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LES QUATRE POÉTIQUES

On trouve parfois, dans des dissertations littéraires, une allusion aux quatre poétiques classiques. Tout aussitôt les noms d’Horace et de Boileau viennent sur les lèvres, et, pour peu que l’on ait fait quelques études, celui d’Aristote arrive à la suite. Mais, quel est le quatrième? Beaucoup de personnes, en France, qui passent pour instruites, seraient embarrassées de le dire, et ne saventpas que c’est Jérôme Vida. Sa poétique a été écrite en latin et correspond au siècle de Léon X, comme celle d’Aristote au siècle de Périclès, celle d’Horace au siècle d’Auguste, et celle de Boileau au siècle de Louis XIV. Elle a été traduite dans toutes les langues, et plusieurs fois en vers français, même de nos jours. Elle fait partie des livres classiques en Angleterre. Pope, l’illustre poète , attribuait à Vida, dans la poésie, un rôle égal à celui que tient Raphaël dans la peinture; il lui a consacré un quatrain, dans lequel il le qualifie d’immortel, et ne craint pas de dire que Crémone, où Vida est né, devrait en être aussi fière queMantoue d’être la patrie de Virgile. Scaliger mettait la poétique de Vida au-dessus de celle d’Horace.

Cet auteur est mort évêque d’Albe sur le Tanaro, en 1566, dans un âge fort avancé. Nourri de la lecture des auteurs latins et surtout de Virgile, il imita si exactement et avec tant d’élégance la versification du siècle d’Auguste, qu il acquit une célébrité extraordinaire à l’époque où la langue latine était la langue universelle des savants et des littérateurs de 1 Europe. L’Arioste ayant eu d’abord, diton, 1 intention d écrire son poëme d’Orlando en latin, y renonça parce qu’il désespérait de s’élever à la perfection du style de Vida! Personne, sans doute, ne regrettera aujourd’hui la crainte qui s’empara de l’Arioste, et qui nous a valu un des chefs-d’œuvre de la langue italienne. Vida n’a plus de prestige en France. Il a mis un art merveilleux à composer avec les pensées, les expressions et même les hémistiches des grands poëtes romains , une poétique en trois chants parfaitement versifiée, mais qui est, pour les uns, une poétique d’écoliers, pour d’autres, le lieu commun de la sagesse; pour ceux-ci, le résumé de tout ce qu on sait sans l’avoir appris, etc. « C’est un imitateur élégant, dit Saint-Marc Girardin, mais froid; il étouffe l’originalité des sujets modernes qu’il traite, sous le poids de l’imitation de la phrase antique, »

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