OISE
ARÈNES. — PIERRES SCULPTEES.
Les arènes de Senlis (Oise) ont été découvertes, en 1863, par un des membres du comité archéologique de
Les Arènes de Senlis dans leur état actuel. — Dessin de A. Vinet.
cet arrondissement. Elles sont situées aux portes de la ville, sur le côté gauche de la route départementale de Senlis à Chantilly.
Suivant toutes les apparences , la construction de ces arènes date des premières années de l’empire romain.
Les médailles d’Auguste, des Flaviens, desAntonins, trouvées sur le sol, justifient cette opinion ; leur durée se trouve également déterminée par les médailles de Tetricus. Posthume, Gordien, Gratien, mort en 383, et 1 on peut sans témérité affirmer que le monument a subsisté au moins pendant quatre cents ans.
La forme de ces arènes est elliptique ; elles mesurent 42 mètres dans leur plus grand axe, et 35 mètres dans le plus petit.
Les gradins, qui ne s’élevaient pas très-haut, comme ceux d’Arles et de Nîmes, étaient creusés sur le versant d’un coteau, et présentaient un développement qui pouvait contenir environ 12 000 spectateurs.
Aux objets produits par la découverte des arènes vinrent s’ajouter, en 1872, dans le Musée de Senlis, de nombreuses pierres sculptées, recueillies dans les fouilles d un temple romain découvert par des ouvriers dans la forêt d’Halatte, sur le territoire du petit village de Villers Saint-
(') On ne paye que la nourriture, dont le prix est d’environ 3 francs par jour.
Frambourg, à six kilomètres de Senlis, et à un kilomètre de la grande voie romaine de Paris à Soissons passant par Senlis. Ce temple, élevé en l’honneur d’un Dieu médecin, qu’aucune inscription ou statue ne permet de désigner, a été détruit violemment et incendié ; les débris du temple, les traces de feu, les ex-voto brisés , ne laissent aucun doute à cet égard.
Ces curieux ex-voto, au nombre de plus de deux cents, peuvent se classer en deux catégories : la première comprendrait ceux qui représentent la figure humaine ou quelqu’une de ses parties , un grand nombre de têtes nues ou coiffées de diverses manières, une tête de nègre bien étudiée, des figures entières plus ou moins vêtues, des enfants au maillot, des jambes, des bras, des mains et des pieds ; quelques-unes de ces figures sont simplement gravées au trait ; un certain nombre de petites statuettes tenant en main un vase, une corbeille contenant des fruits ou des fleurs, un gâteau, un oiseau, démontrent que la divinité de ce temple protégeait les jardins et les champs ou en recevait les offrandes.
Dans la seconde catégorie seraient les figures d’animaux, chevaux, porcs, chiens, d’une exécution grossière, rappelant les sculptures mexicaines du Musée du Louvre, qui indique peut-être que la même divinité était aussi invoquée pour les animaux.
Quant à la détermination des différentes maladies dont j il serait peut-être risqué de la tenter, à cause de la baria guérison aurait provoqué la consécration de ces ex-voto, 1 barie de leur exécution. Les exemples représentés ici ont
Ex-voto gallo-romains, au Musée de Senlis. — Fouilles de Yillers.
été choisis parmi les moins médiocres. Des objets semblables ont été découverts en beaucoup d’endroits, ordinairement dans le voisinage de temples auprès desquels s’étaient établis des fabriques ou des dépôts qui les offraient à la dévotion des malades.
LES MÉMOIRES D’UN ÉCOLIER EN VACANCES
12 août.
Te voilà, mon garçon, depuis trois jours en vacances, et tu as eu le premier prix de version latine , le premier prix d’anglais, le second prix d’histoire et le premier prix de narration française ; c’est très-bien. Ton père a été content et ta mère encore plus ; ta sœur et son mari t’ont
fait cadeau d’un joli album à photographies. Mais toi, quel cadeau t’es-tu fait et quelle récompense morale t’estu décernée? Je crains que, dans ta propre opinion, tu n’aies baissé quelque peu , en voyant quels sentiments vaniteux et petits ont envahi ton âme. Assez de ces-glorioles malsaines ! reviens à toi-même , rentre dans les pensers simples, et puisque le travail t’a valu des succès, eh bien, marques-en ta reconnaissance au travail, en lui restant fidèle.
Tes professeurs ne t’ont pas donné de devoirs pour les vacances. Donne-t’en donc à toi-même.
