SUR LE PRÉJUGÉ DU VENDREDI
Les marins avaient jadis, et beaucoup ont peut-être encore, de la répugnance à s’embarquer le vendredi. Au mois de décembre 1675, il arriva qu’un ordre de mettre à la voile , donné au chevalier de Valbelle , commandant d’une escadre, ne put pas être exécuté par suite du « scrupule qu’ont les matelots de partir le vendredi. » Colbert en informa Louis XIV, qui, fort mécontent du préjudice que causait ce refus d’obéir au bien de son service, fit écrire k M. de Vivonne de Saint-Germain, général des galères, afin qu’il eût à s’entendre à ce sujet avec le sieur Arnoul, intendant de la marine à Toulon. Le grand roi prescrivait que l’on recherchât les moyens d’ôter ce scrupule de l’esprit des matelots , et que , si on l’estimait nécessaire, on fit agir pour cela l’autorité spirituelle, c’està-dire M, l’évêque de Toulon. Il était même disposé à expédier une ordonnance spéciale sur ce point. (^)
M. Jal, qui rapporte ce fait, ajoute que, malgré tout, le roi ne parvint pas â déraciner entièrement ce préjugé dans la marine, et il cite un passage du curieux journal du voyage de Siam , par l’abbé de Choisy , où cet ecclésiastique dit que quand même il y a ordre de partir le vendredi, on remet au lendemain en faveur des matelots bretons, curieux observateurs de ces bagatelles. »