LA MAISON D’UN AMATEUR DES SCIENCES
Il nous a été donné de visiter la maison d’un ami des sciences, riche amateur, qui a réuni chez lui tout le confort auquel les progrès de l’industrie peuvent donner naissance, et tous les objets qui sont susceptibles de faciliter l’observation de la nature et l’étude de la science. Il a fait de sa demeure un séjour délicieux, mais sans futilité; le bien-être, le luxe même, apparaissent, mais uniquement dans la mesure où ils peuvent favoriser les méditations, le travail, ou fournir des distractions utiles.
La première chose qui frappe la vue quand on pénètre dans l’antichambre de cette maison, c’est une grande cage de fer, qui glisse facilement dans des rainures, par le jeu d’un mécanisme très-simple, et qui entraîne le visiteur aux appartements de l’étage supérieur, sans qu’il ait à prendre la peine de gravir les marches d’un escalier. Cet ascenseur est construit dans les meilleures conditions de simplicité et de solidité. C’est une grande tige métallique, de lahaufeur de la maison , et qui peut inférieurement descendre dans un cylindre qui l’entoure et pénètre dans le sol.
(') Voy. t. XXIV, 1856, p. 41.
C) Voy. t. XXXV. 1867, p. 45.
L’eau de la ville est introduite au-dessous de cette grande tige, qiü forme piston : quand on lui ouvre une issue, au moyen d’un robinet, elle détermine une pression considérable, et pousse la tige , qui monte eu soulevant le , plateau avec les personnes et les poids qui y sont placés. i Le plateau est guidé dans sa marche ; il est entouré d’un ' grillage qui garantit d’une chute les visiteurs ; des banquettes y sont à leur disposition.
C’est surtout l’entre-sol de la maison, dont nous donnons une description sommaire, qui offre un réel intérêt. Là sont réunies les collections scientifiques et les diverses salles spéciales où le maître de la maison peut se livrer à l’étude de telle ou telle branche de la science. Le salon n’offre rien de particulier; mais il communique, par une grande porte à plusieurs battants, et que l’on peut agrandir à volonté, avec une petite salle de spectacle, simple et confortable, où se donnent de véritables représentations scientifiques. La scène permet d’organiser des curiosités optiques du plus haut intérêt : on peut y figurer les spectres lumineux, ou projeter sur un écran des photographies, des vues de voyages, des échantillons de fossiles , etc., à l’aide de la lampe oxhydrique.
A droite, trois salles successives contiennent les livres, la collection d’histoire naturelle et le cabinet de physique. Dans la première, des rayons s’étendent à portée de la main, et les livres qui y sont placés semblent s offrir d euxmêmes au lecteur. Dans la seconde et dans la troisième, des étagères vitrées sont garnies de pierres et de roches, étiquetées et classées avec ordfe. Ces étagères reposent sur un soubassement à tiroirs dans lesquels sont contenus des herbiers.
Le cabinet de physique comprend un grand nombre d’instruments divers, qui permettent de répéter les expériences fondamentales de l’électricité, de 1 optique, etc.
A la sortie de cette série de salles , on pénètre dans la cour de la maison, au fond de laquelle est l’aquarium d eau douce, où des poissons de toutes sortes peuvent être examinés et étudiés à travers le cristal d’une glace épaisse.
A côté est disposée une serre spacieuse, bien éclairée, où des fleurs charment toujours les yeux.
Puis viennent successivement différentes salles destinées à divers genres d’étude : observatoire météorologique, chambre noire, laboratoire de chimie, etc. Ajoutons, des à présent, que toutes les dispositions les plus favorables à l’agrément et à la salubrité de la maison ont été prises d’après des principes rationnels et scientifiques.
En été, une douce fraîcheur fait partout sentir son influence : c’est que les fenêtres ne sont pas formées d’un simple châssis vitre. Elles sont doubles, et 1 atmosphère extérieure est ainsi séparée de l’intérieur par une couche d’air emprisonnée dans la double fenêtre. Cette couche d’air, placée entre deux vitres, constitue le meilleur isolant que l’on puisse imaginer ; en été, il empêche la chaleur extérieure de pénétrer par conductibilité dans la maison ; en hiver, il conserve la température produite par un excellent système de chauffage. ^
Un calorifère placé dans la cave distribue méthodiquement la chaleur dans tout l’édifice, par des tuyaux où 1 aii chaud circule et se répand dans toutes les pièces , dans les corridors, et dans toute la maison.
Les conduites de gaz sillonnent également les plafonds de toutes les salles, et la lumière peut se produire partout aussitôt qu’on ouvre un simple robinet. Grâce au calorifère, on peut avoir à sa disposition une abondante provision de calorifique, qui fournit constamment de grandes quantités d’eau chaude, pouvant s’utiliser pour préparer des bains ou pour la lessive du ménage.
Des sonneries électriques permettent d’avertir les ser-
vitfiurs de la maison ; chaque fil corcespond à un signal spécial, quelques-uns indiquenl l’objel ou le genre de travail dont il est question. Des tuyaux acoustiques permettent d’établir une véritable conversation du haut de la maison au sous-sol, où sont situées les caves et la cuisine.
Au premier étage, des systèmes de glaces inclinées sont placés aux fenêtres, de telle façon que de la chambre où l’on se trouve, il est facile de voir, par réflexion , la personne qui se présente à la porte d’entrée , et de suivre le mouvement des promeneurs qui passent , tout en restant commodément assis dans son fauteuil.
Dans toutes les parties de cette installation, on rencontre à chaque pas quelque surprise inattendue qui facilite le service ou ajoute au confort de l’intérieur.
Tout le monde ne peut évidemment pas grouper dans sa demeure tous les appareils et les systèmes que nous avons vus dans cette maison si remarquable ; mais , à défaut de l’ensemble, on peut reproduire et organiser suivant ses goûts quelque partie spéciale de l’édifice que nous allons étudier de plus près.
La suite à une frochaine livraison.