L’ARCHÉOLOGIE ET L’INSTITUTEUR
^ L’archéologie est une science qui est appelée à rendre d’éminents services à l’histoire; elle a pour but, en effet, « de faire servir l’étude des monuments à l’explication des faits de l’antiquité. »
Naguère encore cette science était dans l’enfance ; mais depuis un certain temps elle grandit, elle fait de rapides progrès, et la phalange dévouée qui la cultive aujourd’hui, et qui va chaque jour en grossissant, donne lieu d’espérer dans le présent, mais surtout dans l’avenir, les résultats les plus brillants.
Les villes , avec leurs édifices célèbres, les monuments antiques, les ruines importantes répandues sur le sol de notre pays, tout ce qui a eu un certain renom est ou a déjà été l’objet de recherches actives, d’études consciencieuses. Néanmoins, il reste beaucoup à faire encore.
En effet, dans nos campagnes, il existe des vestiges nombreux du passé, souvent modestes, il est vrai, mais assez intéressants encore et capables d’appeler et de fixer l’attention.
A de très-rares intervalles, des amis dévoués de la science archéologique viennent bien faire des excursions parmi nous; mais, faute de renseignements précis, d’indications suffisantes, leurs recherches si louables sont assez ^souvent frappées de stérilité. Et cependant ils ont peut-etre, et sans trop s’en douter, passé ici à cèté de
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ruines romaines ou du moyen âge ; là , près de quelque sculpture ou d’un autre produit de l’art ou de l’industrie antique ; ailleurs , une trouvaille de monnaies ou de médailles a échappé à leurs investigations, et c’était peut-être un trésor de science qui est allé se perdre (ce fait s’est reproduit assez souvent) entre les mains d’un spéculateur avide ou d’un industriel ignorant, qui a livré des bron^s importants au creuset pour en retirer du métal !
Ily alà, certainement, un vaste champ à exploiter au point de vue archéologique , une ample moisson à faire, une surveillance active et incessante à exercer , pour que les vestiges intéressants des siècles passés que le temps a respectés nous soient conservés.
Pour cela, il serait à désirer qu’il y eût dans chaque localité ou tout au moins dans chaque groupe de trois ou quatre communes, un homme chargé officieusement de remplir cette mission de surveillance, et, en quelque sorte de déblayer le terrain pour faciliter les recherches; un homme zélé qui accomplît cette tâche comme un pieux devoir, avec dévouement, dans l’intérêt de la science et dans un but national, en faisant profiter les collections, publiques de ses découvertes.
Ce but, il est possible de l’atteindre; cet homme, on peut le trouver, c’est l’instituteur.
^ Nul mieux que lui n’est apte à remplir cette utile mission. En effet, il vit au milieu des laborieux habitants des campagnes, qui font à chaque instant des découvertes , et qui lui donneront les renseignements nécessaires pour imprimer une bonne direction à ses recherches; les enfants de son école même, s’il sait les intéresser à sa tâche, seront pour lui des auxiliaires précieux et empressés', qui le tiendront au courant des trouvailles qui pourront se faire au village. *■
Est-ce une charge nouvelle qu’il s’agit ici d’imposer à l’instituteur, déjà suffisamment occupé? On ne saurait qualifier de ce nom une mission qui ne peut avoir rien de pénible à remplir, une mission qui serait, au contraire, de nature à lui procurer des distractions utiles et agréables des promenades pleines de charme et d’agrément dans la belle saison, les jeudis, et pendant les vacances.
Pour peu d’ailleurs qu’il arrivât à prendre sa tâche à cœur et qu’il trouvât du plaisir à pousser ses études vers cette science si attrayante, n’y trouverait-il pas l’avantage de se mettre en relation avec les sociétés savantes des départements, qui l’accueilleraient certainement avec empressement et bienveillance, et ces relations honorables ne lui vaudraient-elles pas estime et considération, même dans sa propre localité?
Ce serait, en outre, pour lui, une occasion de rédiger quelques rapports , de présenter quelques mémoires sur ses voyages, ses remarques, ses découvertes, et ce utiles exercices de style le maintiendraient à la hauteur qu’il doit occuper. Les instituteurs qui négligent leur propre instruction finissent par déchoir; ils se trouvent toujours au-dessous des nouveaux venus dans la carrière : car ces derniers sortent de l’École normale de jour en jour plus capables. ^
En travaillant ainsi avec zèle et désintéressement, en occupant d’une manière si utile ses moments de loisir, il s honorerait, honorerait son litre d’instituteur, et il lui serait certainement tenu compte par ses supérieurs de son travail et de son dévouement.
