LE JEU
Le jeu, de quelque manière qu’on l’entende, n’est jaj mais un moyen irréprochable de s’enrichir. Celui qui perd :ce qu’il possède en jouant, en pariant ou en spéculant, ne fait qu’une imprudence ou une sottise ; mais celui qui est pauvre et qui veut faire fortune par de pareils moyens, expose sciemment l’argent des autres ou son propre honneur.
Dans toute espèce de jeu, de pari ou de spéculation, la chance de perte est pour le moins égale à la chance de gain ; or, qui ne risque rien ne peut prétendre à rien : il faut donc, ou risquer ce qui appartient à autrui, ou feindre de risquer ce qu’on n’a pas, c’est-à-dire mentir, dans le but de s’approprier le bien d’autrui.
D autre part, jouer et parier à coup sûr, c’est assurément voler ; la première loi de tout jeu et de tout pari étant que les joueurs doivent être placés dans une même incertitude devant un événement inconnu.
Inventer ou faire supposer une fausse nouvelle, ou profiter d une nouvelle sûre et secrète pour faire tomber ses adversaires dans un piège ; faire un grand éloge d’une entreprise que l’on sait être ou mauvaise ou incertaine, ou même que l’on n’est pas en état d’apprécier , pour se débarrasser d’actions ou s’assurer un gain quelconque ; abuser, en un mot, de la crédulité, de l’imprudence ou de la sottise des autres, etc., etc., qu’est-ce que tout cela, sinon le mensonge en vue de s’emparer du bien d’autrui?
En somme, il n’y aura jamais qu’un seul moyen légitime d’acquérir l’aisance et rarement la fortune ; un travail utile, honnête, patient, et une sage économie.
PEINTURE SUR PORCELAINE
ET SUR FAÏENCE
Suite. — Voy. p. 2.
Les couleurs. — Broyage et préparation. — Échantillons. — Nous indiquerons d’abord la manière de procéder pour décorer la porcelaine dure, c’est-à-dire celle dont la pâte est composée de kaolin et dont l’usage est le plus répandu. La préparation des couleurs et leur mode d’emploi sont, à peu de chose prés, du reste, les mêmes pour cette porcelaine que pour la porcelaine tendre , la faïence émaillée et la faïence fine communément désignée sous le nom de terre de pipe ; leur composition seule varie en ce que, ainsi que nous l’avons dit précédemment, elles contiennent plus ou moins de fondant ; c’est-à-dire que leur fusibilité est en rapport avec la nature de la pâte et de l’émail des pièces à décorer, et du degré de chaleur qu’elles peuvent supporter. Dans la porcelaine dure , la différence entre la fusibilité de la glaçure ou émail et celle de la couleur est considérable; pour la porcelaine tendre et la faïence, elle est presque nulle ; dans ce dernier cas, c’est un avantage réel, car la couleur pénètre l’excipient et s’identifie pour ainsi dire avec lui.
La préparation des couleurs exige de grands soins ; elles sont désignées dans le commerce sous le nom de couleurs vit) i fiables ou couleurs à porcelaine, et sont vendues généralement en poudre impalpable ; il faut néanmoins les broyer une seconde fois à la molette sur une glace dépolie, en les additionnant d’eau très-pure (*) ; quand elles ne
( ) Pour broyer convenablement la couleur déjà en poudre, on commence par nettoyer parfaitement la glace dépolie en la frottant avec un chiffon de toile légèrement imbibé d’alcool; il est souvent nécessaire de saupoudrer la glace d’un peu de cendre de bois pour la décrasser plus
crient plus sous la molette et qu’ elles ne présentent sous le doigt aucun grain au toucher, on laisse évaporer l’eau, puis on les met dans un des trous de la palette en porcelaine, après y avoir mêlé au bout du couteau un peu d’essence de térébenthine ordinaire.
La couleur ainsi préparée se sèche sans être remise en poudre et sê conserve parfaitement ; on en prend ensuite de très-petites quantités au fur et à mesure des besoins et seulement au moment de s’en servir; on la détrempe alors de nouveau avec un peu d’essence maigre, et on y ajoute, par très-faible partie, de l’essence grasse, et, dans certains cas, un peu d’essence de lavande, jusqu’à ce qu’elle ait acquis à peu près la consistance d’un sirop épais; cette consistance dépendra, du reste, de ce que l’on est appelé à peindre, et ce n’est que par Tusage que l’on peut se rendre compte de la densité que l’on doit donner à la couleur. Nous pouvons dire cependant dès à présent que, dans aucun cas, il ne faut jamais trop graisser la couleur, malgré la facilité plus grande que Ton aurait ainsi à peindre, sous peine d’avoir, après la cuisson, du grippage ou écartement de la couleur, qui se retire sous l’action du feu en laissant à nu le blanc de la porcelaine.
