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LA VRAIE SOLITUDE

La plupart des hommes cherchent la solitude dans les champs, sur les rivages de la mer. Il n’y a aucune retraite où un homme puisse être plus en repos et plus libre que dans l’intérieur de son âme, surtout s’il y a mis de ces choses précieuses qu’on ne peut revoir et considérer sans se trouver aussitôt dans un calme parfait, état habituel d’une âme où tout a été mis en bon ordre et à sa place.

Marc Aurèle.

TOUL

Voy. p. 20.

I. — Situation particulière du pays de Metz, de Tout et de Verdun.— Effets de cette situation sur le caractère et l’histoire des peuples de ce pays.

Il est trois noms de villes que l’on voit souvent réunis dans l’histoire ; Metz, Toul, Verdun. On employait même à^une certaine époque l’expression collective les Trois - Evêchés , pour désigner cette partie de la Lorraine qui comprenait les trois gouvernements de Metz, dê Toul, de Verdun, et le territoire dépendant de ces trois Villes. C’est qu’en effet les destinées de ces trois cités ont eu des points fréquents de ressemblance ; les peuples qui

I les habitaient avaient des mœurs, des goûts et des institutions analogues, et la suite des événements, les nécessités des guerres et des traités, les firent passer par les memes circonstances et les soumirent aux mêmes lois.

C’est au delà des verdoyantes montagnes de l’Argonne, dans ce riant et riche pays arrosé par la Meuse, la Moselle et leurs affluents, c’est-à-dire sur ce terrain intermédiaire situé entre l’ancienne Gaule et l’ancienne Germanie, que s’étaient fondées les trois cités de Virodnmm (Verdun), Divodunm (Metz), et Tullum (Toul). Les trois peuplades qui avaient ces villes pour capitales étaient les Virodunenses , dans la vallée de la Meuse; les Mediomatrices et les Leuci, dans la vallée de la Moselle. Ces deux derniers peuples étaient considérés comme faisant partie de la grande nation des Belges, au courage desquels César lui-même rend un juste hommage en les appelant « les plus braves de tous les Gaulois » (Gallorum omnium fortissimi).

La situation géographique des trois peuples, qui les mettait à l’avant-garde de la Gaule proprement dite , en face des Germains toujours prêts à attaquer et à envahir, ne contribua pas peu à maintenir cette vaillance qui avait frappé César. Forcés perpétuellement d’être en armes pour se défendre contre un ennemi qui ne vivait que par la guerre, ils s’habituèrent à une lutte, nécessaire d’ailleurs, qui devint leur existence. Et comme cette vie à part les isola du reste des Gaulois, qui furent englobés dans la conquête et la civilisation romaines ; que, du reste, ils refusèrent toujours de se soumettre ou de s’allier aux Germains, il en résulta une race qui se transmit de génération en génération des habitudes d’énergie et des besoins d’indépendance que l’historien constate et suit sans hésitation. Aussi, la simple observation des faits explique comment, au moyen âge, ont pu et dû se former trois petits Etats, qui se maintinrent libres pendant des siècles.

A l’origine, les Médiomatrikes furent les premiers qui se trouvaient sur la route des Germains lorsque ceux-ci voulaient, — et ils le voulaient sans cesse, — envahir le pays de Gaule, plus riche, plus beau, plus gai que le leur. Les Médiomatrikes devinrent donc et restèrent assez longtemps par la force des choses les défenseurs des Leukes [Leuci) et des Viroduns, et par suite acquirent une véritable suprématie sur toute cette région. Mais quand l’ancien territoire gaulois, à la suite des différents démembrements qui s’opérèrent sous les Mérovingiens et les Carolingiens, et de l’établissement de la féodalité , fut déchiré en lambeaux , alors la guerre est partout; les attaques viennent du côté de la Gaule comme du côté de la Germanie ; les Médiomatrikes ne peuvent plus arrêter personne, et les Leukes, ainsi que les Viroduns, forcés de se défendre eux-mêmes, retrouvent l’antique bravoure belge pour protéger leurs libertés. Les trois villes de Metz, Toul et Verdun, forment alors trois petites républiques indépendantes, qui reconnaissent la souveraineté de l’Err^pire, mais d’une façon purement nominale, on peut le dire, et qui conservent avec un soin jaloux et une vaillante fierté leurs franchises et privilèges , acquis par -tant d’années d’efforts et de luttes. Nous trouverons dans l’histoire particulière de Toul les traits principaux de l’histoire générale des trois cités.