Mais sa mission même d’instituteur bien entendue , son devoir bien compris, doivent le conduire vers les recherches archéologiques.
En effet, l’enseignement de l’histoire dans les écoles primaires est déclaré obligatoire par la loi récemment votée. Pour cette branche d’études, comme pour la géographie,
il est important de partir du village , de ses environs, du duché , du comté, ou de toute autre subdivision féodale, pour arriver ensuite à notre histoire nationale.
Il est essentiel de faire connaître , dans la mesure du possible, les franchises, les vicissitudes delà localité et de ses environs ; de signaler les faits marquants qui se sont passés dans le pays, les hommes célèbres que la province a vus naître.
Rien n’intéresse plus vivement les élèves, les adultes surtout, que des leçons orales d’histoire ainsi présentées. Rien n’attire plus sûrement leur attention sur les événements, les personnes et les choses, que la vue d’une médaille, d’une monnaie antique ou d’un objet quelconque, quand surtout on peut indiquer l’usage et la provenance de cet objet, ou déchiffrer la date et la légende de la médaille, etc.
Mais quels sont les moyens d’arriver à ce résultat?
Ils sont simples et de deux sortes :
lo Donner à l’École normale quelques notions d’archéologie ;
2“ Répandre des ouvrages élémentaires de cette science dans les bibliothèques scolaires, et en fournir surtout àux instituteurs qui en feraient la demande.
Le petit cours d’archéologie de l’École normale pourrait être seulement considéré commemn complément nécessaire, indispensable de notre histoire nationale, et le professeur d’histoire en serait naturellement chargé. Ce ne serait donc, en quelque sorte, ni une charge, ni une nouvelle branche d’études à introduire dans les écoles normales.
Est-ce à dire que des instituteurs il faut faire des archéologues? Évidemment non. Les notions très-élémentaires données à l’École normale ne développeront le goût de cette science que chez un petit nombre d’élèvesmaîtres; mais elles devront intéresser le plus grand nombre, sinon tous, aux choses de l’aiitiquité, et c’est là le but vers lequel il faut tendre. Les instituteurs ue peuvent pas être, ne peuvent pas devenir des savants; leur ambition doit se borner à être des hommes utiles, et, en présence de l’archéologie, des pionniers de la science chargés de reconnaître le terrain, des sentinelles avancées chargées de surveiller les campagnes, d’éclairer les recherches, et de couvrir de leur protection tous les débris antiques dignes d’intérêt répandus sur le sol de la patrie. (‘)
AGERBI.
Il s’est fait, au commencement du siècle, un assez grand bruit autour du nom de ce voyageur italien , puis tout à coup on a cessé de parler de ses travaux. Pour être juste, cependant , il faut dire que son activité et son savoir ne méritaient pas un tel oubli. Avant la relation de son voyage on ne connaissait guère, en France, les Lapons et leurs tristes rivages que par les récits fantaisistes de notre poète comique Regnard. C’est tout au plus si quelques géographes érudits consultaient sur ces populations du Nord le gros livre de Schœffer et le mince volume de la Martinière, dont les gravures valent mieux, à coup sûr, que le texte.
Joseph Acerbi est né le 3 mai 1773, à Castel-Goffredo, près de Mantoue. 11 avait fait de bonnes études et s’était familiarisé de bonne heure avec les chefs-d’œuvre de la littérature italienne (^).
(') Note lue à la réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne, en 1867, par M. Olry, instituteur à Allain (Meurthe).
(-) On lui doit les premiers volumes d’une grande collection intitulée BibUoteca italicna.
Ce fut en l’année 1799 qu’il entreprit ses explorations dans le Nord ; et pour les rendre aussi utiles à l’art qu’à la science, il s’était adjoint un militaire suédois d’une incontestable habileté dans les arts du dessin , le colonel Skjoldebrand.
Le mouvement intellectuel du Nord attirait alors peu l’attention dans le reste de l’Europe, et les services rendus par l’Académie royale de Stockholm étaient à peine connus en Angleterre et en France. Joseph Acerbi contribua à faire cesser cette indifférence en publiant son livre sur le pays à qui l’on doit le grand Linné. Il a réhabilité aussi, en quelque sorte , par ses récits intéressants , une race longtemps asservie , quoique admirablement douée , les Finnois, dont les ethnographes de nos jours recherchent avec tant de soin l’antique origine et constatent les évolutions à travers tant de siècles écoulés.
