LA CHAMBRE NOIRE
Voy., SU!' la Chambre claire, la Table de quarante années.
Lorsque la lumière partant d’un objet quelconque pénètre dans une chambre noire, par une ouverture de trèspetite dimension , si l’on a placé devant l’ouverture un écran , on voit s’y former l’image renversée de cet objet.
Aristote paraît être le premier observateur qui ait constaté ce phénomène remarquable, mais l’explication qu’il en donne est tout à fait paradoxale ; il dit que le rayon de lumière a conservé une ressemblance avec le corps lumineux, et qu’il la reprend dés qu’il a franchi l’obstacle qui gênait sa marche.
Maurolicus, et Kepler un peu plus tard , ont donné une explication rationnelle de ce fait si longtemps considéré comme merveilleux. Ces physiciens ont admis que chacun des points de l’ohjet éclairé envoie un rayon lumineux sur l’écran , et que l’écran renvoie dans tous les sens la lumière qu’il reçoit, en sorte qu’il apparaît comme s’il était lumineux par lui-même : chaque point de l’écran ne re-
çoit qu’un seul rayon lumineux et donne une image renversée de l’objet.
En 1 560, Porta construisit la première chambre noire simple. Elle consistait en une boîte cubique dans l’inté-
Fig. 1. — Objectif de l’appcU’eU ci-dessous.
rieur de laquelle la lumière du dehors ne pénétrait que par un trou circulaire pratiqué dans un de ses côtés. Les rayons lumineux lancés par les objets extérieurs peignaient 1 image de ceux-ci sur un écran posé à l’orifice. Mais cet
Fig. 2. — Chambre noire portative de Nollet. — Dessin de Mesnel.
appareil offrait un grand inconvénient : on n’obtenait une image trés-nette qu’au moyen d’une ouverture très-petite, et alors le nombre des rayons lumineux qui arrivaient au même point de 1 écran étant peu considérable, l’image avait peu d éclat. Si 1 on agrandit l’ouverture à travers laquelle passent les rayons lumineux, l’image est plus brillante, mais elle perd de sa netteté. L’emploi des lentilles convergentes a permis de construire des chambres noires où les images sont très-claires, très-nettes, et peuvent rendre de grands services aux dessinateurs. On a obtenu très-facilement le redressement des images à l’aide d’appareils dont nous allons donner la description , et qui , au point de vue pratique, ne laissent rien à désirer.
La chambre noire à tiroir comprend une lentille convergente, nommée objectif parce qu’on doit la diriger vers l’objet dont l’on veut reproduire l’image ; elle est montée sur un cylindre muni d’un diaphragme destiné à intercepter les rayons qui tombent trop près du bord.
Cette disposition permet d’éviter l’aberrationade sphéricité. '
L’image de l’objet se formerait au fond de la caisse noircie , si l’on n’avait placé dans cette caisse un miroir plan incliné à 45 degrés, qui réfléchit l’image sur une lame horizontale entourée d’une draperie noire. Les images obtenues à l’aide de cet appareil sont de petite dimension. Nollet a imaginé une chambre noire portative, où les images sont produites dans des proportions beaucoup plus considérables.
L’objectif (fig. 1) est placé verticalement sur trois pieds que l’on enveloppe d’une étoffe opaque : le système ainsi établi constitue la chambre noire. Les rayons lumineux sont projetés par une lentille convergente représentée sur notre gravure (AB, CD, EF), qui les projette sur un écran où se forme l’image redressée des objets extérieurs. L’écran est horizontal et forme une véritable table, où il est facile de retracer à l’aide d’un crayon le paysage que l’on veut reproduire (fig. 2).
La chambre noire que nous venons de décrire se plie de manière à ne présenter qu’un très -petit volume : le touriste peut l’emporter avec lui dans ses excursions, l’installer rapidement à la campagne, dans tous les sites où il veut prendre le croquis d’un paysage , et après avoir reproduit une esquisse exacte des objets extérieurs, il lui est facile de compléter son œuvre par des effets d’ombre et de lumière.
La chambre noire peut aussi être installée à poste fixe dans une habitation, en sorte qu’on ait sous les yeux à tout moment l’image de la campagne, d’une rue, d’une place publique, ainsi que celle des passants.
Au Conservatoire des arts et métiers, on a disposé une de ces chambres noires, où se projette l’image de la rue Piéaumur. Sur l’écran de l’appareil , on voit passer l’image lilliputienne des voitures, des omnibus et des passants, sans
que ceux-ci puissent se douter que tous leurs mouvements sont fidèlement reproduits derrière un mur épais, à l’aide seulement d’un miroir et d’une petite lentille adaptés à un orifice pratiqué dans le monument et presque imperceptibles au dehors. C’est la chambre noire qui a donné à Niepce et à Daguerre l’idée de la photographie. (*)
LE TRACHYSAURE.
