‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 462 sur 712 · LES MOISSONNEURS DES ABRUZZES · texte numérisé non relu

LES MOISSONNEURS DES ABRUZZES

Les Abruzzes sont ces provinces de l’Italie centrale, situées au niveau des anciens États Romains, entre l’Apennin et la mer Adriatique, et qui formaient la partie la plus septentrionale du royaume de Naples. C’est un pays montagneux, hérissé de cimes blanchies par la neige depuis le commencement d’octobre jusqu’en avril, entrecoupé de gorges, de vallées, dans lesquelles poussent des amandiers et des oliviers; à mesure qu’on s’approche de la mer, la contrée s’abaisse et s’étale en plaines de plus en plus vastes, couvertes de blés et de vignes.

Les Abruzzes sont la patrie de ces bandes de montagnards qui viennent tous les ans faire la moisson dans la campagne romaine. Leur arrivée est un spectacle saisissant. Ils s’avancent par troupes de plusieurs centaines, de plusieurs milliers d’hommes, d’une très-haute taille pour la plupart, le visage bronzé par le soleil, vêtus de haillons, armés de faucilles et de fourches. On dirait une armée de sauvages ou de brigands. A leur tête marche un prêtre de leurs montagnes; leurs caporaux ou recruteurs, de gros bâtons à la main, les escortent; par derrière cheminent des ânes et des chariots, chargés chacun d’un échafaudage de marmites, d’ustensiles de toute sorte, et de guenilles composant le ménage ambulant de ces nomades.

La moisson s’opère comme une manœuvre militaire. Les travailleurs, rangés en ligne le long du vaste champ, avancent ensemble, tandis que les maîtres-ouvriers, à cheval , les surveillent et les encouragent , et l’on voit la haute forêt d’épis s’abattre par larges bandes devant eux. Au bout de dix ou douze jours , l’immense plaine est nue et 1a récolte est entassée dans les granges. Alors on célèbre la fin de la moisson par une cérémonie religieuse : sur un faisceau de gerbes disposées en gradins, on dresse un autel rustique ; plusieurs de ces gerbes sont placées debout comme des fûts de colonnes , et l’on y plante de grands branchages formant berceau pour protéger le prêtre contre l’ardeur du soleil ; la voûte de feuillage abrite aussi une madone au visage noirci , à la robe toute dorée , apportée par les montagnards, et posée entre deux lampes et deux énormes bouquets de fleurs. Le prêtre, vêtu d’un vieux surplis , célèbre la messe, tandis que les moissonneurs, nu-tête et à genoux, récitent leurs prières et con-

fessent leurs péchés en frappant à coups redoublés sur leurs larges poitrines.

Les habitants des Abruzzes sont presque tous bergers ou cultivateurs. Un grand nombre d’entre eux possèdent des champs situés dans les vallées, et font la moisson pour leur propre compte. Presque toujours, cette opération agricole est suivie d’une fête champêtre, où la musique et la danse jouent le principal rôle. Dans certains villages, les danses ont un caractère fort original : huit jeunes gens forment un cercle en se tenant par la main, et huit jeunes

filles s’élancent sur leurs épaules, où elles se maintiennent, pendant qu’au son d’une flûte rustique les autres couples de danseurs font mille évolutions, en passant tour à tour sous les vivantes arcades formées par les bras levés et unis. Ensuite, chaque jeune fille vient seule danser et chanter au milieu du cercle, et celles qui montrent le plus de talent reçoivent une gerbe de blé pour récompense. Enfin, à un signal donné, toutes les mains se désunissent, et les huit jeunes filles se laissent glisser de dessus les épaules de leurs cavaliers jusqu’à terre. L’aspect énergique et ro-

üne Danse de moissonneurs dans les Abruzzes, par Bartolomeo Pinelli (1781-1835) (*). — Dessin de Sellier

buste des danseurs , la souplesse et la légèreté des danseuses, leur costume éclatant, composé d’étoffes rouges et vertes, et orné de nœuds de rubans aux bouts flottants, leurs colliers à plusieurs rangs et les longues épingles d’argent enfoncées dans leurs cheveux noirs , ajoutent à l’effet pittoresque de ces danses, animées d’ailleurs par les cris joyeux et les rires retentissants de la gaieté italienne.

LE SPATTERING.