Il s’était embarqué en Angleterre. Après un séjour de quelques mois dans la capitale de la Suède, il partit, au mois de juin 1799, pour Tornea, cette Thulé où Regnard prétend que la terre lui manqua. Il n’avait pas dessein de s’arrêter à si petite distance. Il poursuivit son voyage, plein d’admiration pour toutes les grandes scènes de la nature. Voici ce qu’il écrit au moment où il vient de quitter Yervenkile, et où il entre dans un bois séculaire dont il essaye de peindre la majesté :
« Un silence vraiment formidable règne dans cette forêt, et ajoute encore à cette espèce de terreur qu’inspire sa profonde obscurité. Les branches de ces arbres, dont la prodigieuse élévation se conçoit à peine, confondent en se croisant les sombres et épais cimiers de ces colosses , et forment une voûte pour ainsi dire impénétrable à la clarté du jour. 11 n’est rien peut-être de plus imposant dans la nature. Quelle solitude immense ! quelles religieuses ténèbres ! quelle antique majesté ! Et quelle plume éloquente peindra jamais l’impression que porte dans l’ame le nombre incommensurable , la silencieuse fierté et le deuil éternel de ces géants enfantés par la terre? La température est infiniment plus douce dans l’intérieur de ces forêts que celle de l’extérieur, différence extrêmement sensible lorsque l’on y pénétre après avoir traversé des lacs ou des plaines découvertes. Le seul bruit que l’on entende dans cette forêt est produit par les arbres que la gelée fait éclater ; ce bruit est fort, mais sourd et semblable à des coups de canon éloignés. »
De terribles incendies détruisent parfois des pans entiers de ces immenses forêts. Acerbi cherche les causes de ces catastrophes. 11 trouve chimériques presque toutes celles qui ont été plus ou moins admises , et c’est plus lard, en avançant dans ces régions désertes, qu’il rencontre l’une de celles qu’on peut regarder comme les plus plausibles. il a remarqué qu’un lichen prodigieusement épais tapisse en général le sol de ces grands bois; or, qu’un fumeur laisse tomber par mégarde une étincelle sur ce sol où la plante est desséchée , la flamme s’élève , l’incendie commence et détruit la forêt sur un espace de plusieurs lieues. Il faut ajouter que tout grand arbre brûlé appartient, par une étrange concession, au paysan qui s’en empare le premier : il y a là une tentation dangereuse.
Acerbi est exposé à plus d’un péril, surtout lorsque approche la saison où le soleil commence à fondre la glace. Ên beaucoup d’endroits, elle est déjà si fragile qu’il faut être Finlandais pour braver sa ténuité. Souvent l’humble paysan qui a risqué sa vie pour lui être utile s’étonne du présent qui lui est offert et sourit, sans dédain toutefois, de ce qu’on l’a cru nécessaire pour récompenser son dévouement.
C’était sur Wasa que se dirigeaient Joseph Acerbi et le I colonel Skjoldebrand.
«De nouvelles alarmes nous attendaient, dit notre voyageur, et nous les éprouvâmes quand il nous fallut traverser une rivière sur une glace tellement diaphane, que nous apercevions non-seulement le courant et la profondeur de l’eau, mais encore les plus petits poissons.
» Dans le premier moment d’une surprise à laquelle nous étions si peu préparés, nous nous regardâmes comme inévitablement perdus, et nous nous figurâmes que nous allions être engloutis dans l’abîme. Le cheval, étonné luimême, s’arrêta court et persistait à ne point avancer ; mais l’impulsion qu’il avait acquise dans sa course le poussa en
avant, et, malgré lui, il glissa sur ses quatre jambes l’espace de vingt-quatre à trente pieds. »
Cette manière de voyager avec un cheval qui patinait n’était pas très-rassurante. 11 fallut bien s’en accommoder, et ce fut encore grâce à leur bonne humeur et à leur dextérité que nos touristes se tirèrent de ce pas difficile.
A travers ces incidents, on arriva enfin à Wasa, la première ville qu’on trouve en entrant en Bothnie ; cité bâtie en bois, et pleine, à cette époque, des souvenirs qu’y avait laissés le grand Linné.
Ce n’était cependant qu’à üleaborg, par 65 degrés de
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Joseph Acerbi. — Dessin d’Édouard Garnier, d’après un portrait conservé à la Manufacture de Sèvres.
latitude nord, que le vrai voyage aux régions désertes devait commencer. Là encore, la bonté native des Finlandais ne fit jamais défaut aux deux voyageurs et se témoigna partout avec vivacité.