Avant de commencer un travail , le peintre doit bien connaître ses couleurs ; pour cela, il lui est nécessaire de faire une série d’échantillons sur des tessons ou des plaques de porcelaine de même nature que celle sur laquelle il doit peindre. Un excellent mode d’échantillonnage des couleurs est celui qui consiste à les appliquer sur une assiette, ou de préférence sur une plaque carrée, en bandes verticales et horizontales de cinq à six millimètres de largeur, en laissant entre chaque bande un espace égal, et en suivant le même ordre de couleurs; on peut ainsi se rendre compte , non-seulement de l’effet produit par la cuisson sur la couleur isolée, mais encore de la façon dont elle se comporte par suite des différents mélanges , chacune des couleurs passant successivement sur toutes les autres : ceci est très-important ; il est, en effet, certaines couleurs qui ne doivent pas être mélangées ; telles sont les couleurs d or avec celles à base de fer qui en ternissent l’éclat , ou certaines couleurs plus tendres que d’autres et qui sont dévorées, — c’est le mot consacré, — par ces dernières ; on connaîtra , à l’aspect plus ou moins glacé , celles qui sont les plus dures.
Les échantillons de couleurs isolées sont également trèsbons; on doit employer alors la couleur avec un pinceau assez gros et la mettre par lèches à tous ses états d’épaisseur en procédant par teintes dégradées; employées trop épaisses , certaines couleurs écaillent et n’adhèrent pas à Témail de la porcelaine ; trop minces, elles ne résistent pas à 1 action du feu et disparaissent presque complétément.
Au premier abord, cet échantillonnage peut paraître fastidieux, mais nous ne saurions trop conseiller de le faire et de le faire avec soin ; on s’épargnera ainsi bien des déboires et bien des retouches souvent nuisibles. En principe, un bon peintre sur porcelaine ne doit jamais employer une couleur avant de l’avoir échantillonnée et de s être ainsi rendu compte de la façon dont elle se comporte au feu ; il en sera de même pour les mélanges. Même avec ces échantillons et en les faisant avec grand soin , il arrivera encore souvent, surtout en commençant, des surprises désagréables au sortir de la moufle ; ce n’est que par suite d’une longue pratique que Ton peut parfaitement connaître les couleurs et être bien certain des résultats de leur emploi.
complètement. Il faut avoir soin de broyer en rond en ramenant toujours la couleur vers le centre ; de temps à autre on la relève en petits as au moyen du couteau à palette., et on recommence à tourner en appuyant un peu fort sur 1a molette.
Dessin. — Mise au trait. — Lorsque l’artiste sera bien familiarisé avec les couleurs qu’il doit employer, et que les différents échantillons dont nous avons parlé auront été faits avec soin, il devra procéder à la mise au trait, sur la pièce à décorer, du sujet qu’il aura choisi et qui doit.avoir été très-purement dessiné sur du papier.
Comme le crayon glisse sans marquer sur l’émail, il faut préalablement essencer la pièce, c’est-à-dire passer légèrement dessus un chiffon imbibé d’essence de térébenthine ordinaire mêlée d’un peu d’essence grasse ; après l’avoir laissée sécher pendant quelques instants, l’essence s’évapore, et il reste une sorte de buée qui retient le crayon et permet de dessiner facilement, en employant soit un crayon ordinaire, soit un crayon lithographique.
Mais il vaut mieux faire, sur papier végétal, un calque du dessin à reporter, et le décalquer ensuite sur la porcelaine, toujours préalablement essencée, en le fixant au moyen de petites boulettes de cire à modeler et en interposant du papier plombaginé ou passé à la sanguine entre l’émail et le calque; on suit alors, avec un poinçon en ivoire ou un crayon très-dur, les contours du dessin tracé sur le calque, et le trait paraît parfaitement marqué.
