‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 295 sur 712 · SIX CAPITAINES POUR UN NAVIRE · texte numérisé non relu

SIX CAPITAINES POUR UN NAVIRE

Dans le port de Hong-kong, nous eûmes l’idée de mon- • ter sur le pont d’une jonque , où nous trouvâmes l’équipage manœuvrant pour mettre à la voile. Soudainement les matelots laissèrent là leurs câbles et leurs fruits, et, avec des gestes de fureur, s’avancèrent pour nous barrer le passage. Nous demandâmes les capitaines, qui sont en général au nombre d’une demi-douzaine ; car ces jonques sont construites par compartiments étanches, et' chaque propriétaire d’une cargaison est capitaine pour ce qui concerne le compartiment où sont emmagasinées ses marchandises. Si donc il y a six compartiments, il y a six capitaines, et chaque capitaine a un sixième de commandement sur le navire. Le résultat de cet arrangement équitable est que l’équipage est quelquefois sommé de naviguer dans six directions différentes à la fois, et dans ce cas l’équipage se décide à en faire à sa tête, ou à consulter Joss (l’idole), qui, dans sa niche, au fond de sa cabine, oppose un front serein à toutes les tempêtes de la mer et du bord. Il arriva que sur la jonque où nous montâmes il n’y avait que deux capitaines ; mais tandis que l’un des deux désirait être poli envers nous, l’autre voulait nous jeter à l’eau. On nous pria d’attendre que Joss eût été consulté. L’idole, paraîtil, décida qu’on nous ferait bon accueil; car les capitaines et l’équipage revinrent, et joignirent leurs efforts pour m’aider à prendre une bonne photographie du pont de leur navire. (')

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