Sur les bords de l’Ulea, on naît fréquemment poète et musicien; mais, à cette époque, en fait de musique, on n’y entendait résonner que le harpu, sorte d’instrument à cordes métalliques, qui a une certaine analogie avec notre harpe, mais qui ne produit que cinq notes. Jamais, au début de notre siècle, les habitants de ce coin reculé du monde n’avaient entendu d’autre harmonie que celle de leur instrument primitif. Il n’y a rien de plus intéressant peut-
être, dans le long récit de notre voyageur, que la peinture de cet élan passionné qui allait jusqu’au frémissement, jusqu’aux larmes même, et dont Acerbi nous raconte les gradations diverses, quand il nous peint la population, si intelligente d’ailleurs, d’Uleaborg , écoutant pour la première fois un quatuor de maître. — Ces bons Finlandais exigèrent que leurs hôtes fissent jouir la ville entière de cette merveille , et nos touristes furent entraînés à la maison municipale où eurent lieu désormais leurs concerts.
Acerbi est peut-être le premier qui ait fait connaître à la France les touchantes cantilènes des Finlandais , en les altérant quelque peu néanmoins; le début du siècle ne
MAGASliN PI ITOG ESQ EE .
comprenait pas encore la vraie naïveté des poésies primitives. Nous pouvons les apprécier aujourd’hui, grâce à
M. Ujfalvy, qui en a donné les textes et les traductions iidéles. (')
A-cerbi et le colonel Skjoldebrand s’étaient concilié 1 affection et 1 estime des habitants d’Uleaborg. Lorsqu’ils annoncèrent leur résolution de se diriger vers le cap Nord, quelques savants du pays, botanistes, géologues ou entomologistes, voulurent d abord les accompagner; mais ce zèle ne se soutint pas jusqu’au bout. Il en fallait, à coup sur, dans la compagnie des vrais Lapons que nos voyageurs durent prendre pour guides et compagnons. Les premiers individus de la race boréale qu’Acerbi rencontra, après avoir été délaissé par ses amis d’Uleaborg, lui inspirèrent dabord du dégoût; leur apathie, leur paresse et leur amour de 1 eau-de-vie, lui firent craindre que le voyage ne fût impossible ; mais il lui fut démontré par une preuve nouvelle qu’il ne faut pas juger les gens sur l’apparence A mesure qu il avançait vers le cap Nord, la race innocente dispersée Çià et là dans ces régions à peu près désertes lui apparut sous des traits beaucoup moins repoussants. Il vit dans ces contrées si peu favorisées de la nature, de bonnes gens qui l’accueillaient comme en Finlande, sans souci de son argent, et qui s’offensaient presque, alors qu’ils prodiguaient aux deux voyageurs leurs richesses (des peaux , du saumon séché , des fromages savoureux , des Mgues de renne), qu’on prétendît les dédommager d’une offre de confraternité. Il est vrai qu’on rencontrait, dans ces pays abandonnés, des Lapons qui ne possédaient pas moins de deux à trois mille rennes, qui les rendaient vraiment opulents.
On ignorait qu’il y eût des paysages admirables à cette extrémité du monde. Acerbi fut émerveillé de la grandeur des lignes et de 1 auguste beauté de la nature; mais il ne put s empêcher de sourire à l’aspect d’une petite église de sept mètres de long, et dont la porte n’avait que trois pieds de haut, qu’on lui recommanda comme le plus bel édifice du lieu. La prière de ces bonnes gens n’en montait pas moins vers Dieu.
Acerbi était plus au courant de leur origine et de leurs anciennes croyances qu’eux-mêmes ; ü possédait l’ouvrage du vieux missionnaire Leems, qui, ayant passé dix ans parmi les Lapons, primitifs, n’ignorait rien de ce qui constituait .ladis leurs mœurs, leurs habitudes et surtout leurs croyances (^). Skjoldebrand , artiste plein de sentiment s intéressait surtout à la nature, comme il l’a bien prouvé par son Atlas et par son étude charmante sur le rossignol
C16S pÔl6S.
Arrivés à Alten le 15 juillet 1799, nos voyageurs voulaient gagner le cap Nord par terre ; les bonnes gens dont lis avaient reçu un si affectueux accueil leur firent observer qu lis en avaient pour quinze jours de marche au
moins en parcourantdeschemins affreux, précisément parce
qu on était en été et que les traîneaux ne pouvaient pas leur servir : ils eurent le bon esprit d’écouter le conseil et ce fut en canot qu’ils gagnèrent le rocher gigantesque ’où finit notre continent (').
