‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 316 sur 712 · ÉLOCUTION · texte numérisé non relu

ÉLOCUTION

Il existe une faculté que chaque homme devrait cultiver suivant sa capacité, mais que généralement le peuple néglige, c est la facilité d exprimer ses idées. L’homme n’a pas été créé pour renfermer sa pensée en lui-même, mais pour lui donner une voix et l’échanger avec d’autres pensées. La parole est une des grandes distinctions entre nous et la brute. Notre puissance sur les autres n’est pas tant dans les idées qui sont en nous que dans la puissance de les produire. Un homme d’une vigueur intellectuelle plus qu’ordinaire peut n’être qu’un zéro dans la société, faute de savoir parler. Non-seulement on acquiert de 1 influence sur les autres, mais encore on aide grandement à sa propre intelligence en donnant à sa parole une expression nette, précise, puissante. Nous nous comprenons mieux, nos conceptions deviennent plus claires par l’effort même que nous faisons afin de les rendre claires pour ceux qui nous écoutent.

Notre rang dans la société dépend beaucoup de cette facilité d’expression. La principale distinction entre ce que nous appelons l’homme du monde et l’homme du peuple, consiste en ce que le dernier est gauche dans ses manières et manque de justesse, de clarté, de grâce et de force d’expression. L’homme qui ne peut ouvrir la bouche sans violer une règle de grammaire, sans parler avec un accent barbare ou grossier, sans montrer son manque d’éducation, ou sans obscurcir sa pensée par un langage confus ou maladroit, ne peut occuper fe place à laquelle son bon sens lui donnerait des droits. Pour avoir des rapports avec la bonne société, il faut parler comme elle. Aussi je suis charmé qu’on enseigne la grammaire et une prononciation correcte dans les écoles publiques. Ce ne sont pas là choses futiles ni superflues pour personne. Elles permettent d’acquérir dans le monde ces avantages d’où dépend souvent notre perfectionnement. Acquérir une certaine facilité de parole devrait entrer dans tous les plans d’éducation personnelle. (*)

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