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DE ROSCOFF

Il y a quatre ans environ , l’un de nos naturalistes les plus éminents, M. de Lacaze-Duthiers, a organisé à Roscoff, petit port situé à l’entrée de la Manche (Finistère), un établissement maritime entièrement consacré à l’étude des animaux marins.

Les grèves de Roscoff sont protégées contre la violence des flots par un double rempart d’îlots et de rochers granitiques ; les eaux qui en baignent la surface sont constamment chauffées par le Gulf-Stream, et c’est à cette élévation de température qu’on attribue une prodigieuse exubérance dans le développement des êtres vivants. Plusieurs espèces de mollusques et de crustacés, balanes, buccins, patelles, troques, littorines, etc., s’y rencontrent en abondance à quelques mètres de la terre ferme. Le crabe et son curieux parasite, désigné sous le nom de sacculine, y pullullent. Plus loin, dans la zone des fucus, on peut recueillir les botrylles aux trois couleurs , les ascidies roses et vertes, les astéries et les actinies.

Les récifs de granit sont creusés de toutes parts par les flots océaniques ; des grottes s’y ouvrent çà et là , toutes garnies d’éponges calcaires, de clavellines transparentes et d’ascidies rouges qui tombent de leurs parois comme des stalactites vivantes.

Quand la marée est basse, les bancs de sable mis à découvert abondent en espèces fouisseuses : annélides , synaptes, mollusques lamellibranches, etc. A l’époque des grandes marées, on fait la capture de belles pentacrines et des intéressants porte-écuelles(Lepttdogasteî’), singuliers poissons qui sont doués de la faculté de pouvoir se fixer aux pierres, en se servant de leurs nageoires pectorales comme d’une ventouse. Plus loin, dans les régions que la mer ne découvre jamais, le naturaliste, à l’aide de la drague, pêche les espèces qui fuient la lumière : les grands oursins, les grandes ascidies simples, les téréhratules , de petits crustacés aux formes étranges, des polypes et des mollusques nudibranches. A la surface de la mer , il peut facilement recueillir des myriades d’animalcules aussi transparents que le cristal, et des larves multiples se rattachant aux classes les plus variées.

Le laboratoire de Roscoff est installé dans une grande maison qui a deux façades : l’une s’ouvre sur la mer, l’autre s’étend sur une grande place. Dans cet établissement sont des logements réservés au service et au personnel. On peut, en outre, y donner asile à quatre naturalistes. Chaque pièce est pourvue de tout ce qui est nécessaire pour recueillir, conserver et étudier les animaux marins ; couteaux, spatules , ciseaux à froid , paniers , seaux en toile, aquarium portatif, microscope, loupes, scalpels, pinces, etc., etc.

Dans une salle spéciale, on a disposé une grande carte des environs de Roscoff, ainsi que des instruments tels que thermomètres, baromètres, balances, et les réactifs destinés aux recherches histologiques.

Au premier étage est installée une bibliothèque qui comprend les ouvrages les plus importants sur la faune océanique. Nous devons ajouter, non sans regret, que ces livres sont pour la plupart publiés à l’étranger , et que

notre pays jusqu’ici n’en a encore produit qu un nombre très-restreint sur le même sujet. ^

Cette installation a été récemment complétée par la construction d’un grand aquarium. Quatre bacs sont disposés dans les parties les mieux éclairées d’un pavillon, et l’on peut y conserver vivants pendant un temps d’une assez longue durée les animaux que l’on se propose d’étudier.

Pour se procurer les animaux marins, les naturalistes de l’établissement de Roscoff ont à leur disposition deux embarcations. L’une d’elles, qu’on appelle la Pentacrine, est un beau bateau pêcheur , conduit par trois matelots de la marine de l’État; l’autre est une simple barque à fond plat , uniquement réservée à la pêche pélagique , ou au transport des observateurs d’un îlot à 1 autre.

Le laboratoire de Roscoff est ouvert à tous les travailleurs sérieux qui adressent une demande au directeur; ils sont logés gratuitement et ont à leur disposition 1 aquarium, les instruments d’observation et d’étude, et les embarcations (*). Les travaux originaux qui résultent de ces

recherches peuvent être insérés dans un recueil périodique dirigé parM. le professeur de Lacaze-Duthiers ; les Archives de zoologie expérimentale.

Le but de l’établissement est surtout d’arriver à une connaissance complète des animaux marins de nos côtes, et de faire pour notre pays ce que l’Angleterre a déjàfait pour la faune de son littoral.

Depuis sa fondation, l’établissement de Roscoff a donné l’hospitalité à des naturalistes français et étrangers déjà célèbres, et quelques travaux importants l’ont signalé tout spécialement à l’attention du monde savant.

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