II. — Les Leukes. — Tullum. — Histoire résumée sous les Mérovingiens et les Carolingiens. — Les comtes de Toul.

Les Leukes étaient renommés pour leur bravoure, leur force, leur adresse comme archers, et aussi pour leur férocité. On les voit présentés sous ces différents aspects dans César, Lucain et Ammien Marcellin ; et comme ce dernier servit en Gaule sous Constance, qu’il put parcon-

séquent puiser ses renseignements à bonne source, qu’il a du reste une réputation d’exactitude et d’impartialité, on peut croire ce qu’il dit.

Les Leukes eurent d’assez' bonne heure une capitale assez importante pour être citée. Le mathématicien , astronome et géographe Claude Ptolémée , qui vivait au deuxième siècle de l’ère chrétienne, parle de deux villes des Leukes, Toulloti et Nasion, qui ne sont autres que Toid et Naix; on voit les ruines de cette dernière, qui était une importante cité romaine, entre Commercy et Bar-le-Duc.

Quand la Gaule fut divisée en dix-sept provinces sous Honorius, la province de Belgique première eut Trêves pour métropole, et Metz, Toul {civitas Leucoriini TuUo) et Verdun pour cités.

Quand la monarchie franque eut remplacé l’empire romain en Gaule et qu’il y eut une Neustrie et une Austrasie, le diocèse de Toul, qui représentait exactement l’ancienne cité des Leukes et son territoire, fit partie du royaume d’Austrasie. C’est dans les campagnes de Toul que les deux fils de Childebert II , Théodbert II , roi d’Austrasie , etThéodrik II, roi des Burgundes, se livrèrent une sanglante bataille (611) dans laquelle Théodbert fut vaincu. On sait aussi que Dagobert fut le fondateur et le bienfaiteur de l’église de cette ville. Il paraît qu’il y avait à Toul, du temps des rois mérovingiens, un atelier où l’on frappait des monnaies à leur effigie, avec cette mention Tullo civitas On a retrouvé aussi des monnaies carolingieiwies avec la même indication de ville.

En 843, lors du traité de Verdun, qui partage définitivement l’empire carolingien en trois États, Lothaire, l’aîné des trois fils de Louis le Débonnaire, garde, quoique vaincu, la dignité impériale, l’Italie et tout le pays borné à l’est par le Rhin et les Alpes orientales, à l’ouest par l’Escaut, la Meuse , la Saône et le Rhône ; ce pays s’appellera Lotharingie (Lorraine) de son nom. Toul et son diocèse font partie de la Lotharingie ou royaume de Lorraine.

Lorsque la Lorraine est divisée, au dixième siècle, en deux duchés, celui de haute et celui de basse Lorraine, Metz, Toul et Verdun appartiennent à la haute Lorraine ou Lorraine mosellane.

A l’origine , les provinces étaient gouvernées par des comtes laïques {comités, grafs ou grafions) que les rois nommaient, et il est très-probable que Toul, comme les autres cités, fut soumis à cette administration. Mais lorsque ce pays fut disputé entre la France et l’empire germanique, l’empereur Henri l’Oiseleur, après avoir obtenu des évêques de Metz et de Toul qu’ils abandonnassent le parti de Charles le Simple, voulut se les attacher plus complètement, et, pour ce qui est de Toul, accorda à l’évêque de cette ville le titre de comte et les droits régaliens, c’està-dire le droit de faire la guerre, de rendre la justice, de lever des impôts et de battre monnaie. Gauzelin, — c’était l’évêque de Toul, — choisit pour haut officier de justice un personnage nommé Wido, qui fut investi du titre de comte.

