourront subir le passage de 500 000 trains,avant d être mis hors de service.
En réduisant à 400 000 trains pour faire la part des accidents et des erreurs, et par comparaison aux 80 000 trains que supportent seulement les rails en fer, on voit que la durée de l’acier sera au moins cinq fois plus grande que celle du fer. Dans 1 article de 1869, on ne s’élevait que timidement jusqu’à l’hypothèse d’une durée triple. L’amélioration que l’on prévoyait, sous le rapport de l’économie seulement, est donc de beaucoup surpassée par l’expérience.
^ La compagnie du Midi , celle de l’Ouest et celle d’Orléans emploient aussi des rails en acier sur les sections les plus fréquentées de leurs réseaux.
LES POISSONS COUVEURS.
Voy. les Tables.
LE GOÜRAMI.
On a souvent parlé du gourami {Osphromenus olfax, Corn.) depuis le commencement du siècle; Lacépéde, en 1802, appelait sur lui l’attention des savants. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire espérait qu’il serait facile de l’acclimater dans notre pays. Jusqu’à ce jour cette espérance ne s’est pas réalisée.
Quelques gouramis parvinrent, en 1867 , au Muséum de Paris; ils n’y vécurent pas plus d’un an. La température de nos eaux paraît être trop froide pour eux.
Si l’on préjuge des mœurs de ce poisson d’après ce que l’on connaît d’autres espèces de sa famille, et particulièrement d’après les observations faites à Bourbon où il s’est parfaitement multiplié, le gourarai aime les eaux chaudes, dormantes, tranquilles, un peu boueuses, bien que sa chair n’ait jamais un goût de vase. Il se nourrit de toutes sortes de choses : feuilles d’aroïdées, caladiums divers, chou, laitue, laiteron, patience, carotte, pain bis, manioc, riz cuit, patate, arrow-root, herbes crues, insectes, viande, grenouilles, etc. etc.
Il faut au gourami, afin qu’il s’acclimate, non-seulement une bonne température pour ses petits, mais encoie une retraite convenable pour placer son nid , des herbes et du limon pour le construire, et, dans les débris de
plantes aquatiques qui l’entourent, la possibilité de nourrir facilement sa progéniture. A la Réunion , il aime à faire son nid parmi les touffes du Panicmi jumentorum, Pers., qu’on appelle dans le pays l’herbe de Guinée, et qui, émettant un lacis très-serré de racines flottantes, forme des espèces de galeries sous lesquelles le poisson peut se cacher.
Le plus ordinairement, c’est près de quelque îlot, au milieu des herbes du fond, que le gourami attache les matériaux entrelacés d’un nid sphérique de 1 5 centimètres de diamètre, rappelant tout à fait celui de certains petits oiseaux, des sénégalis par exemple. Le mâle et la femelle travaillent ensemble avec le même zèle : en une semaine au plus , le nid est terminé et formé de filaments d’herbes artistement entrelacés et consolidés avec du limon, Dans les viviers , on peut aider le gourami à faire cette construction en attachant une botte de racines fines de chiendent à
une perche feuillue de bambou que l’on enfonce dans l’eau : il s’empresse de délier les tiges de chiendent et d’en faire son nid parmi les branches du bambou, absolument comme un ver à soie fait son cocon dans un brin de bruyère qu’on lui présente.
Le nid fait, tant au moyen de sa bouche que des filaments articulés, vrais organes tactiles que le poisson a sous la gorge et qui sont une modification des nageoires ventrales, la femelle y dépose un millier d’œufs qui éclosent rapidement. Ceci se passe en septembre et en mars. Les petits demeurent pendant les premiers jours dans le nid dont les matériaux macérés leur servent de nourriture, puis sortent à mesure que leurs forces augmentent, et, toujours réunis, sous la conduite du père très-probablement,
s’éloignent de plus en plus de leur berceau. 11 y a ici une certaine incertitude dans l’observation : quelques auteurs croient que la mère reste avec eux, nous ne le pensons pas. Tons les poissons nidificateurs voient la femelle s enfuir et se cacher dès qu’elle a déposé ses œufs ; le gourami serait une exception.
Les jeunes, dans leur premier âge, autour du nid, traînent après eux, au lieu de vessie ombilicale, deux larges appendices qui s écartent dans 1 eau et semblent les maintenir en équilibre, ainsi que le feraient deux câbles. Comme aliment, on assure que le gourami est le meilleur et le plus délicat de tous les poissons connus.
Le Géiunt, J. BEST.
ris. — TvuoffraDliie de J. Best, rue des Missions, 15,