PREMIÈRE ET DEUXIÈME QUESTIONS
Avez-vous observé qu’une aptitude à être plus habile et à produire davantage fût le résultat d’une meilleure instruction?
Ceux qui savent lire et écrire ont-ils par ce fait seul plus d’habileté professionnelle et plus de moralité que ceux qui ne le savent pas? •
S’ils ont une certaine supériorité, à combien peut -on l’évaluer, et quelle est l’augmentation de salaire qui en résulte?
RÉPONSES
M. Samuel Thomas (extraction et fabrication du fer, à Zanesville, État d’Ohio) :
« Personne chez nous ne met en doute la supériorité des hommes qui savent lire et écrire sur ceux qui ne le savent pas. Les ouvriers qui ont reçu quelque instruction n’ont pas besoin d’être aussi surveillés; l’économie de ^e chef pour les chefs d’industrie est an moins de 10 pour 100. Ils ont toujours à se plaindre des ouvriers illettrés, dont l’ouvrage est mal fait et qui travaillent moins. J’évalue encore à 10 pour 100 l’économie qu’ils réalisent avec de bons ouvriers. »
M. Barllett, industriel à Lowell, État de Massachusetts (filature de coton) :
« Nos ouvriers savent tous liré et écrire ; ceux qui ne le savent pas sont généralement des Irlandais ou des Français du Canada. «
M. Harris, manufacturier à Boylston, Massachusetts (filature de laines) :
« Je ne trouve que peu ou pas de différence au point de vue de l’habileté entre les ouvriers instruits et les ouvriers illettrés. Mais il y en a une très-grande au point de vue de l'assiduité au travail : ceux qui ont été à l’école sont bien moins enclins à « flâner » et à perdre leur temps en disputes.
» J'ajoute que le jour de la paye, il est plus agréable d’avoir affaire à ceux qui peuvent faire leur compte qu’à ceux qui, en étant incapables, se croient toujours trompés. )'
M. Adams, cordonnier, membre de sociétés coopératives, à Cleveland, Ohio :
« Ceux de nos ouvriers qui ont de l’instruction sont plus habiles et ont de meilleurs procédés de travail; les ignorants sont toujours enclins à la routine.
)’ Ceux qui savent seulement lire et écrire sont de meilleurs ouvriers que les illettrés; ils sont plus consciencieux et produisent 25 à .30 pour 100 davantage. »
M. Thomas Bonnsill , entrepreneur de maçonnerie en Angleterre et à New-York :
« En principe, les ouvriers instruits sont les meilleurs, surtout pour les travaux difficiles ; mais pour porter V oiseau, je préféré celui qui ne sait ni lire ni écrire. Bien certainement, celui qui a reçu de l’instruction fera un meilleur mortier que celui qui est illettré, et sa connaissance des ciments lui permettra de demander et d’obtenir un salaire plus élevé. »
M. Howell, à Covington, Pensylvanie (fabrique de cristaux) :
« Les ouvriers qui savent lire et écrire, alors même qu ils n ont pas d’autre instruction, montrent plus d’habileté que les illettrés. On a moins de peine avec eux; ils comprennent plus vite, et leur travail est meilleur. »
M. John Cooper, ouvrier plombier, à Albany, État de New-York :
« L’homme qui sait lire et écrire est généralement préférable à celui qui ne le sait pas. Il est plus facile de lui faire comprendre ce qu’il doit faire, et si l’on n’est pas constamment prés de lui, on peut lui donner des instruc-j tiens par écrit, ce qui évite les ennuis d’une surveillance i continuelle; c’est là un résultat très-désirable, et qui suf-, firait pour faire rechercher davantage les ouvriers in-'^ struits »
M. Hodgkins, président de la société de Trades Union, à Détroit, Michigan ;
« Un ouvrier qui ne sait ni lire ni écrire s’élève rarement au-dessus de la situation des ouvriers ordinaires. 11 faut au moins l’instruction primaire pour mettre un homme ou une femme en état de diriger ou de surveiller un atelier, et même pour faire des ouvriers habiles. Dans la plupart des professions, les salaires sont en rapport avec l’habileté et l’intelligence de chacun. »
M. Owen, à Indianapolis, Indiana (ouvrages en fer) ;
« Membre actif des sociétés ouvrières depuis plus de vingt ans, j’ai toujou>rs observé que le meilleur ouvrier est celui qui a le plus d’instruction.
» Il est très-rare que les ouvriers qui travaillent le fer ne sachent ni lire ni écrire ; mais leur travail est si pénible et si prolongé, qu’ils ne peuvent guère pousser plus loin leur culture intellectuelle, »
M. J. M. Mundella, membre du Parlement anglais pour le canton de Sheffield (tissage de laines) :
« Je puis dire qu’un homme instruit apprend toujours plus facilement son métier et exige moins de surveillance que celui qui est illettré. S’il ne sait que lire et écrire imparfaitement, l’avantage n’est pas considérable ; mais s’il peut le faire couramment, cette connaissance lui est trèsutile dans son métier comme dans toutes les affaires de la vie.
» On a signalé au Parlement anglais de graves accidents survenus dans la teinture, la blanchisserie, etc..., qui ont eu pour cause des erreurs dans des manipulations chimiques, et qui n’auraient pas eu lieu si les ouvriers avaient su lire...
» Je pense qu’il est impossible de dire exactement de combien l’instruction peut augmenter le taux des salaires ; cela dépend de la nature du travail.
»... L’homme un peu instruit comprend mieux le fonctionnement des lois économiques auxquelles son travail se trouve soumis. Mes observations personnelles m’ont amené à penser que la plupart des grèves d’ouvriers sont la conséquence d’une ignorance profonde, et que presque partout les actes de violence et d’intimidation sont le'fait de gens sans instruction.
» Il arrive souvent que plus les machines employées sont perfectionnées, plus il faut d’intelligence de la part de ceux qui les dirigent. On a observé en Angleterre que pour manier les nouvelles machines agricoles l’intelligence était beaucoup plus nécessaire qu’avec les anciennes. Un ouvrier instruit obtiendra toujours d’une bonne machine plus de résultats qu’un ignorant, parce qu’il saura la faire travailler dans de meilleures conditions. »
M. Salomon Phineas, fabricant de cigares, à Boston et à New-York :
« A quelques exceptions près, les ouvriers les plus in-j telligents et les plus adroits sont ceux qui ont reçu de l’instruction.
» En général, les illettrés ont des habitudes moins régulières et sont plus souvent adonnés à l’ivrognerie, ce qui amène naturellement la démoralisation et la négligence dans le travail. Les ouvriers intelligents sont, en définitive, ceux qui produisent le plus, et, d’après ma propre expérience, j’évalue cette différence à 25 pour 100.
Ils ont im sentiment plus élevé de leur responsabilité, et font plus d’efforts pour se perfectionner et pour ne pas perdre leur place. »