JOHN FOSTER
Suite. — Voy. les Tables du tome XLII et la Table de quarante années.
Foster avait parfaitement conscience qu’il n’était pas doué de qualités supérieures, surtout comme écrivain. Il était le premier à le reconnaître, et il regrettait de ne pas avoir plus de talent d’écrire, parce qu’il pensait que c’était là un obstacle au bien qu’il eût désiré faire.
Il était pourtant loin d’èlre aussi médiocre qu’il voulait bien le dire. Quoiqu’il ne possédât pas ces grandes qualités d’écrivain qu’il enviait tant aux autres, son excellente morale, la hauteur de son caractère, lui tenaient lieu, en quelque sorte, de talent. Quand un homme possède à un aussi haut degré le besoin passionné d’ennoblir la vie humaine, en y répandant la lumière et en y faisant pénétrer le sentiment du devoir et de l’idéal, l’infériorité relative de l’esprit est, plus qu’on ne le croit, d’une importance secondaire. Cette infériorité tenait aux désavantages d’une éducation incomplète et au milieu inculte des artisans et des petits bourgeois de province où s’était passée la première partie de la jeunesse de Foster; mais il se refit une •éducation par la lecture, par la réflexion, et aussi au contact d’une société plus choisie. « La lecture seule, écritil, est insuffisante pour développer l’intelligence; il faut y ajouter des conversations intéressantes, des échanges d’idées, l’observation des caractères, et mille détails qui naissent des relations de société bien choisies, »
En 1800, prés de Bristol, il se trouva en rapport avec plusieurs hommes instruits et distingués dont il fut apprécié. Dans ce monde nouveau pour lui, son goût se forma, son esprit s’assouplit sans rien perdre de sa vigueur et de ses qualités sérieuses. Trois ans plus tard, il commença la publication de ses Essais.
Encouragé par le succès de cet ouvrage, et atteint vers cette même époque d’une affection de la gorge qui lui rendait la parole difficile, il résolut d’abandonner la chaire pour se vouer tout entier à des travaux littéraires. Il envoya divers articles à la Revue éclectique. Sa plume était, du reste, devenue son unique ressource, et il se voyait forcé, pour vivre, de redoubler d’efforts et d’activité. Loin de s’en affliger, il se réjouit de cette nécessité de travail qui l’obligeait à mettre en œuvre toute son énergie morale.
La vie solitaire, qu’il avait tant affectionnée et recherchée dans sa jeunesse, avait fini par l’attrister. Lorsque, déjà connu, il fut assuré de ne point manquer de travaux lucratifs, il se maria. Il avait trente-huit ans. Son union fut en tout point heureuse , comme on peut en juger par quelques fragments de sa correspondance à cette époque.
« La joie de me retrouver auprès de ma chère épouse, après quelques jours de séparation, ne peut être comparée qu’à celle que j’ai éprouvée en m’unissant à elle. Tous les jours nous remercions Dieu ensemble de ce bonheur, et nous le pri&ns de nous le continuer jusqu’à la mort et encore au delà du tombeau. Nous sommes d’accord presque sur toutes choses. Nous jugeons, nous sentons, nous pen-
sons de la même façon sur tout ce qui importe le plus à la vie. Quand par hasard il survient entre nous quelque différence d’opinion, nous la discutons et l’examinons à fond, sans que notre tendresse ou notre respect mutuels en soient le moins du monde affaiblis. Je crois, en vérité, que jamais homme ne fut si heureux. «
A l’affection conjugale vinrent s’ajouter les joies de la paternité. Foster aimait et comprenait les enfants; il se mêlait avec entrain aux jeux et aux amusements de son j petit monde. Malgré la gravité de son esprit, il avait sur l’éducation des vues trop saines et trop sensées pour être partisan d’un système de contrainte et de sévérité. 11 estimait que, pour gagner la confiance de leurs enfants^t se faire comprendre d’eux, les parents ont pour premier devoir de s’en rapprocher en tâchant de se faire aussi jeunes que possible.
« Les pères se trompent, écrit-il, quand ils se retranchent, vis-à-vis de leurs enfants, dans une attitude de froide sévérité et de roideur solennelle. La distance qui
vient de l’âge est suffisante; gardons-nous de la rendre plus grande encore par notre faute. Pour moi, je suis heureux de redevenir enfant au milieu des miens; quand je m’amuse avec eux, leur mère prétend que c’est moi qui fais le plus de tapage. «
Cette existence douce et sereine fut malheureusement troublée par la mort d’un fils.
La suite à une prochaine livraison.