Spattering, en anglais, signifie : l’action d’éclabousser. Le spattering pourrait se définir : l’art de dessiner sans savoir dessiner. C’est un passe-temps fort agréable , destiné à amuser et à distraire bien des gens, à leurs heures de désœuvrement, ou pendant les longues et tristes journées de pluie à la campagne, sans compter que le résultat, très-facile à obtenir, est du plus charmant effet. Voici la théorie de cet art nouveau.

Prenez : l» une feuille de papier assez fort; 2“ une

feuille de fougère, ou toute autre feuille que vous voudrez, pourvu quelle soit d’une jolie forme et finement découpée ; 3° une brosse à dents et un démêloir (vous avez bien lu : une brosse à dents et un démêloir); 4" un pain d’une de ces couleurs qu’on appelle couleurs moites anglaises (le pagnes grey, par exemple, ou la teinte neutre). Adéfaut de ces couleurs , on peut se servir d’encre de Chine , et même d’encre ordinaire; 5° un godet. Voilà toutl’appareil.

Sur la feuille de papier, vous étalez votre feuille de fougère, après l’avoir préalablement mise en presse, pour que toutes les parties adhèrent d’elles-mêmes sur le papier. Quand vous avez donné à votre feuille de fougère l’attitude qui vous plaît le plus, épinglez-la avec soin tout le long de la grande nervure et à tous les endroits où elle aurait une tendance à se relever. Il faut que l’adhérence soit parfaite, qu’il ne se produise aucun soulèvement, et que rien ne dérange la feuille pendant l’opération qui va suivre. Il importe que les épingles soient plantées bien verticalement : vous comprendrez bientôt pourquoi.

■ (’) Voy. t. XIV, 184fi, p. 289.

MAGASIN PITTORESt)UE.

Délayez voire couleur dans votre godet , et ayez soin qu’elle soit plutôt épaisse que trop liquide.

Trempez votre brosse dans la préparation ; prenez le démêloir dans la main gauche, et passez vivement la brosse sur les grosses dents, au-dessus de la feuille de papier où sont épinglées vos plantes.

En passant et en repassant le long des dents du peigne, la brosse lance, en dessous, comme un brouillard impalpable sur le papier et sur les feuilles. Il se produit alors un joli fond estompé sur lequel on passe et repasse jusqu’à ce qu’il ait la teinte que l’on désire. La partie du papier qui est protégée par la plante conserve sa couleur primitive, et, la plante une fois enlevée, on a une empreinte d’une netteté et d’une délicatesse extraordinaires.

Si les épingles n’avaient pas été plantées bien perpendiculairement, si elles avaient penché à droite ou à gauche, elles auraient arrêté une partie de la poussière colorée destinée au papier , et il y aurait une tache claire sur le fond.

Nous avons recommandé de rendre la préparation de couleur dans le godet plutôt épaisse que liquide, parce que si elle était liquide, la brosse, au lieu d’un brouillard impalpable, pourrait lancer sur le papier de grosses gouttes qui feraient tache. Pour être bien sûr de sa brosse et de sa préparation, on failles premiers essais sur un morceau de papier quelconque.

Ne frottez pas plus de deux ou trois coups de brosse à la fois au-dessus du même endroit ; parcourez la feuille lentement, et donnez à l’endroit éclaboussé le temps de sécher avant d’y revenir. De cette façon , les couches de brouillard coloré se superposeront sans se confondre ; sans cela , il se formerait des taches noirâtres , au lieu de ce joli fond uni qui peut rivaliser de charme et de flou avec les plus fines lithographies et avec les lavis les plus soignés.

Au lieu d’un fond uniforme, veut on obtenir des dégradations, on n’a qu’à multiplier les couches sur les endroits destinés à être plus foncés.

Si, une fois la feuille de fougère enlevée, on trouve l’em^ preinte trop monotone, on donne deux ou trois coups de brosse sur le peigne, au-dessus de l’endroit que l’on veut ombrer.

Si, au lieu d’une seule feuille, on en reproduit plusieurs à la fois, formant groupe, et que l’on veuille les avoir de teintes différentes, on enlève successivement la première, celle qui est destinée à être la plus foncée, et l’on continue à frotter; puis la seconde, celle qui doit être un peu moins foncée, et l’on frotte encore ; et ainsi de suite, en réservant pour la dernière celle qui doit être la plus claire.

Quand les feuilles qu’on veut reproduire, au lieu d’être profondément et finement découpées, présentent une large surface, on en dessine les nervures à la plume après l’opération terminée.

Le spattering réussit très-bien sur le velours, la toile, le carton, le bois ; il ne réussit pas sur la soie.

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