Les fonctions des comtes de Toul ne se bornaient pas à rendre la justice ; le règlement de la police de la ville en général et le commandement des troupes en cas de guerre faisaient partie de leurs attributions. C’est assez dire qu ils étaient tout d’abord de puissants personnages ; ils le furent encore bien plus par la suite, surtout lorsque la charge de comte , de personnelle et révocable qu’elle était à 1 origine, devint héréditaire, et que les comtes furent appuyés par les empereurs, à qui l’antagonisme de l’évêque et du premier magistrat laïque de la ville était loin de déplaire.

Jusqu au treiziéme siècle, l’histoire de Toul n’est guère

qu’une’ longue suite de disputes, de batailles même, entre les évêques et les comtes soutenus par la noblesse. Les uns attaquent, les autres se défendent et excommunient ; en y joignant plusieurs guerres dans les intervalles avec les voisins, seigneurs ou bandits, sans oublier, à la fin du neuvième siècle, deux invasions de Normands et leur cortège accoutumé de dévastations , pillages et incendies , on peut se faire une idée de ce qu’eut à endurer la malheureuse ville. La suite à une autre livraison.

LES CONFRÉRIES DE CHARITÉ

EN NORMANDIE

Suite. — Voy. p. 69.

Les confréries de charité, ainsi que le disent la plupart de leurs statuts, ont pour but principal « de rendre les derniers devoirs à tous les chrétiens qui passent de vie à tréps » , c’est-à-dire de déposer les morts dans le cercueil , de porter le cercueil de la maison mortuaire à l’église , puis de l’église au cimetière, et de le déposer ensuite dans la fosse; mais ce n’est pas là le seul but; le clergé, qui a présidé à cette institution, ou plutôt qui l’a prise sous son patronage, a voulu aussi la faire servir à la pompe du culte, soit dans les processions, soit pendant l’office divin, et l’esprit de fraternité en a fait, du moins à l’origine, un moyen d’assistance mutuelle.

C’est ainsi qu’on lit dans un grand nombre d’anciens statuts des clauses de ce genre : « En cas qu’un frère tombe en pauvreté ou deschié de son état sans qu’il provigne de sa faulte, chascun des aultres luy aumosnera chacune sepmaine ou luy prestera chascune année (tant

de) livres ou sols parisis que il rendra se peult revenir sus en ses affaires. »

Il est vrai que quelques confréries , comme celle de Notre-Dame de Louviers, par exemple, comprenant qu’une pareille obligation pouvait en certains cas devenir très-lourde , avaient la précaution de stipuler « qu’aucune personne n’y sera reçue qui ne puisse gaigner sa vie sans mandier, ni qu’elle ne pusse payer ses chevaiges (‘) deument comme il appartient. »

Toutefois, si l’obligation de s’assister mutuellement en argent est tombée bien vite en désuétude , il est resté l’obligation pour les frères de faire leur service gratuitement, en ce sens qu’ils ne peuvent rien recevoir pour leur compte personnel , et que tout ce qui est perçu des familles ou donné par elles ne peut profiter qu’à la confrérie. Il est vrai qu’en récompense du service dont ils s’acquittent ainsi gratuitement pendant un temps déterminé, les frères obtiennent pour eux, ou pour les membres de leur famille qu’ils veulent en faire profiter à leur place, l’avantage d’être inhumé gratuitement avec les plus grands honneurs et les plus beaux ornements.

Tout frère qui a accompli ses fonctions et a été frère servant, suivant l’expression consacrée, pendant le temps voulu, a droit à un enterrement de première classe, « avec messe à diacre et à sous-diacre », disent certains statuts,

« saultiez et services anniversaires sonnés à toute volée. » Celui qui a acquis pour lui-même ces honneurs funèbres peut en faire jouir aussi les membres les plus chers de sa famille, sa mère, sa femme ou sa sœur, et leur passer son service, sauf à recommencer pour lui-même et à acheter par de nouvelles corvées le droit de participer à ces prières et à ces honneurs.

