‹ Magasin pittoresque (volume 2)Chapitre 473 sur 712 · Tome XLIV. — Mai · texte numérisé non relu

Tome XLIV. — Mai

quant aux ornements, appartiennent aux dix-septième et dix-huitième siècles. Les numéros 1 et 3, tirés des collections de MM. Baur et Kern, sont deux précieux spécimens du bonnet alsacien, modèle riche, que portaient au siècle dernier les opulentesbourgeoises du vieux paysde l’Ill . L’un

de ces bonnets est en brocard d’argent brodé en or, 1 autre est orné d’un tour de dentelle d’or appliqué. Comme il est certain que le costume est peu sujet aux \'ariations de la mode chez les races coutumières, on peut affirmer que la coupe du bonnet des femmes de l’Alsace s’est à peine modifiée depuis la dernière réunion de cette province à la France ; mais, bien qu’il soit encore aujourd’hui à peu prés taillé sur le patron de ceux dont nous offrons l’image, il en diffère par la couleur et par le manque d’ornements, autant qu’un simple béguin d’étoffe et de dentelle noire diffère d’un tissu de soie et d’argent enrichi d’une broderie d’or, autant qu’un habit de gala diffère d’un vêtement de deuil.

On n’a nulle recherche à faire pour être fixé sur l’époque de la coiffure numéro 2 ; ce bonnet phrygien de toile blanche, orné de la cocarde nationale, a figuré sur la tête d’un enfant. 11 fait partie de la collection de M. Victorien Sardou.

Évidemment, c’est sur la tête d’une grande dame, peutêtre d’une princesse souveraine de quelque cour d’Allemagne, que s’est posé le magnifique bonnet de dentelle brodée (n® 4), dont le bavolet prolongé retombe depuis la naissance du cou jusque sur les bras comme les épaulières du heaume des anciens chevaliers ; une agrafe d’or, dans laquelle passe une large et longue épingle du même métal, soutient par derrière, en le divisant, le bavolet drapé, comme les rideaux d’une fenêtre.

A la droite de ce bonnet, nous voyons (n° 6) comment étaient coiffés les grenadiers autrichiens au temps de Marie-Thérèse. La carcasse du bonnet de grand uniforme était recouverte en drap bleu et avait pour ornement des trophées estampés en relief sur ses deux plaques de métal.

Le couvre-chef du soldat autrichien et le bonnet de police républicain inscrit sous le numéro 7 comptent de nombreuses rencontres durant des journées qui ont des noms célèbres dans l’histoire. On peut dire avec justice que ceux qu’abritèrent l’une ou l’autre de ces deux coiffures , soumis aux mêmes épreuves de la guerre , n’eurent rien à s’envier sous le rapport du courage ; l’obéissance passive et Tardent patriotisme font également des héros. Dans notre précédent article, nous avons mentionné certain bonnet de nuit de la riche bourgeoisie du temps de Louis XIV, dont l’exemplaire original était dû à l’obligeante communication de M. le baron Schwiter . C’est au même exposant que nous devons celui qui porte le numéro 5 sur la présente gravure. De forme moins allongée que le premier, mais orné d’une plus riche broderie, ils sont tous deux de la même époque. Il faut aussi faire remonter au temps de Louis XIV le bonnet vénitien (n°8), enrichi de fleurs en application d’étoffes brodées d’argent sur fond bleu.

Ce bonnet de cérémonie est une copie dont l’original a dû figurer dans quelque solennité nationale; par exemple, au mariage du duc de Venise avec l’Adriatique, cette veuve de tous les doges qui se sont succédé depuis Sébastien Ziani (1172).

LES CONFRÉRIES DE CHARITÉ

EN NORMANDIE

Suite. — Voy. p. 69, 103.

Il est pris, pour réglementer les élections et pour déterminer les pouvoirs des chefs en même temps que l’obéissance des frères , les plus sages précautions , qui feraient honneur à bien des constitutions politiques.

Chaque année, à jour fixe, ont lieu deux grandes fêtes religieuses, telles que la Nativité et l’Assomption, ou à la Saint-Martin d’été , deux réunions solennelles qui

portent le nom de sièges , pour procéder à l’élection des dignitaires de la confrérie , nommés pour un an , et des frères servants eux-mèmes qui se renouvellent par moitié tous Tes ans.

