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LE POTAGER D’APPARTEMENT

PERSILLÈRE. — COUCHES A CHAMPIGNONS.

Parmi les végétaux qui entrent dans les préparations culinaires, il en est peu qui soient plus utilement employés que le persil et les champignons. Le persil entre dans la préparation de presque tous les mets, et orne les plats de friture, de bœut, etc. Quant aux champignons, combien de sauces doivent toute leur valeur à leur arôme délicat ! Aussi entend-on souvent les maîtresses de maison se plaindre que le persil disparaisse complètement pendant l’hiver ou devienne hors de prix, et qu’il soit souvent si difficile et même impossible (à la campagne, par exemple) de se procurer des champignons fraîchement cueillis : aussi nous saura-t-on peut-être gré d’indiquer les moyens de cultiver chez soi, toute Tannée, à Paris même, persil et champignons.

Les Hollandaises, si appliquées dans tout ce qui concerne le confort, ont inventé la persillère.

Qu’on se figure un énorme pot cylindrique percé de‘ trous tout autour. Dans ce pot, on jette un peu de terre,' puis on fait passer la racine de plants de persil au travers des trous, en laissant au dehors les feuilles depuis leur base; on met dessus une seconde couche de terre; on garnit la seconde rangée de trous comme la première, et ainsi de suite. Au sommet du vase, on plante quelques pieds de persil verticalement. Pour faciliter et régulariser 1 arrosage, on peut introduire au centre de la persillère.

j usqu au fond , un tube de terre cuite percé de trous , et dans lequel on verse l’eau. On coupe toutes les feuilles d’un même pied d’un seul coup, et on s’arrange de façon à avoir fauché tous les pieds les uns après les autres à la fin du mois. A cette époque, le premier plant coupé est couvert de nouvelles feuilles, et on recommence. En hiver, on place la persillère à la cuisine, près de la fenêtre, sans quoi les plantes s’étioleraient.

On n’a besoin de renouveler les plants de persil que tous les deux ans. On vend à Paris des persilléres en terre cuite, assez élégantes, 3 fr. 50 c. seules, et 6 francs avec le tube d’arrosement ; mais nous croyons qu’il est tout aussi bon de se servir d’une boîte ou d’un pot à fleurs de grés que l’on perce soi-même.

On peut aussi semer le persil dans quelque pot que ce soit, et, six semaines plus tard, il lève.

Le temps est loin où Adrien Tournebus croyait expliquer la production des champignons en les comparant aux bulles qui se forment à la surface d’un fer chaud sur lequel on laisse tomber de 1 eau. Aujourd’hui îiul n’ignore que le champignon est la fleur d’une plante souterraine qui apparaît, lorsqu’on creuse le sol, sous la forme de filaments blanchâtres entremêlés et velus. Dans le commerce, on donne à ces filaments le nom de blanc de champignon, et on les vend 1 franc le mètre carré.

On se sert de deux procédés différents pour faire des couches de petites dimensions , qui suffisent à alimenter les cuisines d’une maison bourgeoise.

Voici le procédé du baron Vanderlinden. Dans un tiroir de sapin verni à l’intérieur, il met de la bouse de vache séchée et fortement humectée d’eau dans laquelle il a fait dissoudre du salpêtre. « Je la fais tasser, dit l’agronome belge, avec les pieds, à l’épaisseur de 10 centimètres environ, toujours en y mêlant un peu de terre jetée à la main ; je sème ensuite le blanc de champignon, sans le briser trop, avec un peu de terre et de bouse de vache (5 centimètres seulement) ; après l’avoir entassée, je couvre le tout de 25 millimètres de terre ; si la terre se dessèche trop, il faut l’arroser légèrement et à plusieurs reprises, pour humecter également la couche sans la noyer ou la détériorer, et, deux mois après, elle sera couverte de champignons et ne cessera plus d’en donner abondamment pendant deux années. A cette époque, il faut la démolir pour renouveler la bouse et la terre, mais on peut se servir du même blanc de champignon, lequel a doublé devolume. Lorsqu’on cueille les champignons, il faut les tordre vivement afin de les détacher sans détruire les jeunes agglomérés autour de leur base. « Indiquons maintenant le procédé du docteur Labourdette. Il se sert d’un sol humide composé de terre végétale de maraîcher et couvert de sables et graviers de rivière (25 centimètres); sur ces graviers, il dispose' un ut de 15 centimètres d’épaisseur de plâtras de démolition, et y sème son blanc ; le docteur l’obtient en secouant , de façon à en faire tomber les graines ou spores microscopiques, un chapeau de champignon au-dessus du sable humecté d eau. Il arrose sa couche avec de l’eau contenant assez de salpêtre pour qu’il en tombe deux grammes par mètre carré de couche. Six jours plus tard se développent de monstrueux champignons , pesant 600 grammes (plus dune livre) en moyenne. Nous en avons mangé, et nous pouvons répondre que leurs dimensions gigantesques n’influent en rien sur leurs qualités culinaires.

Le procédé du docteur Labourdette ne peut guère être rais en pratique que dans une cave ; mais celui du baron Vanderlinden est applicable partout : dans la cuisine, sur les bibliothèques, derrière les étagères de fleurs, dans les greniers et les écuries. Seulement, selon l’excellente observation de M. Salles, il est bon, lorsqu’on veut opérer

dans une pièce éclairée , de couvrir la couche à champignons d’un lit de cette mousse veloutée, fine et serrée, qui tapisse les arbres.

L’établissement d’une couche de 1 mètre carré de surface; coûte : fumier, 1 fr. 50 c. ; blanc, 1 franc ; en tout, 2 fr. 50,| et donne chaque jour environ une livre de champignons valant de 50 à 75 centimes; par an, 225 francs.

^ Nous engageons ceux de nos lecteurs qui voudraient s’occuper des couches à champignons à tenter de multiplier par des procédés analogues les ceps, la morille, la chanterelle, les clavaires, la truffe, etc., tous les cryptogarnes qui, jusqu’ici, ne se recueillent qu’à l’état sauvage. S’ils arrivaient à en rendre la culture aussi aisée que celle du champignon du commerce ( mousseron comestible), ils auraient rendu un grand et service à l’art du maraîcher.

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