Parmi les reptiles que possède en ce moment la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle, il n’en est pas à coup sûr de plus étrange qu’un animal de l’Australie que les naturalistes connaissent sous le nom de trachysaure. Ce qui frappe à première vue chez cet être, c’est la brièveté de la queue et la squamation si singulière du corps. La queue est
Muséum d’histoire naturelle de Paris. — Le Trachysaure. — Dessin de Mesnel.
grosse, un peu arrondie en dessus, plate en dessous, comme du reste toute la partie inférieure de l’animal; la queue est arrondie de telle sorte, qu’à un examen superficiel l’extrémité postérieure du corps ressemble par sa forme à l’extrémité antérieure. La brièveté de cette partie fait qu’elle semble avoir été tronquée ; un petit tubercule conique la termine .
Les écailles sont fort épaisses, rugueuses, comme bosselées, relevées de quelques lignes saillantes, ressemblant assez bien aux écailles qui entourent une pomme de pin . Par leur ensemble, ellesforment deux séries longitudinales sur le sommet du dos, et des bandes obliques sur les parties latérales du corps. Le ventre est protégé par des lames assez minces.
Le dos s’abaisse en toit de chaque côté dans la plus grande partie de sa longnnnr. La tête est grosse, aplatie.
en forme de triangle. Le cou, très-court, étranglé, est fort distinct de la tête. Les pattes sont courtes, d’égale longueur, de telle sorte que l’animal se traîne sur le sol bien plutôt qu’il ne marche. Les doigts, fort courts, se terminent par de faibles ongles.
Une teinte jaune brunâtre est répandue sur les parties supérieures et latérales du corps, qui offre des portions jaunâtres piquetées de foncé et disposées en forme de grands chevrons. La queue présente quelques bandes plus obscures que le reste du corps, se détachant sur un fond de couleur jaune. Le ventre est plus pâle et lavé de jaunâtre sur un fond gris sale.
f) La chambre noire à tiroir coûte environ 30 à 40 francs ; celle de Nollet, 150 francs. L’installation d’une chambre noire chez soi, avec un système analogue à celui du Conservatoire des arts et métiers, nécessiterait une dépense de 200 à 250 francs.
On ne connait, pour ainsi dire, rien des habitudes du trachysaure rugueux. L’individu que possède le Muséum, très-doux et très-craintif, se tient le plus souvent immobile, presque toujours caché sous la mousse. C’est un animal lent et paresseux, qui se traîne assez difficilement et qui ne se met guère en mouvement que pour aller de temps en temps se chauffer au soleil , ou se mettre en quête de sa nourriture. Celle-ci est à la fois animale et végétale ; elle se compose, à la ménagerie, de vers de farine, de fruits succulents, raisins, poires, pommes ; l’animal paraît être trés-friand de fleurs de pissenlit.
Chez l’animal que nous décrivons, les dents sont courtes et coniques, un peu arrondies à leur extrémité; la langue est plate, assez large, en forme de fer de lance, squameuse, échancrée à sa pointe.
Cette conformation de la langue sert à distinguer des lézards proprement dits les reptiles que les naturalistes connaissent sous le nom de scincoïdiens, groupe auquel appartient le trachysaure. Disons que chez eux les mâchoires sont courtes et que la bouche ne peut s’agrandir en hauteur ni s’évaser pour laisser passer une proie volumineuse ; les dents sont trop grêles et trop acérées pour que, du reste , chez les animaux dont nous parlons , ces organes aient d’autres fonctions que de retenir les insectes et les petits animaux dont les scincoïdiens font leur nourriture habituelle.
Les écailles de ces animaux étant en général lisses et polies, beaucoup de ces reptiles glissent plutôt qu’ils ne marchent, et peuvent facilement se cacher en passant par les plus petites ouvertures. Ils avancent surtout en imprimant à leur tronc une série de mouvements sinueux dans un plan horizontal, à la manière des serpents. La couleur est chez eux presque toujours d’un gris terreux, plus ou moins analogue à la teinte des terrains sur lesquels ils vivent. Ces animaux habitent, du reste, de préférence les endroits les plus chauds et les plus arides. L’Europe en possède toutefois sept espèces ; parmi celles-ci est l’orvet fragile, animal bien inoffensif, confondu presque partout avec les serpents. Ce type scincoïdien est particulièrement abondant en Australie et dans les îles de la Polynésie les plus voisines.