Dans un grand nombre de charités, l’élection se fait à vêpres, de la manière suivante :

Avant de chanter complies , Téchevin va à la sacristie déclarer au chapelain , qui doit toujours être seul à ce moment , le frère qu’il choisit pour successeur ; ensuite , tous les frères font de même en suivant Tordre de leurs places.

L’élection faite, le chapelain annonce la nomination aux frères de la charité et aux fidèles. Après l’annonce de la nomination , l’ancien échevin quitte son chaperon , le met sur l’épaule du nouvel échevin et lui donne le baiser de paix ; puis il va chercher la croix et la lui remet aux mains ; après quoi on achève complies ainsi que vigiles des trépassés , et Ton reconduit solennellement en procession le nouvel élu , escorté de deux enfants vêtus de surplis et portant des torches allumées, jusqu à sa maison, où il donne à boire du vin ou du cidre à tous les assistants , et Ton s’en retourne ensuite souper tous ensemble chez l’ancien échevin. (Statuts de la charité d’Amfreville-sur- Iton, et stq,tuts de la charité de Damville, art. 43).

Certains statuts imposent un serment aux frères servants et leur font jurer sur la croix, entre les mains de Téchevin , « de servir fidèlement et d’honorer leurs frères , leur prévôt et leur échevin par-dessus tout. » {Histoire d’Evreiix par Lebrasseur.)

Si l’obéissance envers les supérieurs est prescrite , ce n’est point d’une manière passive, mais avec de sages restrictions.

« Les frères serv?ints, disent les statuts de Notre-Dame de Louviers de 1450, seront subjects à obéir à Téchevin et au prevost » ; mais ils s’empressent d’ajouter : « en tout cas raisonnable. ))

Ceuxd’Orbec s’expriment dans des termes analogues : — «Chacun des frères servants, disent- ils, est tenu d’obéir aux commandements honorables et licites que lui fera Tesquevin touchant la dite charité. »

D’après les statuts de Notre-Dame de Louviers, il est défendu à Téchevin « de rien vendre ou achepter pour la confrérie, si ce n’est parle commandement des XII frères servants ou de quatre des plus notables d iceux frères servants. »

Pour mieux assurer la fidélité des comptes et la conservation des deniers de la charité, presque tous les statuts prescrivent d’avoir une boîte fermant à clef et de confier la boîte à Téchevin et la clef au prévôt, ou même de faire deux clefs qui sont confiées à deux frères.

« L’esquevin et prevost, disent les statuts d’Orbec, garderont le trésor d’icelle charité, dont le dit esquevin gardera laboiste et le prevost la clef d’icelle, et se aulcune chose est perdue à leur faculté et coulpe ils seront tenus restituer, et tiendront buffet chacun mois pour ouïr le compte et recevoir du clerc collecteur ce qu’il aura reccu , et en la fin de Tan, au devant de la feste d’Assumption , le dit clerc rendra compte au dit esquevin de toute la revenue de Tannée précédente et reliqua, en la présence du prevost et d’aultres qui vouldront à ce appeler, et ledit esquevin rendra compte, au jour dit cy-dessus, de toute la dépense d’icelle et reliqua. »

L’échevin et le prévôt doivent rendre généralement leurs comptes dans les huit jours qui suivent leur sortie en présence du nouvel échevin et du nouveau prévôt et de cinq frères députés parla charité. 11 doit en solder immédiatement le reliquat, et on lui en délivre un certificat qui porte le nom de congé ou à’agrès.

La plupart des statuts, dans leur sagesse, ne permettent pas de réélire deux fois le même échevin sans une interruption d’une année au moins.

Dans certaines confréries , pour satisfaire plus facilement toutes les ambitions et toutes les vanités, on a imaginé de créer certaines dignités inférieures ou charges honorifiques et de les conférer à prix d’argent au profit de la confrérie.

Ainsi, d’après l’article 5, chapitre 3, des nouveaux statuts d’Amfreville-sur-Iton , en date du septembre 1796, qui ont sans doute emprunté cela aux anciens statuts, il est établi six charges qui sont mises en adjudication et adjugées au plus offrant et dernier enchérisseur, savoir :

Le livre du côté de l’échevin ;

La boîte du côté du prévôt ;

L’aumônier du côté de l’échevin ;

Le bénitier du côté du prévôt ;

La bannière du côté de l’échevin ;

Et la portoire des pieds du côté du prévôt.

Ces charges doivent être payées dans le courant de six mois. La suite à une ‘prochaine livraison.

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