INDES NOIRES
Qui connaît les Indes noires?
On sait que les Indes orienlales sont doux vastes et riches presqu’îles du midi de l’Asie, séparées par le Gange.
On parle, dans les vieux livres, des Indes occidentales, qui ne sont autres que l’Amérique, à laquelle ce nom fut donné dans l’origine, lorsque Christophe Colomb croyait qu’en se dirigeant vers l’ouest il rencontrerait l’extrémité des Indes, après avoir parcouru la plus grande partie du tour du globe.
On cite avec un certain respect VInde néerlandaise, très-productive possession de la Hollande, au sud-ouest de l’Asie, et qui se compose de plusieurs groupes d’îles magnifiques : Sumatra, Roméo, Java, etc., renfermant 17 millions d’habitants.
Quelquefois un souvenir mélancolique nous revient à l’esprit sur VInde française, qui s’annonçait d’abord avec tant d’éclat, et qui se borne aujourd’hui à cinq ou six villes ; Pondichéry, Chandernagor, etc., et à un territoire à peine plus étendu que le département de la Seine, tout au plus peujjlé de 225000 âmes.
Énfin, le nom connu de la ville de Goa surnage seul dans les annales pour rappeler Vhide portugaise, petite contrée, mais un peu plus étendue et plus populeuse cependant que l’Inde française.
Quant à VInde anglaise, tout le monde la connaît. C’est, après la Chine , le pays du monde où la population est le plus considérable. D’après les rapports et recensements les plus récents, la reine d’Angleterre y règne, directement ou par tributaires, sur 240 millions de sujets renfermés dans une superficie de 950919 milles carrés, ou environ six foisctdemiel’étendue de laFrance. On yavait, dès 1872, livré des chemins do fer au public sur un par-, (') .!. Tlioiii •un.
cours de 8 374 kilomètres, sans compter 3 946 kilomètres en construction ; le mouvement commercial des importations et des exportations s’y élevait, à la même époque, au chift're important de plus de deux milliards ,?t demi. Quelle inépuisable source de profits pour l’Angletorre et les Anglais, qui sont les agents privilégiés de cet énorme mouvement !
i Mais dans cette nomenclature de toutes ces Indes, on continue à demander : « Que sont les Indes noires et où sont-elles? »
Elles sont en Europe, sous le sol même de la richissime Angleterre, qui a donné ce nom original et significatif aux bassins hoiiillers dont elle est si libéralement pourvue. Cette énergique expression dénonce suffisamment la valeur inouïe de ces dépôts de charbon qui entretiennent la prospérité industrielle, commerciale et maritime de l’empire Britannique, et qui, tout en offrant une importance peutêtre équivalente à celle de l’Inde, se trouvent à l’abri des coups du sort, des soulèvements populaires, de l’avidité des voisins et des hasards de la guerre.