ÉTATS-UNIS
Ces bas-reliefs décorent les quatre côtés d’un clocher d’église à Boston, capitale du Massachusetts, celle de
toutes les provinces des États-Unis où les travaux de l’intelligence et du goût sont le plus en honneur.
L’église , désignée simplement sous le nom de Bratlle Street Church (église de la rue Brattle) , a été édifiée aux frais des fidèles qui s’y rassemblent pour y remplir leurs devoirs religieux : ce sont des « unitairiens. »
Les architectes qui ont construit cette église sont MM. Richardson etGambril, de New-York. M. Richardson a fait ses études d’art à Paris. L’auteur des bas-reliefs est un de nos meilleurs sculpteurs français, M. Bartholdi,
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Bas-reliefs du clocher de Brattle Street Church , à Boston, par M. Bartholdi. — Le Baptême. — Dessin de Bocourt.
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L’Instruction religieuse. — Dessin de Bocourt.
auteur de la statue de Vauban, du modèle du Lion de Belfort qui ne tardera pas à être rais en place , et de celui de la statue colossale qui servira de phare à New-York.
La forme du clocher ou de la tour de « Brattle Street Church » a quelque analogie , mais dans des proportions fort modestes, avec celle de l’église de Saint-Germain des Prés, à Paris.
■ Le goût des arts paraît se développer à Boston avec rapidité. On y a fondé, en 1870, un musée dont la construction n’a été commencée que plus tard , mais où l’on doit avoir réuni dès à présent des sculptures, des peintures, une collection de plus de. deux mille objets égyptiens, des fragments antiques de l’île de Chypre, au nombre de six cents.
des tapisseries des Gobelins, des verreries de Yenise, des porcelaines peintes et des armures d’Orient, des médailles parmi lesquelles sont quelques pièces grecques ou romaines rares.
On s’occupe aussi beaucoup, à Boston, de l’enseignement du dessin. L’année même où fut fondé le Musée, plusieurs industriels de Boston appelèrent l’attention publique sur Futilité de donner plus d’importance à l’enseignement du dessin dans les écoles publiques.
« La perfection de l’exécution, disaient-ils, et l’élégance des modèles, entrent pour beaucoup dans la valeur commerciale des produits européens. D’où vient l'avantage de l’ouvrier anglais ou allemand, et surtout de l’ouvrier fran-
çais, sur l’ouvrier américain? On en chercherait vainement la cause dans une différence de salaires : il faut l’attribuer à ce fait, que l’ouvrier européen a acquis, par l’étude du dessin, des qualités d’intelligence et de bon goût qui manquent à ses concurrents des Etats-Unis. »
La question fut mise à l’étude par le Comité d’éducation, et sur sa proposition une loi fut rendue, le 16 mai 1870, qui comprit le dessin au nombre des matières qu’on devra enseigner à l’avenir dans les écoles publiques.
En outre, toutes les villes de 10 000 habitants et au-
dessus furent invitées à prendre les mesures nécessaires pour assurer l’enseignement gratuit du dessin aux enfants et aux adultes.
Le Conseil d’éducation se mit à l’œuvre avec une activité remarquable ; mais il se trouva tout d’abord en présence de graves difficultés : on manquait presque absolument de modèles et de professeurs.
Dans cette situation , le conseil s’adressa à un homme intelligent et actif, M. Walter Smith, professeur à l’École de dessin de South-Kensington, à Londres, et il lui confia
Le Mariage. — Dessin de Bocourt.
L’Extrême-Onction. — Dessin de Bocourt.
la mission d’organiser l’enseignement du dessin dans l’État de Massachusetts.
Le premier soin de M. Walter Smith fut de se procurer des modèles, et de transporter en Amérique une idée qu’il avait déjà vue réalisée en Angleterre par la société qui dirige l’école de South-Kensington. Cette société a réuni une collection de bronzes, de porcelaines, d’étoffes, de dessins et d autres objets où l’art est appliqué à l’industrie. La collection est emballée dans des caisses de manière à être transportée de ville en ville pour y être exposée. M. Walter Smith a organisé, d’après le même système, un musée ambulant qui renferme des modèles de dessins anglais ou français. Cette collection est à peu près exclusivement
composée de dessins linéaires, de modèles de machines au lavis, et de dessins d’ornementation ; elle est entièrement consacrée à l’enseignement dans les écoles.