Un autre moyen consiste à employer, surtout pour les ornements à motifs répétés, poncifs en papier végétal où les contours extérieurs du dessin auront été piqués finement avec une aiguille emmanchée dans un morceau de
Enlevage à la laque. — Fig. 1.
bois blanc; après avoir rabattu les bavures qui résultent de l’enfoncement de chaque coup d’aiguille au moyen d’une petite pierre ponce très-douce et très-plate , et avoir fixé le poncif avec la cire à modeler, on promène dessus, en tamponnant légèrement, un petit rouleau de lisière de drap coupé très-droit à une de ses extrémités et frotté de crayon noir ou de fusain en poudre , si on doit peindre sur une pièce blanche, ou de blanc si on a une pièce en fond à décorer. Dans ce cas encore, il faut avoir le soin d’essencer la pièce.
Les traits du dessin étant reproduits sur l’émail par suite de l’emploi de l’iin ou l’autre de ces procédés, on les repasse finement avec du carmin ou toute autre couleur d’aquarelle que l’on rendra plus maniable en y ajoutant un peu de dextrine. Quelques artistes même esquissent complètement leur sujet et font tous les dessous' &yec une couleur à l’eau eniployée très-sobrement, et qui, du reste, se brûle au feu. La couleur à l’eau n’étant pas enlevée par l’essence de térébenthine, ce procédé offre, de plus, l’avantage de permettre de nettoyer le trait avant de commencer à peindre, et d’enlever les faux coups de crayon ou la poussière noire qui se dépose toujours sur l’émail après l’emploi du poncif ou du décalque.
On peut également repasser le trait avec des couleurs vitrifiables en employant surtout la couleur qui doit dominer dans chaque objet à peindre; mais nous croyons qu’il faut employer de préférence la couleur à l’aquarelle, qui a.
en outre, l’avantage de laisser transparaître le trait dans le cas où l’on voudrait poser un fond par-dessus.
Il arrive souvent, en effet, que tout ou partie de la pièce à décorer doit recevoir un fond destiné à faire valoir certains tons ou à varier un peu la crudité du blanc : aussi, avant d’aller plus loin, dirons -nous quelques mots de la manière de procéder dans ce cas, et des précautions à'
prendre pour arriver à une bonne réussite , ce qui n’est pas très-facile.
Posage des fonds. — On emploie pour |30ser ou coucher un fond, de gros pinceaux carrés ou plats, dits queues de morue, assez larges pour fournir des touches qui couvrent en peu de temps les surfaces que l’on veut peindre. La couleur étant graissée convenablement et additionnée de quelques gouttes d’essence de lavande qui l’empêche de sécher trop vile , on en charge le pinceau et on l’emploie par touches contiguës en l’étendant bien également, et, autant que possible, sans revenir à la même place. Cela fait, on se sert du putois, et notamment de celui qui a la forme de pied de biche dont nous avons parlé dans notre premier article ; on doit tenir le putois bien d’aplomb sur la couleur étendue et frapper très-légèrement en tamponnant, de préférence , d’abord les sommités de la touche , puis les joints, et en ayant bien soin de nettoyer fréquemment le putois à sec afin qu’il ne s’empâte pas et n’enlève pas trop de couleur ; on revient ensuite avec un putois moins gros ou plus court de poil, afin de serrer davantage les parties constituantes de la couleur et d’en uniformiser le grenu au point de le rendre presque invisible. Un fond, pour être parfaitement réussi, doit toujours être posé d’un seul coup et très-promptement ; il est donc nécessaire de préparer une quantité de couleur plutôt surabondante, afin de pouvoir l’employer rapidement et sans être forcé de recommencer.
Enlevage à la laque. — Si un motif ornemental ou autre doit se détacher sur un fond , on commence par coucher le fond en plein sur la pièce, après avoir, ainsi que nous l’avons dit plus haut, tracé le dessin extérieur avec une couleur à l’aquarelle (') ; puis, quand le fond est bien sec, le lendemain généralement , on recouvre la silhouette intérieure donnée par le dessin de couleur à l’huile (on emploie de préférence la laque ordinaire en tube mélangée d’essence de lavande). Au bout de quelques instants, la couleur du fond est liquéfiée par la couleur à l’huile qu’on , enlève rapidement avec un chiffon de mousseline très-! propre ; on voit apparaître alors, avec beaucoup de net-’ teté, sur l’émail blanc, les réserves nécessaires pour pouvoir peindre (fig. \ et 2).
La fin à une autre livraison.
(*) On peut également, si le ton du fond est trop foncé pour laisser transparaître le trait, poncer le dessin sur le fond bien sec, en procédant alors avec beaucoup de soin et d’attention pour ne pas l’altérer et ne pas enlever de couleur.