^ Notre voyageur et son compagnon étaient arrivés enfin ou tendait leur désir; mais peut-être y a-t-il un peu trop de pompe étudiée dans la façon dont Acerbi fait ses adieux au pays qu il a visité et à ses lecteurs ;
^ « Le cap Nord , dit-il , est un roc dont le front et les énormes fiancs se projettent au loin dans la mer. Gigantesque adversaire des vagues et des ouragans, il semble, sur sa base profonde, commander à leur agitation ; mais’ infatigables assaillants, les flots soulevés ne lui laissent de trêve que celle que de loin en loin le ciel impose à leur propre fureur. Chaque année son antique caducité se prononce davantage; les progrès en sont frappants, et ce grand arc-boutant du globe s’use, se ruine, se détruit, sans nul témoin de sa longue et continuelle décadence. LA tout est solitaire, tout est lugubre, tout est stérile; nullè forêt sur la cime de ces monts; nulle verdure sur les grisâtres aspérités de ces rocs; nul oiseau terrestre dont le vol biise la monotonie des airs ; nulle voix que le mugissement des mers, le sifflement des tempêtes ; un ciel sans horizon, un soleil sans repos , des nuits sans réveil ; l’infécondité ! le silence, la désolation : voilà les traits de ce tableau sublime, voilà le cap Nord. »
Il fallut bien, quoique l’on fût en été, se dérober à cette scène grandiose. Acerbi laissa son compagnon à Stokholm et retourna à Londres, où ce qu’il raconta fut critiqué avec rigueur par un certain M. Thomson.
Il vint ensuite en France, où il fit traduire sa relation sous ses yeux, d’abord par le savant Petit-Radel, dont la plume était loin d être poétique, ensuite par Joseph Lavallée l’auteur déjà célèbre de Manlius Torquatus. Ces précautions littéraires n’empêchèrent point qu’il n’eût à subir l’acerbe critique de Saint-Morys et de Malte-Brun Quelques erreurs fort discutables ne purent toutefois empêcher que ce livre ne fût lu avec une sorte d’avidité ; il exposait des scènes qui ne semblaient pas sans rapport avec les peintures d’Atala, bien que sous une latitude fort différente, et il réussit surtout , il faut le dire, grâce à deux chants finlandais d’une charmante simplicité.
Plus tard, Joseph Acerbi fut nommé par son gouvernement consul général en Égypte; dès lor^il ne se livra plus qu a des etudes d histoire naturelle et d’archéologie , et ses envois contribuèrent à enrichir plusieurs musées italiens. Il est mort dans sa ville natale, en f 846.
J P- 161. Le grand poëme finnois intitulé
la Meua/a traduit par M. Léouzon- Leduc, avait déjà prouvé que ce ) peupl6’ dont les migrations vont jusqu’aux régions polairL ava?t une tjiande épopée nationale. Le docte M. Ujfalvy a démontré l’étroite na renté qui existe entre les Finnois et les Magyars ^
véi?enTfiq7pr’'^°"\^®'”T est ZcmmiMs, naquit en NorniSs flcUnl’/i Drontheim en 1774. Il avait accepté les
uides fonctions de missionnaire chez les Lapons , et il s’était si bien
et Te SnTair Grammaire en 1771,
bien conMîfre 107* ®o"vent le témoignage, et qui fait
en dannic ■ eroyances intimes de ces peuples , fut d’abord écrit ner évêque77n*'^77 ™ et enrichi de notes savantes par Gun- SchWerTvaifdoiS7ÏX7 gravures. .Joseph
in-4°- elle f„t tradic7^ ^^'’^^efort, sa Lapponia, 1 vol.
gnard ne mta noitiT l'’®'’ ™/eanpais, mais notre spirituel Retrop aride 'pour lui PenUêfre beaucoup
A QUEL SIÈCLE APPARTIENT l’année 1800?
Un de nos lecteurs nous demande, à l’occasion d’un des derniers articles de notre précédent volume (^), si Tannée 1800 est la dernière année du dernier siècle (le dix-hui- ' tième), ou si elle est la première du siècle actuel (le dixneuvième).
Cette question a été résolue par notre célèbre astronome Arago , dans une de ses notices de Y Annuaire du Bureau des longitudes. Voici la réponse textuelle du savant secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, imprimée dans Y Annuaire de 1851.