LES MÉMOIRES D’UN ÉCOLIER EN VACANCES
Fia — Voy. p. 85, 90, 98, 110, 118, 122.
23 septembre.
M. Rieux m’a envoyé chercher ce matin, et nous avons fait un nouveau voyage à l’île aux Rats , qui est , ma foi, ■une île très-pittoresque; voici pourquoi. A l’un de ses côtés, cette île, assez grande, du reste, est coupée d’un étroit
canal qui la perce jusqu’à sa partie centrale et qui là s’élargit tout à coup, de manière qu’à l’arrNée du flot , la Seine, s’élevant subitement, précipite ses eaux avec fracas par cette étroite et longue ouverture, à l’extrémité de laquelle elle forme (à l’intérieur de l’île) un très-beau lac qui se vide quand la marée baisse pour se remplir au prochain flot. Nous avons assisté ce matin à l’emplissage du lac ; c’était très-beau.
En revenant, nouvel assaut de natation où j’ai eu encore les honneurs du concours. Mais le fils aîné de M. Rieux, qui a maintenant quatorze ans, m’a suivi de bien près.
24 septembre.
Si tes vacances n’ont pas été très-studieusement employées , du moins tu peux être content du petit épisode qui les termine.
T U te promenais ce matin à l’embouchure de l’ Amblette ; une petite fille de huit ans est tombée à l’eau. Tu t’esjeté après elle avec assez de promptitude pour la ramener saine et sauve. Des paysans, accourus au moment où tu la déposais sur la rive, t'ont chaleureusement félicité. Ta mère, informée de la chose, t’a embrassé avec larmes. Ton père t’a dit : C'est très-bien. Tu as été heureux.
25 septembre.
M. et Mme Marquésy , accompagnés de M"« Charlotte, sont venus passer la journée ; on s’est promené au jardin , ■et l’on m’a beaucoup loué de mon petit sauvetage d’hier, si simple pourtant.
Tu devrais noter plus souvent les paroles judicieuses et parfois vraiment remarquables que tu entends dire ou par ton père ou par d’autres personnes instruites et intelligentes. Voici, par exemple, aujourd’hui, une très-bonne note à recueillir. On parlait de l’habitude (excellente, disait mon père) de garder trace jour par jour (quand on le peut) de ce que l’on a fait, dit, vu et entendu. M. J. M...,
1 historien que mon père a beaucoup connu, écrivait trèsexactement son journal, et souvent avec longs détails et longs développements ; il se trouvait avoir ainsi accumulé des masses de notes , de documents , de réflexions et de matériaux qui lui étaient on ne peut plus utiles pour son Histoire de France et pour ses autres ouvrages.
28 septembre
Tu as passé une partie de la matinée avec ta mère à préparer tes effets et ta malle pour la rentrée , et puis tu es allé dîner chez ta sœur à qui tu as fait tes adieux.
30 septembre.
Tu t’es promené ces deux jours-ci dans la campagne avec ta mère, et vous avez beaucoup causé. C’est ta mère qui viendra lundi te conduire au lycée.
1®'' octobre.
Mon père m’a emmené avec lui à la ville où nous avons fait visite au proviseur et à plusieurs de mes futurs professeurs. Et puis nous avons été chez quelques amis.
2 octobre.
Je n’emporterai point ce journal au lycée ; je l’enferme ici, dans ma chambre, sans en avoir relu une seule page, m’étant promis, en le commençant, de ne le revoir d’ensemble que l’année prochaine. Au revoir donc, cher petit cahier de mes rêves ! puisse ta lecture, l’année prochaine et toutes les années suivantes (si je te continue) , ne me causer aucun regret!