Ces avantages, avec les banquets périodiques que les membres de la confrérie se donnent plusieurs fois chaque année ; ces plantureux repas de frairies et les copieuses

(*) Redevance.s.

libations dont leurs fonctions sont trop souvent l’occasion forment le principal attrait de ces confréries et contribuent le plus à leur recrutement.

Tout , en effet, est prétexte à festin et à libation pour les frères de chanté. L’élection des dignitaires de la confrérie , la reddition des comptes , la fête du saint patron de la compagnie , jusqu’aux services funèbres eux-mêmes et aux inhumations, donnent lieu à des banquets où les règles de la sobriété et de la décence sofit rarement respectées.

Les repas qui suivent ordinairement les inhumations dans les campagnes, et qui portent le nom de « records » sont fournis généralement par la famille du défunt- les autres repas de corps sont faits tantôt aux frais de la communauté, tantôt aux frais particuliers des convives oui payent leur ecot. Les femmes des frères sont quelquefois admises a ces repas.

« Jtem, lesdits chapellains, eschevyn, prevost et frères serviteurs, disent les statuts de la charité de Surville prés de Lisieux seront subgects : assembler une fois l’an enl’ostel du dit eschevyn ou ailleurs où il lui plaira, le jour et feste de Saint-Martin d’estey , et dîner ensemble avecque leurs femmes se faire le veullent, pour par les dits eschevin, prevost et-frères veoir le payement faict par le receveur audit chapellain, distribution de deniers, estât gouvernement valleur et entremise de ladite charité , ’etc. et sera subgect ledit eschevin faire et abiller le disner aux despens desdits chapellains et frères serviteurs et payeront chacun leur escot. » ‘ '

Seront mibjects à dîner est une agréable expression et les freres de chanté devaient trouver l’assujettissement très-doux.

A l’origine , les frères faisaient eux-mêmes tous indistinctement leur service ; avec le temps , l’usage s’est introduit pour les gens aisés de se faire remplacer (sauf pour le cas d’inhumation d’un frère) par un suppléant salarié qui porte le nom de commis.

Cet usage a contribué beaucoup à jeter du discrédit sur es confréries de charité, qui ont alors, par condescendance ou par intérêt, admis dans leur sein, en qualité de commis des gens malfamés et plus ou moins tarés. '

Le personnel de chaque confrérie se compose le plus ordinairement de quinze membres, savoir :

D un maître, chef ou échevin •

des^deniei-r*^^*^ lieutenant chargé plus spécialement

De douze frères servants ;

Plus, d un sonneur, tintenellier, cliqueteux ou cloque-

t6UX 5

Et d’ un jeune clerc.

Il faut ajouter le curé, qui en fait toujours partie sous le titre de chapelain de la charité, et qui en est le président de droit. ^

Quelquefois le nombre des frères servants est porté à quinze, jamais au delà de dix-huit.

Le temps du service de l’échevin et du prévôt est d’un an; celui des frères, de deux ans.

Après l’expiration de ses fonctions , l’échevin prend le nom d’antique.

Les antiques sont appelés, en certaines circonstances importantes, à prendre part aux délibérations de la confrérie.

Les dignitaires, l’échevin et le prévôt sont choisis à 1 élection, suivant le principe général qui dominait au

moyen âge dans les institutions communales et les corno rations, et qui a passé dans notre société démocratique^ Lu suite à une autre livruison

LAMPE HORAIRE (dix-septième siècle).

Cette lampe rappelle les clepsydres ou horloges à eau dont on s est servi longtemps avant qu’on eût iLenté les horloges reglees au moyen d’une corde à boyau • elle marque les heures par l’épuisement successif de l’huile Elle est en etain, de forme assez élégante, et mesure trentesept centimètres de hauteur.

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