« La question, bien examinée, revient à celle-ci : Tannée qui figure dans une date est-elle l’année courante ou
(9 Voy., sur le cap Nord, t. VII, 1839, p. 200. ff) Tome XLIII , p. 306; il s’agissait d’un livre, leCuisîqnler frmco/.s, imprimé en 1699.
MAGASliN PITTORESQUE.
Vannée passée? Quand on écrit le 28 mars 1800, faut-il entendre qu’on est arrivée au 28 mars de l’année 1800, non encore l'évolue, ou bien que, depuis l’origine de notre ère, il s’est déjà écoulé 1800 années entières, augmentées du mois de janvier, du mois de février et de 28 jours du mois de mars de l’année 1801?
» Pour résoudre la question, il faut examiner comment on a compté à l’origine de notre ère, c’est-à-dire dans l’année supposée de la naissance de Jésus-Christ. Or, il est constant que cette année a été comptée 1 , dès son commencement, de manière qu’en écrivant le 28 mars 1, on entendait le 28 mars de l’année 1 qui venait de commencer, et non pas une année révolue, plus le mois de janvier, le mois de février et 28 jours du mois de mars de l’année 2. Il résulte de là, avec une entière évidence, que toute la journée entière du 31 décembre 1800 appartenait au dixhuitième siècle; que le dix-neuvième a seulement commencé le janvier 1801. Cette date doit, en effet, se traduire ainsi : le premier jour de l’année 1801 commençant, et non 1801 années plus un jour de l’année 1802. «
Nous n’avons besoin de rien ajouter à la lucide démonstration d’Arago. Chacun,après l’avoir lue, comprendra que le siècle n’étant complet qu’à la fin du dernier jour de l’année qui complète cent, c’est cette année séculaire qui, pendant 99 ans, donne d’avance son nom au siècle : 1800 est la dernière année du dix-huitième siècle; c’est 1801 qui commence le dix-neuvième siècle.
Mais, s’il n’y a aucune difficulté pour le calcul des années postérieures au jour où commence une ère quelconque, il n’en est ps de même pour les années antérieures à ce même jour. Ici encore , nous laissons parler Arago {Anmiaire de 1851):
« Les chronologistes et les astronomes ne numérotent pas de la même manière les années antérieures à celle de la naissance de Jésus- Christ. Les premiers appellent un an avant Jésus-Christ, l’année qui précéda immédiatement la première de notre ère ; les astronomes la qualifient d’année zéro.
» L’année 2 avant Jésus-Christ des chronologistes n’est donc que l’année 1 des astronomes, et ainsi de suite, avec une différence toujours égale à l’unité.
» Qui a tort, qui a raison, dans cette manière de compter? Il ne sera pas difficile, je crois, de prouver que la dénomination des astronomes est seule conforme aux règles du bon sens, de la logique et de l’arithmétique.
» Je pourrais, si cela était nécessaire, montrer qu’une quantité susceptible de valeurs positives et de valeurs négatives n’entre régulièrement dans le calcul qu’à la condition de devenir zéro en passant d’un de ses états à l’autre ; mais un exemple suffira pour faire ressortir les avantages de la méthode astronomique.
» Combien y a-t-il du 20 mars qui a suivi au 20 mars qui a précédé le moment de la naissance de Jésus-Christ? Un an, ni plus, ni moins.
i> Suivant les chronologistes, les dates seraient 20 mars 1 après Jésus-Christ, et 20 mars 1 avant Jésus-Christ. En additionnant les chiffres indicateurs de l’année avant et de l’année après, on trouverait deux ans pour l’intervalle des deux époques, tandis qu’il n’est réellement que d’un an.
«Les mêmes dates, suivant les astronomes, eussent été : 20 mars 1 après Jésus-Christ, 20 mars 0 avant Jésus-Christ. Cette fois la somme des deux dates aurait donné un an, conformément à la vérité.
r> La date de la mort de Jésus-Christ est mars 33 de notre ère ; la date de la mort de César, suivant la manière de compter des chronologistes, est mars JJ avant notre ère. iJ et 33 font 77 ans. Tel semblerait donc
l’intervalle compris entre les deux événements. Cet intervalle, cependant, n’est que de 76, comme on peut s’en convaincre en rapportant tout à V ère de la fondation de Rome.
«Les astronomes ne s y seraient pas trompés; car, d après eux, 1 année de la mort de César est mars 43 avant Jésus-Christ. Or, 43 et 33 font 76. »