D’abord, tu me feras le plaisir d’écrire tous les soirs ou presque tous les soirs ton journal ; et tu n’inséreras pas seulement dans ce journal tes faits et dits notables de la journée, tu y joindras tes réflexions sur les choses que tu
auras vues et sur celles que tu auras lues ; car lu sauras bien , sans doute, te réserver quelques heures de temps en temps pour la lecture. Tu as ici, dans la bibliothèque de ton père, de quoi t’occuper suffisamment de ce côté-là. . .
Allons, garçon, à l’œuvre! et n’oublie pas que tout bon navigateur rédige son journal de bord.
C’est, d’ailleurs, une excellente habitude à prendre que d’inscrire ainsi, pour soi-même, ses impressions personnelles. Mon père disait l’autre jour qu’il avait, tout jeune, tenq registre de ses actions et pensées, et qu’il s’en était plus tard trouvé très -bien, parce qu’on s’habitue ainsi, ajoutait-il, à écrire d’après nature et non d’après les livres ; d’après soi, et non d’après les autres.
Pour commencer, tu as d’abord à consigner ceci ; ton père, qui est toujours très-bon pour toi, t’a dit en revenant de la distribution des prix : «J’aurais été très-heureux de te pouvoir faire faire, ces vacances, quelque beau voyage qui eût été utile au développement de tes facultés physiques et de tes facultés morales ; car , à ton âge , rien n’est sain comme l’agitation et la translation ; malheureusement, nous sommes pauvres, mon enfant, et plus en ce moment que nous ne l’avons jamais été. J’ai même beaucoup de peine et d’embarras pour payer quelques dettes courantes. Le mariage de ta sœur, des pertes d’argent éprouvées par ton beau-frère , la mauvaise santé de ta mère qui l’a forcée de confier à une bonne les soins du ménage, tout cela nous a mis dans une gêne que j’espère surmonter, mais à la condition de nous en tenir aux dépenses les plus strictement indispensables. Tu ne pourras donc , à mon grand regret , voyager. En revanche , comme j’ai souvent, en ma qualité de juge de paix, à parcourir notre canton, je te propose de m’accompagner dans mes courses. Tu pourras y observer quelquefois des choses intéressantes, et puis, tu apprendras ainsi à mieux connaître cette contrée , qui offre assez d’intérêt en plusieurs genres, comme tu pourras t’en assurer bientôt, et comme moi-même je l’ai constaté depuis deux ans que nous l’habitons. »
Tu n’as pas été trop maladroit dans ta réponse à ton père, en disant que tu ne désirais aucunement voyager cette année , et que ton plus grand plaisir serait de rester à la maison, puisque ta mère par son état de convalescence, et ton père par les nécessités de son emploi, ne pouvaient s’en aller au loin courir avec toi.
Ce n’est pas mal , mon petit ; mais pourtant , quoi de plus simple? eh! justement, c’est bien parce que c’est simple; notre professeur d’éloquence, M. Lizeron, nous dit toujours : «Dans le style, comrne dans tous les arts, comme dans la conduite de la vie, le simple, c’est le beau, le bien, le bon. Les grands maîtres sont toujours simples. » Applique-toi à vérifier cela ces vacances , et à voir si les grands écrivains sont réellement les plus simples.
Eh bien , voilà qui est entendu : tu écriras ton journal tous les jours régulièrement’.
QiTas-tu à enregistrer pour tes trois premiers jours de vacances? En vérité, pas grand’ chose ; tu as sottement perdu le temps à courir de ci , de là , sans but , mais non pas sans tapage. Moins d’éclat, moins de bruit, s’il vous plaît , Monsieur , et plus de réflexion ! Vous êtes un écolier en vacances; ce n’est pourtant pas une raison de se détraquer le corps et la cervelle.
Tu n’as donc rien fait que de courir à travers champs, et de donner à des centaines de braves moissonneurs , si occupés, le spectacle de ton inutilité en ce monde.
Mon petit, il est temps de ne plus être imbécile. Assez de fainéantise, assez de... Suffit! je vous attends. Monsieur, à votre journée de demain.
15 aôCit.
