Tome XLIV. — FÉvmEn
depuis son achèvement au château de Dampierre , où un petit nombre de personnes seulement ont été admises à la visiter. Elle y occupe une place d’honneur à l’une des extrémités du grand salon dit de Louis XIII, où l’on peut voir aussi la célèbre Minerve d’or et d’ivoire exécutée par
Simart (*), d’après les conseils et sous la direction du duc de Luynes, à l’imitation de celle de Phidias, et, plus difficilement, la fresque admirable mais inachevée d’Ingres, l’Age d’or, perpétuellement couverte d’un rideau.
En commandant cette statue, vers 1841, au sculpteur, dont le talent était alors dans toute sa force (le groupe du De^part de l’arc de triomphe de l’Étoile était dès lors découvert, et il venait de terminer les trois figures représentant le Baptême du Christ (') qui décorent les lonts baptismaux de l’église de la Madeleine), le duc de Luynes avait voulu rendre hommage au prince à qui sa famille doit son élévation. On sait que, vers 1615, le roi s’attacha à un gentilhomme de Vaucluse, pauvre et de belle mine, qui faisait partie de sa maison. Charles d’Albert de Luynes excellait à dresser les oiseaux de proie pour l’espèce de chasse qu’on appelait « la volerie. » Une charge de « maître des oiseaux du cabinet » fut créée en sa faveur. Ce fut le point de départ d’une grande fortune. Habilement gouvernée , elle survécut à celle de puissants personnages qui l’avaient vue naître et n’en avaient point d abord pris ombrage. Louis XIII, qui ne sut jamais être roi, avait besoin de ministres pour l’assister dans ses jeux , comrne pour porter à sa place le fardeau des affaires d État.
Il avait treize ans quand il se lia avec Charles d’Albert. C’est à ce moment de sa vie, ou seulement âgé de deux ou trois années de plus, qu’il est représenté dans la statue de Rude. Son costume, riche et élégant, est celui qui convient aux exercices auxquels il aimait à se livrer avec son favori. Botté, éperonné, les mains gantées, la cravache à la main, il est prêt à partir pour lâchasse. L’attitude est fière, le visage hautain ; mais toute la figure est pleine de grâce et de distinction. La statue, fondue en argent par Richard, dans les ateliers de Eck et Durand, ne fait pas moins d honneur au fondeur qu’au statuaire. Les trais de fonte (sans compter le métal) s’élevèrent à 12 000 francs. Rude, pour sa rémunération, demanda 6 000 francs. Le duc de Luynes lui en envoya dix mille.
Le piédestal est en bronze. La face antérieure porte la dédicace du monument , la face postérieure la signature de l’artiste. Sur la face latérale, on voit, d’un côté, le médaillon du connétable de Luynes ; de l’autre, les armes de la famille. Des génies placés aux angles du piédestal portent les armes du connétable, les armes et la couronne royales.