Voilà , malheureux , comment tu te tiens parole à toimême! Le 13, le 14, se sont passés sans que tu aies rien écrit! et qu’a-t-il fallu pour cela? la visite de ton intéressant cousin Raoul. Vous vous êtes promenés ensemble; vous avez été à l’a foire à Paimbourg , où vous n’aV^ez rien trouvé de mieux à faire que de jouer à toutes les tontines. Tu en as été pour les vingt-huit sous; c’est bien fait. Il y avait pourtant dans ce petit village toutes sortes de choses curieuses à visiter, qui t’auraient instruit, qui t’auraient laissé d’agréables souvenirs, et qui ne t’auraient coûté rien. 11 y a dans cette commune un fort joli château, dont le plan, aussi bien que celui du jardin qui l’entoure, a été tracé par leNostre... Dans le même village se trouve un véritable monument végétal ; c’est un if qui passe pour un des plus anciens arbres de France. On le croit contemporain de Guillaume le Conquérant. Tu avais encore à visiter, dans la même localité, un camp romain fort curieux et fort bien conservé ; mais monsieur Raoul et toi n’avez point daigné vous occuper de ces choses. Peste ! les tontines étaient de bien autre importance-! vous pouviez y gagner quelques-uns des rebuts les plus niais des verreries et des faïenceries de la contrée. Heureusement, il ne restera dans vos mains aucune trace de cette glorieuse expédition, que vos porte-monnaie aplatis.
Ah ! si , il vous reste autre chose encore : le souvenir
d’un pitre gçpS5?ier qui a fait rire ton cousin Raoul
mais toi, tu en as rougi, malheureux, et le soir, tu t’es senti l’âme tellement attristée de ces ordures, que pour t’en nettoyer, tu as lu dans Racine les chœurs d’Athalie. Une inexprimable émotion t’a saisi en lisant, à la fin du troisième acte, ce chant si pur et si suave :
D’un cœur qui t’aime,
Mon Dieu, qui peut troubler la paix?
Il cherche en tout ta volonté suprême.
Et ne se cherche Jamais.
Sur la terre, dans le ciel même.
Est-il d’autre bonheur que la tranquille paix D’un cœur qui t’aime?
Cette lecture t’a fait un tel plaisir que tu es redevenu un peu plus content de toi , et que tu t’es endormi avec l’agréable pensée que peut-être ton avenir n’est pas désespéré. Rien n’est plus sain que d’avoir, aux heures du matin et du soir (heures choisies pour la prière par toutes les religions); rien , dis-je , n’est plus sain que d’avoir à ces heures quelque chose à admirer et respecter. Retiens cela, mon petit; c’est une maxime d’hygiène morale que tu feras bien de mettre en pratique ; car tu as besoin de veiller sur ton esprit chancelant.
16 août.
Ton cousin Raoul s’en est allé ce matin , et toi , tu as accompagné ton père dans une course à Martincourt; vous avez fait la route à pied en herborisant. Ton père t’a rappelé ses anciennes lectures de livres botaniques et t’a dit que jamais homme, à son avis, n’a trouvé, pour parler des fleurs , d’expressions plus heureuses que Linné dans, son latin un peu barbare. On peut discuter sa méthode de classification et quelques-unes de ses assertions ; mais sa langue toute d’invention, langue émue, vivante, colorée, qui pourrait n’en être pas touché?
Voilà ce qu’a dit ton père ; ne l’oublie pas.
Tu as rapporté, entre autres curiosités végétales, VArundo colorata et le Dipsacuspilostls,'qai l’un et l’autre sont assez rares dans la contrée ; et tu as fait pour ta mère un joli bouquet de fleurs des champs.
Ton père est allé faire visite à la famille du médecin de Martincourt, M. Marquésy. On vous a retenus à dîner. M. et M">® Marquésy sont des personnes très-aimables. Il y avait aussi M"® Charlotte Marquésy, leur fille, spirituelle
et instruite. Elle n’a pourtant que quatorze ans, et toi , tu en as seize. Elle ne connaissait pas YArundo colorata : tu lui as offert quelques-uns de ceux que tu rapportais.
Au dîner, M. Marquésy et ton père se sont mis a parler d’affaires ; mais M"’® Marquésy vous a emmenés,^ sa tille et toi, au jardin , où vous avez tous les trois causé de botanique. Vous avez été même visiter les ruines d’un ancien château du onzième siècle , le château de Martincourt , et tu as osé offrir le bras à M”® Marquésy. C’est très-bien, mon garçon. Mais avoue que, ce matin même, tu ne te serais pas cru capable d une telle politesse.
Au total , bonne journée , et dont il faut être content.
La suite à la prochaine livraison.